Vide sceptique

Un gril électrique carré monte lentement dans l’ambiance enfumée de l’espace scénique en forme de boîte grise aux coins ouverts, vaguement définie par des tissus gris disposés à l’allemande. L’éclairage croisé en plongée, asperge le dispositif dans un déploiement bidirectionnel d’ombres vertigineuses démesurées. Des formes voûtées humanoïdes semblent traîner des corps au lointain, comme si l’on amenait des chariots de cadavres dans l’arène. Une respiration de créature lyrique déploie ces êtres moribonds, elle leur donne vie comme une marionnettiste dont la longue traîne grise se prolonge dans leur dos.

Pendant ce temps, deux pseudos joueurs ou lutteurs (on imagine qu’ils le sont car des écrans affichent des espèces de pseudonymes pixelisés en arrière plan) malingres mais aux costumes colorés entrent sur scène comme des chiens dans un jeu de quilles et se font face à distance… On est pas bien sûr de ce qui va se passer, rien n’est franc tant les premières minutes tâtonnent dans une ambiance couleur poussière. Tout ce qu’on peut dire à cet instant, c’est que la metteuse en scène du « Ring de Katharsy », Alice Laloy a le sens de la démesure : à l’image des premières images majestueuse du défilé au tapis roulant sous le rideau à la française d’une de ces dernières créations « L’avenir nous le dira » au TNP de Villeurbanne (impliquant notamment la talentueuse maîtrise de l’opéra de Lyon), les premiers instants sont grandiloquents.

Notre surprise passée, les deux « joueurs » commencent à donner des ordres à ces créatures grises, sortes d’esclaves gladiateurs, en les harcelant de leurs invectives pour leur faire faire diverses actions. Ceci interrompu par quelques phrases de chant lyrique passé à la moulinette. On a déjà un peu quitté l’univers du jeu vidéo si tant est qu’on y ai jamais vraiment été car il est rapidement difficile de connecter quoi que ce soit avec de réelles références vidéo ludiques… Comme si la metteuse en scène n’avait en apparence, pas vraiment pris la peine d’explorer cette culture, comme si ça n’était guère plus qu’une idée abstraite bâtie sur un paysage sonore de bribes de sons de consoles des 90’s. Étrange, pour un discours qui semble se focaliser dès les premiers instants du spectacle sur le jeu vidéo sans que l’on sache très bien si c’est du lard ou du cochon et vers quoi l’on s’achemine. On cherchera, dès lors, en vain quelque chose de cet ordre auquel se raccrocher, un sens à ce démarrage en trombe, un lien avec cet univers, un développement vidéoludique, un peu de fond, quelques indices… sans surprise on sera bien à la peine, tout comme, d’ailleurs, on l’était, pour l' »Avenir nous le dira » de déceler la réelle nature des messages contradictoires perçus par le spectateur.

Les deux pièces partagent en tout cas un art des fausses bonnes idées sonores. Pour rappel dans l' »Avenir nous le dira », des machines musicales constituent la scénographie et jouent au long du spectacle une litanie qui si elle constitue une indéniable performance technique de réalisation en informatique musicale, reste très pauvre musicalement. Ici on saluera tout de même la performance de la remarquable chanteuse lyrique Marion Tessou malheureusement sous employée et du « sound design » qui donne à la voix une étrangeté singulièrement désuète. Mais le reste du travail sonore n’est malheureusement qu’enchaînements pénibles : les voix des comédiens sortent spatialement de la scène sans raison, et sont délayées grossièrement dans une sorte de pathétique tentative de spatialisation immersive. Elles sont pénibles, la dynamique est mal gérée, l’équilibre entre les deux est raté, les micros (micros de gamers probablement) frottent, chuintent, sifflent… tout pour vous harceler les tympans ! Si la régie n’est sans doute pas responsable de la plupart des choix artistiques faits à ce sujet, tant en terme de matériel que de couleur sonore, on imagine avec compassion le dépit de l’ingénieur du son contraint à ce travail difficilement gratifiant.

De la danse et de l’acrobatie, on ne peut que saluer la performance des artistes, qui se démènent pour donner du corps à un spectacle en quête de sens. Ils donnent d’eux mêmes et se jettent dans la bataille (ou dans l’arène si vous préférez), certains sont réellement habités, certaines performances sont remarquables. On ne peut pas enlever à la metteuse en scène qu’elle sait s’entourer de talents, mais on sent qu’il sont un peu perdus, se raccrochant à leurs gestes pour essayer d’habiter la pièce au mieux. La technique fait tout ce qu’elle peut pour les aider : la chute, en plusieurs fois, de tout le mobilier d’un salon des cintres, ne suffira pas à les sauver, malgré la prouesse et encore une fois, la perfection du dispositif technique. Au bout de 30 minutes on s’ennuie ferme, on fini par utiliser les bouchons généreusement distribués à l’entrée, pour se reposer les oreilles de ces voix pénibles… et au 4ème match on résiste difficilement à l’envie de s’adonner à une petite sieste ou même de quitter les lieux, par respect pour ses voisins.

Lorsque tout ce petit monde de grisaille se met à trier des déchets (la belle affaire ! A ce stade, de dépit, on imagine la pire des fins consensuelle) on note péniblement que l’inversion de la place de la poubelle de tri par un personnage, est une pseudo-blague écologique, poussant l’un d’eux à se tromper de bac et à perdre des points. On aurait aimé peut être qu’ils jouent à se jeter eux mêmes dans les poubelles, ça aurait sans doute été plus signifiant. Car le reste du temps les joueurs l’occupent à faire s’affronter sans raison ces deux groupes de gris personnages lobotomisés, dans des épreuves ennuyeuses les conduisant à s’habiller, à manger, ou à se battre, au grand dam de nos tympans irrités et de notre cerveau somnolent. Un mauvais jeu vidéo en somme, l’un de ceux qui finiraient invariablement au bout d’une demi-heure a être oublié éternellement dans votre « backlog » si tant est que vous l’ayez acheté tant le pitch n’incite pas à s’y intéresser.

Enfin, lorsque des poupons tombent du ciel et que nos gris protagonistes semblent leur donner une valeur dramatique intense, on ouvre un œil, un vague intérêt nous submerge une fraction de seconde ! Trop tard, l’espoir nous ayant quitté depuis longtemps, c’est la fin et il était temps ! Deux personnages introduisent des cartons dans l’aire centrale, pleins de poudre violette, les zombies s’en serviront pour se retourner contre leurs maîtres joueurs et oppresseurs en les recouvrant niaisement de cette unique couleur.
Faut-il y voir un propos politique ? Sans doute, mais dans quel sens… ?

A propos, rappelons le contexte de la Comédie de Genève au moment ou cette sinistre farce se joue (mai 2026) : suite à un audit RH d’un cabinet indépendant mandaté par la FAD (Fondation d’Art Dramatique en charge de la Comédie) du climat social dans l’institution, la directrice générale Séverine Chavrier vient d’être licenciée. Cela met fin, selon nos sources chez les salariés, à plusieurs années de management délétère et à la démission de plus de 15 personnes. A l’aune de cette actualité, le vague propos politique du « Ring de Katharsy » semble s’installer finalement comme un cheveu sur la soupe dans ce contexte : autant la pièce semble maintenir le spectateur à distance de ses personnages insipides, autant la seule qui peut fasciner, c’est la chanteuse, celle qui probablement a le plus de pouvoir et tire les ficelles… ! Une coïncidence de programmation qui pour le coup génère un drôle d’accident. On se gardera quand même de faire des procès hâtifs à qui que ce soit, l’affaire de la comédie suit son cour au gré des luttes politiques locales, qui il faut le dire commencent à ressembler à une farce grinçante qui devra bientôt trouver son dénouement. La pièce, quand à elle, ne dit pas grand chose d’autre politiquement, c’est un peu court, ces analogies imaginaires ne nous rassasierons malheureusement pas non plus.

Il subsiste donc de cette œuvre une réelle capacité des artistes (circassiens, danseurs, et musiciens) à se démener avec trois fois rien, une technique maîtrisée absolument impressionnante, qui comble beaucoup les béances du spectacles par sa virtuosité. Au delà de cela il ne reste pas grand chose, car si l’on peut parfois se satisfaire d’un spectacle uniquement esthétique (même si c’est toujours un peu frustrant), on ne peut pas se satisfaire d’un spectacle qui n’a rien à dire. L’émotion qu’il nous procure doit nécessairement allier images et discours pour nous happer, c’est une alchimie complexe.

C’est donc bien dommage qu’Alice Laloy semble persister à créer avec autant de moyens des œuvres aussi creuses à une fréquence aussi rapprochée. Mais si on se penche quelques instants sur cette problématique, c’est le même genre de symptômes que l’on retrouve partout dans un monde de la culture en pleine implosion silencieuse : d’une part les institutions, souvent livrées par des élus incompétents à des escrocs dans un but parfois à peine voilé de les saborder pour satisfaire des visées économiques ; d’autre part les compagnies poussées par des financements conditionnés à des créations annuelles frénétiques, essorant leurs personnels et accouchant de spectacles vides pour tenter de survivre. Et par conséquence, tout un monde de la création entièrement tourné vers le sacrifice et la verticalité managériale, qui se fissure aujourd’hui du fait du refus des nouvelles générations d’embrasser cette posture.
A sa décharge, Alice Laloy n’est certainement pas la seule à pâtir des politiques publiques qui noient progressivement toute forme de création dans la fuite en avant depuis plus de 20 ans. La culture a besoin d’air, et surtout de temps, car la création de qualité est à ce prix, celle qui vous bouleverse et qui change votre vie… Et le temps c’est bien sûr de l’argent, elle a donc besoin d’une refonte totale de ses politiques de subvention, d’une ventilation beaucoup plus soignée de ses subsides, de moyens multipliés, de mécénat réellement philanthropique, de partenariat internationaux stimulés, d’une intermittence du spectacle tenant tout le secteur à bout de bras renforcée (et non stigmatisée), de salaires décents (ce qui n’est plus le cas depuis 25 ans…) sans quoi l’hémorragie se poursuivra, jusqu’à ce que créer avec des bouts de ficelles aujourd’hui, se conjugue avec néant de la création demain. D’aucun y sont manifestement déjà parvenus depuis longtemps.

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L’IA deviendra-t-elle ton artiste préféré ?

La semaine dernière, il s’est produit un événement intéressant concernant l’intelligence artificielle. Aucun média n’en a parlé, mais pour la première fois (à ma connaissance), un morceau généré par IA est parvenu à tromper une communauté de fans — en l’occurrence les fans de Prince —, dont la plupart croyaient qu’il s’agissait d’un véritable enregistrement. Comment sait-on finalement qu’il s’agit d’un faux ? De l’aveu de l’« auteur » du titre, qui a fini par confesser l’imposture.

Ça fait déjà un certain temps que, sur YouTube entre autres, des gens s’amusent à produire des deepfakes de leurs artistes préférés et, bien sûr, Prince n’y a pas échappé. Jusque-là, ces titres engendraient peu, voire pas du tout de débat. Même lorsque les morceaux n’étaient pas explicitement labélisés « deepfake », l’imitation — quoique déjà remarquable — était encore un peu grossière. Tout a changé le 7 mai, quand un internaute anonyme a posté ce titre, prétendument fuité des archives de Prince.

Pourquoi c’est important

En quatre ans, on s’est habitués à l’IA. Chacun se livre à des prophéties quant à son avenir et son impact, mais quoi qu’il arrive ensuite, la technologie n’en est qu’à ses balbutiements. Pour penser l’IA en 2026, pensez « Internet en 1994 » ou « cinéma en 1901 », puis regardez ce qu’il s’est passé depuis. Que les IA soient capables d’imiter le travail d’un musicien à la perfection, c’est quelque chose que je prédis de longue date. Souvent, on m’objecte que « jamais une IA ne saura reproduire toutes les subtilités du style d’un auteur-interprète. » Eh bien voilà, c’est fait. On y est.

Pour être clair, tout le monde n’est pas tombé dans le panneau : quelques fans ont relevé tel ou tel indice suspect (il y en avait très peu) ou ont passé le morceau dans un détecteur d’IA (verdict : positif). Ça n’a pas empêché la majorité d’y croire en dépit du débat, de vanter les mérites du titre et de le partager comme authentique sur les réseaux sociaux. On parle ici de gens qui sont très, très familiers du travail de Prince, qui l’écoutent depuis trente ou quarante ans.

Certes, on n’a pas attendu l’IA pour tenter l’imposture : des copies parfaites de toiles de maîtres aux remixes bidouillés en MAO, le phénomène est ancien. Il y a plus de vingt ans, le compositeur américain David Cope avait déjà accompli un tour de force avec le software EMI, qui produisait des pièces de piano « à la manière de » Bach ou Chopin… et le faisait si bien que les mélomanes échouaient à reconnaître les « faux » en blind tests. Mais il s’agissait encore de compositions, pas d’enregistrements originaux (par définition inexistants en musique classique).

Avec l’IA, l’imposture prend une autre dimension : celle d’une perfection qui, en dehors peut-être des grands copistes en peinture, n’a pas encore été atteinte. Jusque-là, toutes les tentatives humaines d’imiter le travail de Prince (il y en a eu un certain nombre) s’étaient soldées par un échec. Cette époque est révolue.

Est-ce grave ?

En tant qu’amateur de musique, il m’importe évidemment de savoir qu’un enregistrement est authentique. L’IA rendra cette certitude de plus en plus précaire. L’internaute tombera par hasard sur tel ou tel titre de tel ou tel artiste et, sans aucune raison de se méfier, le tiendra pour réel. Les fans les plus dévoués pourront sans doute, sur la base de leurs connaissances (et non plus de leurs oreilles), différencier un morceau suspect d’un morceau légitime. Mais, on vient de le voir, même ce public spécialisé aura du mal à faire le tri. L’auditeur ordinaire, lui, n’y verra que du feu. Si l’œuvre de tel ou tel musicien se trouve noyée dans une masse de fakes qui, n’en doutons pas, finira par surpasser en quantité (et, peut-être, en visibilité) le corpus original, s’y retrouver demandera de plus en plus de taf… que tout un chacun sera incapable de fournir. Ça pose évidemment des problèmes pour l’avenir de l’histoire de l’art.

Art vs divertissement

Un truc qui m’a frappé depuis l’apparition de ces deepfakes (y compris ceux qui sont présentés comme tels), c’est qu’à lire les commentaires, certains internautes sont ravis… et en redemandent. Je parle ici de fans des musiciens concernés, de vrais passionnés. Comment est-ce possible ? Pour cela, il faut se demander ce que les gens cherchent lorsqu’ils consomment un contenu artistique.

J’ai toujours honni le mot « divertissement » parce qu’il implique que les artistes ont pour seule vocation de divertir le public. Ce qui m’emmerde avec cette définition, c’est qu’elle prône un art nécessairement consensuel, vidé de prise de risque, voire de substance. Ce n’est pas que je sois contre les œuvres « légères » : je suis poptimiste et je kiffe des trucs très mainstream. Mais la genèse de ces œuvres a toujours une histoire, à laquelle j’essaie de m’intéresser a minima.

Je me souviens d’une conversation avec un ami enseignant, à propos d’un film qu’il avait aimé. Je ne sais plus de quoi il s’agissait, mais c’était un blockbuster franchement cynique (conçu sans passion, pour faire du fric et rien d’autre), vraiment bête et mal fichu. Lorsque j’ai formulé ce jugement, mon ami m’a répondu qu’il s’en fiche un peu, qu’il regarde des trucs le soir pour se détendre et que, tant que ça lui change les idées, le job est fait.

Le piège de la gratification immédiate

La logique de mon ami n’a pas pour seul corollaire d’abaisser le niveau d’exigence du public (donc, d’audace des œuvres). Elle s’inscrit aussi dans un rapport à l’art qui me gêne de longue date : le « j’aime/j’aime pas » — la plupart du temps, un jugement immédiat, viscéral et définitif. Alors je sais bien que, d’une part, tout le monde n’a pas une relation hyper intime à l’art et que, d’autre part, la plupart des gens ont des contraintes professionnelles et familiales qui font qu’à un moment, leurs centres d’intérêt passent parfois au second plan. Mais quand même, peut-être qu’on n’est pas obligés d’encourager ça.

Évidemment, il ne s’agit pas de tous devenir critiques d’art, mais d’interroger le rapport qu’on a aux choses qu’on aime (ou pas). Chaque œuvre a un contexte, une histoire et un auteur (qui a, lui-même, un contexte et une histoire). Outre le surkif de quand c’est bien (parce que, oui, le plaisir demeure primordial), j’aime bien me demander comment et pourquoi ce truc est arrivé jusqu’à moi. Que cherchait-on à accomplir ? Y est-on parvenu ? Sinon, pourquoi ? Comment est-ce que tout ça s’inscrit dans une époque, un contexte ? Est-il raisonnable de rager contre un artiste dont le travail me déplaît ? (« George R.R. Martin is not your bitch. ») Je préfère m’interroger sur la démarche. Tout ça sans jamais perdre de vue que derrière chaque œuvre, il y a des mois, des années, une vie de travail. Tout ça appelle un minimum de respect (sinon de tendresse). J’aime bien aussi, de temps en temps, prendre le temps d’y revenir, de chercher ce qui a pu m’échapper la première fois. Dans tous les cas, je ne pars jamais du principe que les créateurs me doivent quelque chose — et certainement pas de me divertir. L’artiste ne doit rien à personne.

Du danger de l’art sur mesure

Ce qui change avec l’IA, c’est que l’œuvre n’a plus ni auteur ni histoire. Elle a, certes, un « prompteur », mais sauf à faire du prompt une forme d’art conceptuel (certains jouent déjà avec cette revendication), la démarche est sans commune mesure avec le travail de longue haleine d’un créateur. Mais ce qui m’inquiète, c’est que, dans un  contexte où l’art est vendu comme du « divertissement », rien ne s’oppose à une adoption massive de l’art généré par IA.

Déjà, aujourd’hui, la plupart des gens se fient aux recommandations d’un algorithme : celui de Netflix, de Spotify, etc. Soyons clairs : ces algos fonctionnent. Sur la base de ce que vous avez aimé, ils trouvent des choses qui vous plaisent et ils le font très bien.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Certains prédisent que d’ici quelque temps, ces algorithmes ne se contenteront pas de suggérer des contenus : ils les créeront sur mesure pour vous. Et pourquoi pas ? Mon ami prof n’en demande pas plus : si Netflix pouvait concevoir de zéro des films parfaitement calibrés sur ses goûts, ne s’en trouverait-il pas davantage « diverti » ? Voilà qui explique que des fans de Prince se réjouissent de pouvoir, grâce à l’IA, écouter plus de Prince — peu importe, au fond, que ce soit ou non Prince. Tu aimes les rom com avec Jennifer Aniston ? Disney+ t’en pondra par douzaines. Tu as une phase Jimi Hendrix ? Deezer créera sa discographie posthume selon tes albums préférés. Tu penses que Les misérables mérite une suite, mais moins triste ? Amazon Prime l’écrira sur ton Kindle. Plus personne ne verra les mêmes films et séries. Plus personne n’écoutera la même musique. Plus personne ne lira les mêmes livres. La question de la culture commune, du référentiel partagé, se pose évidemment.

(On pourrait aussi évoquer l’économie des artistes et ce qu’il en reste dès lors qu’une IA peut produire la même chose à l’infini, mais la question vaut pour tous les métiers, donc c’est un autre débat pour un autre jour.)

Des bulles et des niches

Pour être honnête, on n’en était déjà pas loin même sans les IA. Je me souviens qu’il y a déjà une dizaine d’années, un critique rock français expliquait avoir du mal à trouver des références partagées avec ses collègues. Lorsqu’il avait démarré sa carrière vingt-cinq ans plus tôt, les critiques connaissaient à peu près tout ce qui sortait d’intéressant, peu importe qu’ils aiment ou non. En 2015, ils pouvaient échanger des dizaines de références avant d’en débusquer une en commun. Internet avait déjà fait le lit de la niche, de la spécialisation. J’ai remarqué ça aussi : il est de plus en plus rare que des amis me demandent des conseils en musique ou en ciné. À quoi bon ? Je ne ferai jamais mieux que leur algo. La différence entre l’algo et le pote, c’est que le pote suggère des choses qui, parfois, ne t’attirent pas a priori. Des choses qui, parfois aussi, t’exposent à des idées ou esthétiques nouvelles.

On a beaucoup parlé — à juste titre — des bulles de filtres informationnelles, qui enferment chacun dans ses croyances politiques. On ne parle pas assez des bulles de filtres culturelles, où chacun consomme ses trucs dans son coin. Certes, il y a encore quelques œuvres pour faire le buzz et réunir tout le monde, mais jusqu’à quand ? Peut-on vraiment faire société sans culture commune ? Je n’en suis pas convaincu. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est le rôle de l’école : les références culturelles qui nous lient sont rarement découvertes en classe.

Que faire ?

On n’arrêtera pas la marche de l’IA (c’est en tout cas mal parti). Que faire ? Rester curieux. S’interroger sur la genèse des œuvres qu’on apprécie. Prendre le temps de lire (même un tout petit peu) à leur sujet. Demander aux potes quels films, séries, disques, livres ou autres ils ont aimés et pourquoi. Aller y jeter un œil ou une oreille ensuite. Écouter leur musique quand on est chez eux (au lieu de se jeter sur leur écran pour jouer la nôtre).

Ce n’est pas que je tienne à tout prix à ce que les choses soient faites par des hommes et des femmes. Je suis convaincu que la plupart des tâches humaines n’ont pas besoin des êtres humains. Je me fiche que ma baguette de pain soit faite par un boulanger humain ou robot, que ma maison soit bâtie par un maçon humain ou robot. Je me moque de savoir si mon médecin est biologique ou numérique tant qu’il me soigne, idem pour mon avocat tant qu’il me défend bien, etc.

L’art, par contre, c’est précisément la chose qu’on fait parce qu’on n’en a pas besoin. C’est quelque chose que l’on crée et consomme non seulement parce que c’est fun, mais aussi parce que c’est le meilleur moyen de se plonger dans l’esprit, l’imaginaire d’autrui. C’est une méthode sans pareil pour exprimer, explorer, disséquer les réalités humaines dans leur diversité. C’est aussi l’expression d’une singularité : celle de chaque artiste. Et c’est ça qui me gêne dans l’idée d’écouter des morceaux générés par IA : il n’y a rien ni personne derrière.

Je sais que tôt ou tard, j’entendrai quelque chose que j’adorerai — un album entier, peut-être — et on me dira que ça a été fait par une IA. Aurai-je la force de ne pas le réécouter, de me l’interdire ? Je l’espère.

L’amour en fuite : une bonne idée périmée

L’autre jour, j’évoquais Pump Up the Volume, un film dont les progrès technologiques ont rendu le récit impossible. Aujourd’hui, je parlerai de L’amour en fuite de François Truffaut, un film que les progrès technologiques ont gâché.

Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler, L’amour en fuite (1979) est le cinquième et dernier volet de la saga Antoine Doinel, lancée vingt ans plus tôt avec Les quatre cents coups. Tout ça est un peu lointain aujourd’hui : quarante-deux ans après sa mort, Truffaut demeure un cinéaste important quant à son influence sur le cinéma français, mais aussi sur le cinéma mondial — qui contemplait la Nouvelle Vague avec admiration dans les années 60. Mais force est de constater qu’on ne parle plus beaucoup ni de lui, ni de ses films. C’était peut-être, au fond, inévitable. Récemment, avec Mme Hepburn, on a vu Le train sifflera trois fois (1951) et on s’est dit que c’est dingue à quel point le nom de Gary Cooper, encore familier dans notre enfance, avait totalement disparu des conversations. Si quelques artistes très, très iconiques, comme Alfred Hitchcock ou Marylin Monroe, restent un tantinet présents dans l’imaginaire collectif, la plupart des célébrités, même les plus grandes, sont tôt ou tard destinées à sombrer dans l’oubli. Et c’est un peu bizarre, finalement. Mais ce n’est pas de ça que je voulais parler.

La saga Doinel en deux mots

Ce dont je voulais parler, c’est du destin tragique de L’amour en fuite. Pour saisir ce destin, il faut connaître la genèse du projet. En deux mots, Truffaut a inventé l’idée — reprise depuis par Richard Linklater et Cédric Klapisch entre autres — de suivre des personnages sur le long terme, de film en film, avec des acteurs qui vieillissent avec leurs rôles. Truffaut débute la saga — et sa carrière — en force avec Les quatre cents coups en 1959. Les aventures d’Antoine Doinel (incarné par Jean-Pierre Léaud) se poursuivent avec le court-métrage Antoine et Colette (1962), suivi des longs-métrages Baisers volés (1968) et Domicile conjugal (1970) qui, pour Truffaut, devaient clôturer (de manière un peu prématurée peut-être) la saga Doinel. En 1979, la boite de prod du cinéaste frôle la banqueroute et il a un réflexe assez novateur (à l’époque, les suites sont mal vues) : raviver une franchise populaire pour renflouer les caisses. Parce que oui : la France des années 60-70 adore Antoine Doinel. Les quatre cents coups réalise plus de quatre millions d’entrées — près d’un Français sur dix en 1959 ! Quant aux deux longs-métrages suivants, ils dépassent chacun le million de spectateurs.

Antoine Doinel dans « Les quatre cents coups ».

Je n’ai guère d’affection pour le cinéma français, mais j’ai un faible pour la Nouvelle Vague et, de temps en temps, je m’oblige à regarder un classique pour ma culture gé. C’est ce que j’ai fait l’été dernier en enchaînant les cinq épisodes de la saga Doinel. Les disparités tonales entre les films m’ont, j’avoue, un peu dérouté. Le premier est étonnement sombre. Largement autobiographique, il décrit une enfance malheureuse dans la France très austère — pour ne pas dire sinistre — de l’Après-guerre. Puis, à partir d’Antoine et Colette, le ton vire à la comédie romantique. J’avoue avoir été particulièrement charmé par l’atmosphère ludique de Baisers volés et Domicile conjugal (ce dernier met en scène une vie de quartier parisien truculente, qui a sans doute inspiré Klapisch pour Chacun cherche son chat).

(Soit dit en passant, c’est assez traumatisant pour moi de constater qu’il s’est passé plus de temps entre Chacun cherche son chat et 2026 qu’entre Domicile conjugal et Chacun cherche son chat. En 1996, 1970 me semblait plus lointain que 1996 aujourd’hui.)

Toujours est-il que j’ai vraiment passé un bon moment avec cette saga Doinel… jusqu’au dernier film. L’amour en fuite n’est pas un navet, mais c’est une œuvre assez bancale. Certes, le film a une genèse complexe. Non seulement Truffaut l’a écrit et réalisé pour de mauvaises raisons (le pognon, pas la passion), mais en plus, il a fait tout cela dans une certaine précipitation : de son propre aveu, le script était bâclé. C’est d’autant plus dommage que Truffaut était déterminé à en faire, cette fois-ci pour de bon, le dernier volet de la saga. Évidemment, il ignorait qu’il ne lui restait que cinq ans à vivre. Jean-Pierre Léaud est encore parmi nous et si Truffaut avait vécu, j’avoue que j’aurais bien aimé savoir ce que devient Antoine Doinel après L’amour en fuite, le suivre à travers les évolutions de la société française des années 80, 90 et, pourquoi pas, du XXIe siècle. Cette saga, conçue par un silencieux et iconique pour les baby-boomers, aurait pu porter les voix des deux générations jusqu’à nos jours ou presque. Mais pour Truffaut, hors de question : même s’il vivait cent ans, il n’y reviendrait pas.

(Après, bon… peut-être que c’est mieux ainsi. Je sais que ça va faire grincer des dents, mais tant pis, j’assume : à bien des égards, les natifs des années 30 et 40 étaient dépassés dès le début des années 80 — et Pump Up the Volume ne dit rien d’autre, au fond. Quand je repense à mes parents et à mes profs dans les années 80-90, je suis triste pour eux. Et je l’étais déjà à l’époque. Ils avaient eu leurs cinq minutes de gloire, mais ils étaient largement has been sur les plans intellectuel et culturel. Jamais, peut-être, une génération ne s’est ringardisée si vite.)

L’amour en fuite est donc conçu comme un épilogue… et joue allégrement sur la corde nostalgique. Le film use d’une technique à ma connaissance inédite à l’époque : l’intégration de flashbacks sous la forme de scènes reprises des chapitres précédents. De fait, près d’un tiers du film est composé de séquences recyclées. Par la suite, cette approche — qui a pour premier objectif de réduire le budget d’un film — s’est vue qualifiée d’arnaque : Wes Craven en a fait les frais avec La colline a des yeux 2 en 1985, de même que Lee Harry avec Douce nuit, sanglante nuit 2 en 1987. C’est un cheap trick associé aux pires nanars. Truffaut, lui, bénéficiait d’une aura d’auteur. Ça n’a pas empêché certains critiques de lui reprocher ce recyclage en 1979… mais pas que. D’autres, inversement, jugèrent l’approche touchante, sinon pertinente. Et c’est de ça que je voulais parler, parce que, selon moi, avec cette histoire de flashbacks, Truffaut a ruiné son œuvre non pas pour les spectateurs de 1979, mais pour ceux des générations suivantes.


Antoine Doinel dans « Domicile conjufal ».

La raréfaction de la rareté

Pour comprendre, mettons-nous dans la peau d’un cinéphile français en 1979. À l’époque, revoir les films qu’on aime est… compliqué. Les premiers magnétoscopes sont depuis peu sur le marché, mais à des prix fous et sans catalogue (l’appareil n’est destiné qu’à l’enregistrement) : il faudra une dizaine d’années pour que les vidéoclubs se développent, que les distributeurs se décident à publier des titres — d’abord en location, puis à la vente — et, surtout, pour que la plupart des foyers s’équipent. Quant à la télé, elle ne comporte que trois chaînes (jusqu’en 1972, c’était deux) : si on y joue des films, la quantité est limitée. Mais alors, comment fait-on pour revoir un film ? Eh bien, la plupart du temps, on ne le revoit jamais. Au pire, on a la chance qu’il passe à la télé (mais encore faut-il être devant son poste au bon moment). Au mieux, on habite dans une ville pourvue d’un ou plusieurs cinémas de quartier. Très nombreux à l’époque, ils rediffusent beaucoup de films anciens (décimées par la VHS, ces salles ont presque toutes disparu au tournant des années 80/90). Il y a aussi des projections hors salles dans les bourgs et villages, mais j’ignore si on y joue beaucoup Truffaut (je vantais plus haut les quatre millions d’entrées des Quatre-cents coups, mais c’est peu face aux dix-sept millions de La grande vadrouille ou aux quatorze millions d’Il était une fois dans l’Ouest).

Je me souviens très bien de ça, petit : quand mes parents se jetaient sur l’occasion de revoir tel ou tel classique, parce que c’était maintenant ou jamais. Ensuite, il y a eu le magnétoscope, le câble, le satellite, le DVD… Mais jusqu’au milieu des années 2000, il était parfois dur de trouver un titre : j’ai traqué certains films d’horreur pendant des années avant d’en choper une copie, souvent vieille et de mauvaise qualité. Même chose, d’ailleurs, pour les disques. Avec Internet, eBay, le peer-to-peer et le streaming, tout a changé… Aujourd’hui, il faut vraiment chercher un truc obscur pour faire chou blanc. Le paradoxe de notre époque, c’est que ce qui s’est raréfié, c’est la rareté elle-même !

Une bonne idée… mais pas pour longtemps

En 1979, des millions de gens ont vu et kiffé Les quatre cents coups, Baisers volés et Domicile conjugal… à leurs sorties en salles. J’ai fait quelques recherches et, apparemment, à l’époque, ces films n’ont été diffusés qu’une à trois fois chacun à la télé. C’est peu. Quant aux cinémas de quartier, il semble qu’ils les jouaient assez régulièrement, mais surtout à Paris, Lyon et autres métropoles. Je pense que vous voyez où je veux en venir : le coup des flashbacks recyclés était, certes, un moyen pour Truffaut de rogner sur le budget, mais pas que. Alors, la plupart des spectateurs n’avaient pas revu les films précédents depuis des années, sinon depuis leur sortie — soit vingt ans pour le premier, neuf ans pour le dernier. C’est long. Dans ce contexte, les flashbacks avaient deux rôles : d’une part, raviver le souvenir de ce qui s’était passé avant, d’autre part, titiller la corde nostalgique du public. Le public français avait évolué, grandi avec Antoine Doinel. Pour certains spectateurs, les premiers films faisaient figure de madeleine de Proust : la jeunesse d’Antoine était la leur. En cela aussi, Truffaut était avant-gardiste : non seulement il misait sur une franchise pour rafler la mise au box-office, mais il avait compris, plusieurs décennies avant que cela devienne une pratique courante à Hollywood, que la nostalgie vend. (Il avait aussi bien compris l’intérêt marketing d’associer un tube à un film — ici, le single éponyme d’Alain Souchon, mis en exergue à la manière d’un placement de produit un peu forcé.) Du coup, ce n’était pas si con, ce recyclage de scènes. Sauf que…

Sauf qu’aujourd’hui, ça plante grave le film. Je ne sais pas comment vous consommez vos franchises : peut-être piochez-vous un film au hasard de temps à autre, mais je suppose que je ne suis pas seul à aimer voir ou revoir une série de films en binge. C’est ce que j’ai fait avec la saga Doinel. Et du coup, le visionnage de L’amour en fuite a été assez pénible : je n’avais ni l’envie ni le besoin de me farcir tous ces flashbacks… que je venais tout juste de voir !

Certes, L’amour en fuite était, de toute façon, moins bon que les opus précédents. Mais s’il n’avait été composé que de nouvelles images, j’aurais été plus indulgent. J’ai remarqué qu’en général, si j’enchaîne une série de films et que le dernier rame, il passe mieux que si je le vois à part. Du coup, j’y trouve quand même mon compte. Mais là, chaque séquence recyclée m’a fait lever les yeux au ciel. Ça a vraiment plombé ma séance et je suppose que c’est pareil pour quiconque s’enfile la saga Doinel d’une traite.

L’ironie du sort, c’est que dans les années 80, je me souviens qu’au dos des cassettes de la collection Les films de ma vie, il y avait une citation de Truffaut expliquant, peu avant sa mort, à quel point l’invention du magnétoscope était fabuleuse pour les cinéphiles : enfin, on pouvait voir et revoir les films quand on voulait, autant qu’on voulait. Difficile de dire le contraire. Je me demande pourtant si, en écrivant ces lignes, il avait déjà conscience du fait que cet appareil (il n’a pas connu les technologies postérieures) était en train de ruiner L’amour en fuite. D’un exercice de style inégal, mais original, son film d’auteur s’est mué en semi-nanar… comparable à des merdes comme Douce nuit, sanglante nuit 2 ! Dur…


Antoine Doinel dans « L’amour en fuite ».

In fine, c’est quelque chose qui m’a fasciné. Je vais sur mes cinquante ans. J’ai déjà vu les technologies numériques transformer radicalement nos modes de vie et nos sociétés. J’ai assisté à la naissance et à la mort des magnétoscopes, des vidéocassettes et des vidéoclubs — toute une profession créée, puis anéantie en moins de trente ans ! J’ai vu des œuvres d’art mal vieillir (Le train sifflera trois fois a beau être un classique, il est un peu indigeste en 2026). J’ai vu des œuvres — comme Pump Up the Volume — perdre un peu de leur pertinence à cause des outils obsolètes ou inexistants dont dépendent leurs récits — on peut apprécier PUtV pour ce qu’il était, mais les ados sont-ils encore réceptifs ? Ce que je n’avais jamais vu, c’est un film gâché par les progrès technologiques. Des progrès qui, de surcroît, n’ont rien à voir avec le film lui-même. La technique des flashbacks, somme toute innovante en 1979, était déjà pénible pour le fan de Truffaut qui, en 1989, avait toute la saga en VHS. Le seul cas comparable qui me vienne en tête, c’est l’idée folle de Danny Boyle en 2002 : filmer 28 jours plus tard en caméra DV. La démarche était fraîche, mais à l’heure des écrans 4k, le film a des allures de bouillie. Mais là où Boyle aurait pu s’en douter (il était évident, en 2002, que le numérique allait s’améliorer), Truffaut n’a sans doute pas vu venir la démocratisation du home video, encore moins l’invention d’Internet. Du coup, c’est difficile de lui jeter la pierre. En attendant, le résultat est le même : la saga qui est restée dans les mémoires comme son magnum opus se termine… en eau de boudin.

Si vous n’avez rien vu de tout ça, ne vous laissez pas décourager pour autant : Les quatre cents coups reste marquant pour sa noirceur. Antoine et Colette est bref, mais a son importance pour la suite. Quant à Baisers volés et Domicile conjugal, ce sont de vraies friandises — j’ai passé un très bon moment. Tous ces films ont une autre vertu, sans doute involontaire : ils témoignent d’époques de longue date révolues. Et quand on les a vus, on a envie de connaître la suite. Et malgré tout ce que j’ai pu en dire, L’amour en fuite reste touchant dans sa démarche assumée de chant du cygne. Mieux vaut une dernière soirée entre amis un peu décevante… que pas de soirée du tout.

Alors voilà…

Pump Up the Volume : la voix dans la nuit

Je parlais l’autre jour de ce qu’est devenu Internet, de la manière dont la cour de récré s’est muée en foire d’empoigne… et tout ça m’a renvoyé à Pump Up the Volume d’Allan Moyle.

Si vous n’avez pas encore vu ce film, il n’est pas trop tard pour l’apprécier, mais c’est probablement cuit pour le prendre en pleine gueule. J’ai eu du bol, parce que Pump Up the Volume est arrivé dans ma vie au bon moment. À sa sortie française, en décembre 90, j’avais tout juste quatorze ans. C’est sans doute le meilleur âge pour le voir.

Fun fact : en France, le film avait été hypé sur Fun Radio. Pendant une semaine ou deux, les programmes étaient régulièrement interrompus par un « pirate » du nom d’Harry la Trique… jusqu’à ce qu’on nous dise que c’était juste une promo pour un film. En tout cas, ça a suffi pour me propulser vers une salle de ciné. J’en suis sorti transformé. Des graffitis sur tables au collège (la principale me cherche encore !) aux fanzines à la fac, des performances poétiques aux blogs… tout ce que j’ai fait depuis s’est trouvé éclairé, d’une manière ou d’une autre, par Pump Up the Volume. Et c’est pas juste moi : j’ai une amie dont le style vestimentaire, à 48 ans, reste calqué sur celui du personnage incarné par Samantha Mathis.

Samantha Mathis est Nora Diniro, la manic pixie dream girl de « Pump Up the Volume ».

Mais pourquoi tant de hype ?

Pump Up the Volume, c’est l’histoire d’un lycéen qui lance une radio pirate. Chaque soir, seul dans sa chambre, Mark Hunter (Christian Slater) se livre à des monologues fougueux sous le pseudonyme d’Harry la Trique (Hard Harry en V.O.). En seulement quelques scènes, grâce à une écriture et un montage parfaitement maîtrisés, Allan Moyle campe une galerie de personnages attachants et crédibles dont la vie est affectée, d’une manière ou d’une autre, par l’émission — y compris une prof d’anglais cool, qui a sans doute inspiré celle qu’interprète Drew Barrimore dans Donnie Darko.

Mark dit tout haut ce que ses pairs pensent tout bas, et ça leur plaît. Inévitablement, il finit par heurter la sensibilité des figures d’autorité qui régulent son monde : la direction du lycée, les parents d’élèves, les médias locaux, jusqu’à la Commission fédérale des communications (FCC). Et oui : il rencontre une manic pixie dream girl en chemin — on reste à Hollywood ! Pour Mark, « la vérité est un virus », mais c’est sa voix qui se propage de cerveau en cerveau, jusqu’à semer les graines de la révolte chez ses camarades.

Mais quelle révolte, au juste ? Mark et ses pairs sont des gamins plutôt privilégiés, dans une banlieue confortable en Arizona. Pourtant, l’Amérique leur semble agonisante, pourrie, vendue… et indifférente à leur vie intérieure. Harcèlement, pression institutionnelle, violences parentales, homophobie, viol, grossesse précoce, isolement, mépris de classe… Sans pathos, le film inventorie les maux qui frappent l’adolescence. Mais ce que dénonce Mark, au fond, c’est l’échec des idéaux civil rights et hippies des années 60-75. Pour lui, toutes les belles choses ont déjà été faites, les grandes idées usées jusqu’à la moelle ou transformées « en parcs d’attractions ». Et comme en écho, sa mère dit à son père : « Tu voulais te battre contre le système, puis tu es devenu le système. »

La jeunesse des années 80 rejetait la période psychédélique comme une imposture : malgré les promesses du Summer of Love, le monde ne s’était pas mué en utopie et les baby-boomers étaient rentrés dans le rang. Allan Moyle ne pouvait pas le savoir, mais la tendance était sur le point de s’inverser : les ados des années 90 voueront un culte à la période hippie. Nostalgiques d’un âge d’or fantasmé qu’ils n’ont pas connus, ils renoueront avec ses utopies — mais sans plus trop songer à les mettre en pratique. De ce point de vue, le film se situe à la croisée des générations X et Y. Mark incarne cette dichotomie : s’il crache sur les 60’s, il trahit çà et là (notamment dans son speech final) sa tendresse pour leurs idéaux.

1990, c’est aussi l’année de Slacker de Richard Linklater, un autre film emblématique de la génération X, qui célèbre l’art de ne se consacrer qu’à ce qui nous passionne. Un an plus tôt, Le cercle des poètes disparus tenait un discours similaire. On peut confronter ces longs-métrages à ceux qui clôtureront la décennie : 35 heures, c’est déjà trop (l’effroyable titre français d’Office Space), Fight Club, American Beauty, même Matrix… Tous sortis en 1999, ces films dénoncent, chacun à sa façon, la vacuité d’un monde de bullshit jobs et de drone workers. Sans parler de Trainspotting, en 1996, et de son fameux monologue « Choose life ». On avait renoncé à la révolution, mais la révolte était encore dans l’air du temps.

Le monologue « Choose life » de « Trainspotting ».

La colère de Mark est un peu floue. Il n’a pas toujours les mots pour la préciser — Moyle, âgé de 43 ans à l’époque, excelle à formuler les hésitations d’un intellect émergent. Une colère qui se cherche, donc, mais pas sans fondements. Si ce film m’a autant parlé gamin, c’est parce que je savais déjà que le bullshit règne sur la planète. J’étais consterné par la violence des enfants, la vie monotone des adultes, la vanité des conventions sociales, la toxicité des familles, l’absurdité d’un système où des gens qui se plaignent sans cesse de leurs jobs nous enjoignent de « bien travailler à l’école » pour avoir, à notre tour, un bon gros job de merde. Et j’étais furieux d’avoir été jeté en pâture à un monde essentiellement cruel. Et je n’étais pas le seul.

Ah, et puis il faut quand même que je vous parle de la musique ! La B.O. du film est d’autant plus culte qu’elle était légèrement en amont du zeitgeist. Un an avant l’explosion du grunge, l’album compilait la crème du rock alternatif (Pixies, Sonic Youth, Soundgarden, Henry Rollins, Cowboy Junkies, Bad Brains, Concrete Blonde…), avec une touche de rap pour faire bonne mesure. Comme toujours, le film comporte des titres exclus du disque, parmi lesquels deux classiques de Leonard Cohen (dont Everybody Knows, qui sert d’hymne au récit) et quelques outrances de Beastie Boys, Ice-T et Was (Not Was). Pour l’ado que j’étais comme pour ceux du film, cette selecta était une bouffée d’air frais (vous pouvez tout écouter ici).

Avez-vous déjà vu ce CD ?

Un film impossible en 2026

Aujourd’hui, ce qui est fascinant dans Pump Up the Volume n’est pas tant le discours de Mark que la manière dont il est véhiculé : c’est un récit impossible à l’ère numérique. On s’est tous dit, devant une scène d’un vieux film, « ah… si seulement ils avaient eu un téléphone portable », mais là, l’intrigue tout entière dépend des limites technologiques de l’époque.

Reprenons depuis le début : après un déménagement subi, Mark reçoit un émetteur radio de ses parents afin de communiquer avec ses « amis de la côte est » ! À l’heure de WhatsApp, cette prémisse n’a déjà plus aucun sens.

Ensuite, Mark s’exprime dans le vide sur une fréquence FM, sans vraiment s’attendre à ce qu’on l’écoute. Pourquoi ? Parce que c’est le seul canal qui s’offre à lui.

Rapidement, il trouve son public et filtre sa voix (à l’aide d’un harmoniseur !). Ses émissions sont enregistrées (puis revendues par des dealers de cassettes au lycée !). Il propose aux auditeurs de lui écrire (à une boîte postale louée sous pseudonyme !) et d’appeler quiconque lui laisse son numéro (d’une ligne sans fil piratée chez des voisins !).

Un buzz, un suicide et une magic pixie dream girl plus tard, c’est la chasse aux sorcières :  la FCC traque la boîte postale, la ligne téléphonique, puis le signal FM avec des grosses antennes sur des camions et tout ça… Mark risque gros…

Si on avait dû refaire Pump Up the Volume dix ans plus tard, en 2000, Mark aurait sans doute tenu un blog (et, déjà, on avait un problème). Aujourd’hui, il lancerait un podcast. On lui écrirait par email. Il rappellerait à l’aide d’une messagerie cryptée.

Il ne ferait rien d’illicite : ça lui éviterait pas mal de déboires avec les autorités, mais le film perdrait beaucoup en suspense !

Mais le vrai problème, c’est que personne n’en aurait rien à foutre. En 1990, la voix de Mark se distingue sur les ondes. Sa radicalité détonne. Son anonymat intrigue. Son illégalité fascine. Aujourd’hui, elle se perdrait dans une masse de contenus de toutes sortes — presque tous licites, pour la plupart anonymes, parfois bien plus transgressifs.

En 1990, les lycéens passent leurs soirées seuls dans leur chambre, rivés à un radiocassette. Les plus chanceux ont une télé (mais peu de chaînes). Aujourd’hui, ils ont le monde à portée de clic (ou de pouce). La playlist de Mark n’en mènerait pas large face aux algos de Spotify. Son message protestataire n’émouvrait pas grand monde : les ados ont 50 plateformes pour déverser leurs frustrations à l’envi. Nul n’écouterait Mark. Nul ne lui écrirait. Nul ne dépendrait de ses appels pour vider son sac en public. Nul ne chercherait à l’arrêter. Aucune manic pixie dream girl n’apparaîtrait.

Et du coup, on n’a plus de film…

La platine d’Harry la Trique lance « Everybody Knows » de Leonard Cohen…

Œuvre d’une autre époque, Pump Up the Volume préfigure un idéal du Net sur le point d’émerger (le World Wide Web sera créé un an plus tard). Ce qu’Allan Moyle célèbre, c’est l’apparition d’une voix singulière, l’audace de celui qui la porte et l’impact qu’elle a sur son environnement. Une voix qui inspire d’autres « pirates » à la fin du film. Mark nous invite à nous « emparer des ondes », mais, en fait, c’est la Toile qu’on était sur le point d’investir. Une Toile qu’on vivait comme pleine de promesses, propice à la connaissance et aux idées folles. Une Toile fun. En tout cas, pas le merdier numérique de 2026.

(De manière amusante, parce que ça préfigure les lanceurs d’alertes et autres leaks, il y a aussi une sous-intrigue liée à des malversations de la principale du lycée, que Mark expose grâce à des documents volés.)

Alors voilà. Une conclusion envisageable, c’est qu’il est vertigineux qu’un long-métrage de 1990 — ce n’est pourtant pas si vieux — raconte une histoire déjà impitchable, impensable, impossible. Intransposable, même : on ne peut pas faire un remake contemporain de Pump Up the Volume. Une suite, peut-être ? Slater et Moyle ont tous deux évoqué cette idée… et confessé ne pas trop savoir quoi en faire. Comme eux, je me suis souvent demandé ce qui arrive à Mark après le film. Fait-il des études ? Devient-il écrivain, journaliste, animateur radio, activiste ? Rentre-t-il dans le rang comme ses parents ? On ne le saura jamais. Je ne sais même pas si Pump Up the Volume plaît aux gamins d’aujourd’hui. Leurs problèmes n’ont pas dû tant changer que ça, mais comment s’émerveiller quand le héros se contente, finalement, de faire ce qu’on peut tous faire en quelques clics ? La verve de Mark est-elle, à elle seule, encore convaincante ? Je l’espère.

Au fond, cette obsolescence non programmée ajoute une couche de charme à Pump Up the Volume. Film iconique d’une génération (même s’il a été un peu oublié depuis), c’est une œuvre qui défend non seulement la liberté, mais la qualité et, surtout, la singularité d’expression. Le récit est « dépassé », mais, paradoxalement, son message est plus précieux qu’il ne l’était alors. Il nous invite à nous souvenir d’une époque où la parole était rare, donc impactante. Où il fallait se donner les moyens d’ouvrir sa gueule et, de préférence, le faire pour quelque chose. Il nous rappelle que les mots ont parfois des conséquences. Il nous invite à nous souvenir de l’Internet dont on rêvait il y a encore vingt ans. Sois une voix, ou tais-toi.

Et puis c’est juste un bon film, en vrai.

Jardin de métal

Je viens juste de faire une jolie découverte alors je voulais la partager en quelques mots : Metal Garden que j’ai découvert grâce à l’inénarrable site Canard PC (https://www.canardpc.com/jeu-video/zoom/cabinet-de-curiosites/metal-garden) et au talent journalistique de l’incomparable Louis-Ferdinand Sébum.

Il s’agit d’un jeu qui ressemble à un FPS (First Person Shoooter), dans un univers gris ou tout est recouvert par une dalle de béton. C’est peu dire mais, à la fois, on ne sait pas trop ce qu’on fait là…. On déboule un peu de nulle part, catapultés sans autre forme de procès… bref, on est pas sur un jeu de rôle où l’on souhaiterait trouver une accroche crédible ! On « pop » juste dans un monde désespéré et basta ! Il va nous aspirer immédiatement dans une vague de noirceur ou plutôt, de grisaille !

Petit à petit on va commencer à comprendre les éléments d’une intrigue interplanétaire dont on retrouve les miettes au gré des discussions surprises, des fouilles, de l’examen des PDA (comme on disait au siècle dernier) retrouvés sur des NPC, etc… Il s’agit manifestement de trouver une issue ou un espoir de sortie.

Bref un pur moment de bonheur de quelques heures, honnêtement quand on est un peu curieux et qu’on aime flâner, en 2 ou 3 heures c’est plié, mais l’ambiance est incroyable ! Ne vous attendez pas à un AAA, c’est l’oeuvre d’une seule personne (avec quelques aides pour les localisations et certaines animations), mais franchement c’est un super bon début, les combats sont simples, tout en étant corrects (disons que nos armes ne sont pas hyper précises ni très différentes) ce n’est pas ce qui compte, on est là avant tout pour l’atmosphère !

Bien sûr, la fin peut paraître un peu frustrante et on aimerai davantage, bien sûr c’est un peu simpliste dans le sens ou rien n’est très développé, mais avec très peu, Aleksandra Herout la développeuse, parvient à nous embarquer dans son monde, et on y croit vite… pour 6 euros sur Itch.io franchement, vous allez kiffer !

On espère que ce n’est qu’un début et on a envie d’en voir plus !


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Arte est malade, c’est à cause de l’Iran !


Alors que je prenais des nouvelles du nouveau conflit au moyen orient, initié par un tandem de criminels de la pire espèce j’ai nommé M. Trump et M. Netanyahou, à l’heure ou, en France, la pétition contre la loi Yadan récolte plus de 600000 signatures, Arte dans son journal du 08/04/2026 fait intervenir Frédéric Encel présenté comme « Expert en géopolitique, Université Paris 8  » : https://www.arte.tv/fr/videos/129042-071-A/arte-journal-08-04-2026. J’écoute quelques minutes, il semble être catégorique sans s’appuyer sur grand chose, je ne connais pas le personnage, ça me titille un peu ! D’autant que pour parler du cessez-le-feu au moyen-orient, il me semble important de bien choisir son interlocuteur. Je me lance donc dans une petite vérification de routine.

En trois clics, j’apprends alors beaucoup de choses, notamment que ce monsieur est un pro-israëlien sioniste. Passe encore, même si l’histoire à montré que c’était indissociable d’un certain impérialisme/colonialisme, chacun a le droit d’avoir des opinions fussent elles détestables. Mais il fait partie du Cercle de l’Oratoire, groupuscule néoconservateur ayant manifesté son soutien à la guerre en Irak, en Afghanistan, et qui lutte officiellement contre l’Islam « radical »…
Arrêtons nous un instant sur cette notion très floue. Ce n’est pas nouveau que toutes les religions comportent leur lot de fanatiques (pour ceux que la croyance aveugle) et que pour être juste et impartial il faudrait examiner les choses de manière globale et pas seulement dans l’islam, ni même dans la religion. De plus, je ne vois pas en quoi le radicalisme est un problème, cela me semble même plutôt sain, le Littré défini radical : « Qui a rapport au principe, à l’essence, à la racine d’une chose. » Et si on veut parler de politique il est écrit « Qui travaille à la réformation complète, absolue, de l’ordre politique (…) » . Je ne sais pas vous, mais j’aurais plutôt tendance à m’y intéresser étant donné ce que nous subissons politiquement en occident, non ?
Mais revenons à nos moutons, il semble tout simplement notable après un examen succint, que ce cercle et plus généralement les néo-conservateurs (mouvement à la base, américain) ont choisis de désigner l’Islam comme un coupable prioritaire.
Arte a donc décidé, pour parler du conflit au Moyen Orient de demander ses lumières à un personnage impérialiste, pro-USA, pro-Israël, sioniste, anti-islam ! Mais comment des journalistes censément respectables ont-ils été conduits à penser que c’était judicieux !? Le.la gros.se malin.e chez Arte qui a choisi d’interviewer Encel n’a t-il.elle pas suscité de réaction ? Personne chez eux n’a suggéré un personnage un peu professionnel, un peu neutre qui traiterait mieux ce sujet délicat ? J’ai dû mal à croire à une telle déliquescence du journalisme public. L’effet délétère d’un acharnement politique sur la culture et les médias ? Car effectivement après avoir regardé le sujet et lu quelques articles pour en savoir plus, on ne peut que constater que l’édifiant point de vue de ce monsieur est emprunt d’une telle surenchère de mauvaise fois que c’en est absolument invraisemblable sur une chaîne financée par l’argent public.

Je vais être concise, je citerai juste un exemple :

Alors que la journaliste lui demande au sujet du cessez le feu tout juste sorti du four : « Est ce que l’attitude jusqu’au boutiste de Netanyahou pourrait mettre en danger les négociations à venir ? » , il commence par répondre notamment : « (…)C’est (…) seulement (…) une possibilité (…) parce que le Hezbollah est inféodé à son créateur c’est à dire l’Iran depuis 1982, ça on le sait (…) » . Curieuse façon d’amorcer une réponse, bien loin de la question, un artefact rhétorique dont le but me paraît de remplacer la question par un autre sujet ! Le lien n’est en effet pas évident, et bien sûr il ne cite pas ses sources d' »expert », alors on vérifie, et tout le contredit.

Le Hezbollah a été fondé notamment par un Libanais Subhi al-Toufeili (premier secrétaire général), qu’on ne peut pas suspecter d’être pro-iranien (même s’il est d’obédience Chiite) ayant manifestement dénoncé à la suite de son mandat l’influence grandissante de l’Iran dans le mouvement…

Puis Encel déclare après quelques circonvolutions « (…) je vais vous dire, tout dépendra en réalité de la volonté du régime iranien (ou de ce qu’il reste du régime iranien) de maintenir, de préserver le cessez le feu (…) ou alors de continuer à pousser le Hezbollah à continuer à riposter, même si les ripostes du Hezbollah sont moins puissantes évidemment, que celles d’Israël au Liban. Donc rien n’est mécanique. »

  • D’abord, outre cette lamentable façon de s’exprimer : « je vais vous dire » sous entendu, « ma petite dame je vais vous expliquer, car moi je sais et je ne suis pas n’importe qui » très courante chez les politiciens, et exprimant nonchalamment de la condescendance voire du mépris de classe, il élimine à mon sens à l’emporte-pièce les politiciens iraniens (« ce qu’il reste du régime iranien » ), car si quelques responsables ont été assassinés, la classe politique iranienne semble néanmoins loin d’avoir disparue pour autant.
  • Il affirme que c’est au régime iranien « de maintenir, de préserver le cessez le feu » , il a probablement oublié la question de la journaliste, à moins qu’il ne préfère la faire oublier… Selon lui rien ne semble en tout cas dépendre d’Israël puisque « tout dépendra en réalité de la volonté du régime iranien » .
    Je fais une micro digression sur le choix de ce mot : « régime iranien »… en effet, pourquoi ne nous parlons jamais de « régime français » ? Peut être parce que ce terme contient un jugement en pointant sa singularité ou sa « différence »? Ne pourrait on pas parler de « gouvernement iranien » ? Ne serait ce pas plus juste ? Plutôt que de tourner autour du pot en se pinçant le nez ? Les journalistes véhiculent en permanence ces jugements, à fortiori par exemple quand ils parlent de « régime des mollahs » au lieu d’utiliser par exemple, le mot Théocratie… Encel ne fait, en fait, que reprendre ces mots, ces figures de style jamais tout à fait neutres, que les médias ont participé à démocratiser.
  • Ensuite il formule une croyance dans la capacité militaire d’Israël et pas du tout dans celle du Hezbollah, auquel il n’accorde d’ailleurs aucun libre arbitre comme si c’était seulement le jouet de l’Iran alors que son réseau politique est d’après son histoire, beaucoup plus large. Pour la capacité militaire soit Encel a été constater sur place, soit il a des espions, car je ne vois pas comment il pourrait avoir des informations crédibles de cet ordre alors que cela relève nécessairement du secret militaire.
    Notons qu’un peu avant dans l’interview, il avait fait la même chose en avançant que l’Iran était au bout de sa capacité militaire suite à la guerre et qu’il n’aurait absolument pas la capacité de régénérer ses armes à moyen terme ! Là encore, aucune preuve de ce qu’il avance, mais cela lui avait permis de conclure magiquement à la victoire stratégique de Trump… !
  • Il conclut « donc rien n’est mécanique. » pour soi disant répondre à la question posée ! Alors qu’en substance, si je dois résumer, il est dit précédemment : le jusqu’au boutisme de Netanyahou n’est pas le sujet, car le sujet on l’aura compris c’est l’Iran et son petit rejeton le Hezbollah, qui en se défendant (Ah le vil ! Le fourbe ! Le criminel ! Il se défend !) sont les responsables de l’échec potentiel de toutes les négociations, qui dans le futur, pourraient avoir lieu. Rien de tout ça n’aurait lieu s’ils courbaient tout deux l’échine et acceptait raisonnablement la domination Israëlienne évidente !

Serions nous passé à côté de quelque chose ? Arte a t’elle récemment été rachetée par Dassault, Bernard Arnault ou qui sait ? Par le Mossad ?

En fait, plusieurs journalistes ayant collaboré ou collaborant encore de près ou de loin avec Arte, notamment Michel et Florence Taubmann, Antoine Vitkine, Michaël Prazan, Susanna Dörhage étaient impliqués dans la revue du Cercle de l’Oratoire à l’époque intitulée « Le meilleur des mondes » (Michel Taubmann en a même été le rédacteur en chef). Revue qui a notamment soutenu la politique de G.W. Bush, R. Redecker un islamophobe etc etc. Bref ne voulant pas établir de conclusions hâtives, j’ai donc voulu vérifier qui était le réalisateur, mais Arte avait déjà ôté son émission de son site. Ceci reste donc en suspend, n’hésitez pas à poster des commentaires si vous avez l’information du réalisateur etc..

Au fil de mes recherches je me suis rendue compte que le média indépendant Blast avait déjà dénoncé en juin 2025 le biais d’expertise dont Encel fait l’objet et dont les chaines de télévision abusent en en faisant un expert d’à peu près tout. Sur ce point on peut donc directement lire l’article ci-dessous, ils ont pris le temps d’investiguer la question en détail. Je vous laisse à cette lecture j’ai déjà été beaucoup trop longue !

https://www.blast-info.fr/articles/2025/cher-frederic-encel-boxing-day-39-M2Q6DJ2WQ5i_AS-a5_bzcg

A très bientôt pour de nouveaux scandales !


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Hello again

Pourquoi je suis là ? La question mérite d’être posée parce que… Pour ceux qui veulent la réponse courte, c’est juste parce que Philémon, le créateur du blog, m’a proposé d’y contribuer. C’est tout. Merci. Bonne journée.

Sinon, au départ, je ne savais pas trop si j’avais envie de faire ça. Ou plutôt, pourquoi le faire. J’ai désinvesti la Toile il y a quelques années pour plusieurs raisons, mais la principale est que je ne voulais plus ajouter du bruit au bruit. Parce que le Web d’aujourd’hui n’est plus celui de 2004, ni même de 2014. Parce que le Web que j’ai investi au début était un espace de liberté que chacun pouvait s’approprier, mais qui était, en pratique, un terrain de jeu pour les geeks, les créatifs et quelques hurluberlus. Je me souviens de MySpace à la fin des années 2000 : une grosse machine à fric déjà, peut-être, certes… mais l’ambiance était bon enfant. Ceux qui n’avaient rien à dire ni à montrer se tenaient à l’écart, ou se contentaient de venir en spectateurs. La politique était quasi absente des débats. Chacun goûtait la joie d’être une star dans sa salle de bain en compagnie d’autres stars, toutes en peignoir. On vibrait sans piles. On brillait dans le noir. Ce qui comptait, c’était le jeu, l’être et le faire, pas l’opinion.

Flash forward au début des années 2020. Les réseaux sociaux sont une foire d’empoigne, une arène où chacun est en train de hurler, s’indigner et vomir ses opinions sur un monde qui, en toute objectivité, n’en veut pas et n’en a pas besoin. L’idée selon laquelle tout le monde a quelque chose à dire est absurde. La plupart des gens n’ont rien à dire. Ils ont juste à vivre — et encore. Mais on leur a fourré dans la tête que leurs opinions méritaient d’être entendues, diffusées, commentées. Que les propos qui s’échangeaient au comptoir du PMU méritaient, désormais, de faire la une du Monde. Les débats se sont politisés, radicalisés, conspiracisés. Les trolls d’hier sont les gourous d’aujourd’hui. Et ne nous y trompons pas : rien de tout ça ne s’est fait au nom de la liberté d’expression. Tout ça s’est fait pour générer du clic et enrichir quelques milliardaires californiens. Les réseaux sociaux, c’est la télé-réalité à l’échelle planétaire : plus t’es bête et méchant, plus t’es rentable.

Je n’avais pas envie de faire partie de ça. En outre, je ne sais même pas si j’ai des choses si intéressantes à dire. Avouons-le, j’ai parfois commis de la bonne poésie, voire de la bonne prose, mais d’ici à croire que mes pensées fugaces méritent d’être diffusées comme ça — en masse, dans la masse et contre la masse ? Je ne sais pas. Pas comme ça. Ça ne m’a pas semblé assez important, assez pertinent pour continuer de prendre part à cette mascarade. On m’a parfois opposé qu’en général, j’émettais davantage de signal que de bruit. C’est gentil. Merci. Mais ça ne change rien. Il m’a paru qu’à l’heure où tout le monde est en train de hurler, le plus sage est de se taire.

Il y avait ça et d’autres choses, et c’est là qu’on touche à ce que m’a dit Philémon. Bon, déjà, il m’a dit qu’on n’était « pas encore morts ». L’argument est valide, quoique. J’en parlerai une autre fois, mais avoir passé 40 ans me donne souvent l’impression d’être déjà une petite mort. Mais OK, soit.

Puis, il y a toute cette technologie qui nous a tant donné, puis tant repris. Dès le début des années 2010, les algorithmes ont foutu la merde. Je me souviens d’un temps où l’on voyait tout ce que nos contacts postaient sur les réseaux. Tout et dans l’ordre, au fur et à mesure. Ensuite, la Silicon Valley a décidé que ça n’était pas bien. Que puisqu’il fallait payer des pubs pour être visible, les propositions artistiques seraient soit sponsorisées, soit dépriorisées. Que puisqu’il fallait maximiser l’engagement (un mot poli pour « addiction ») des utilisateurs, on verrait toujours les mêmes trucs des mêmes gens en priorité : ceux que l’algo croit qu’on aime — des chatons, des bébés, des photos de vacances à la con… Et, surtout, des messages polémiques. Du genre qu’on ne peut s’empêcher de commenter. Du genre qui nous divisent parce qu’on n’est pas d’accord. Les réseaux sociaux, c’est pas une terrasse de café où on s’engueule avant de trinquer à nos désaccords. On s’engueule et on repart fâchés, c’est tout. À force d’algorithmes, les artistes et les créatifs sont invisibilisés. Les radicaux, les propagandistes et les marchands de vide, au contraire, sont sous le feu des projecteurs. Ça aussi, ça m’a soûlé. Et puis voilà qu’Internet est mort, ou en passe de le devenir.

C’est ça que m’a rappelé Philémon : aujourd’hui, on estime que 30 à 60 % des contenus textuels postés en ligne sont générés par des IA. Ça ne fera qu’augmenter. C’est vrai aussi pour la musique (20 à 25 % des titres uploadés sur les sites de streaming sont des deepfakes) et pour tout le reste. Ce n’est pas que je sois contre l’IA — j’en reparlerai sans doute, c’est un sujet qui me fascine. Mais quand même, si on ajoute le bruit des IA au tri des algorithmes, le résultat est que, chaque jour, la Toile nous échappe un peu plus. Alors, peut-être, m’a dit Philémon, peut-être que remettre un peu d’humain dans le game, ce n’est pas si con à ce stade. Un peu désespéré, peut-être, mais pas si con.

Et puis il y a autre chose : à force de ne plus écrire (ou, du moins, de ne plus écrire que sur commande et pour de l’argent), je trouve l’existence un peu ennuyeuse. Ma pratique, c’était ma façon de faire de la magie. La vie, sans ça, est assez monotone.

Maybe… or maybe it is?
(Images : « Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot » — Gus Van Sant, 2018. )

Mais je ne savais pas trop par quel bout commencer pour m’y remettre. Alors, après tout, pourquoi pas par-là ? Ce qui m’a plu, c’est l’idée que probablement, puisque ce site ne fera l’objet d’aucune promotion, personne ne lira ce que j’y publierai. Et que même si quelqu’un arrive là par hasard, personne ne saura qui je suis. Je commencerai par des billets d’humeur tels que celui-ci jusqu’à laisser, je l’espère, un peu de poésie et de littérature s’engouffrer dans la brèche. La question demeure de savoir si je produirai du signal ou du bruit. Vous en jugerez. Ou plutôt non, puisque vous ne lirez pas ces lignes.

Peut-être, un jour, je réinvestirai ma Toile, mon nom, mes réseaux sociaux, mon site et mon blog. Peut-être. En attendant, l’idée d’écrire tout ce qui me passe par la tête sur un blog que personne ne lit me séduit beaucoup. C’est, au fond, une manière assumée de crier dans le vide. Et c’est mieux que de crier dans un trop plein.

Alors voilà.