Les derniers jours d’Alma-Ata


20-21 octobre 2026

Le matin nous partons pour la gare routière à l’autre bout du nord de la ville, il nous faut vérifier que nous pouvons bien partir de là-bas pour aller à Bichkek, voire réserver des billets pour le 22. Nous traversons donc une partie de la ville avec le métro que nous n’avons jamais pris, et dont notre guide nous avait dit qu’il était « très beau ». Personnellement, je ne lui ai rien trouvé d’extraordinaire, d’autant qu’il n’y a qu’une seule ligne, ce qui est peu pour une ville de cette envergure. Mais à défaut d’être merveilleux, il nous permet de nous économiser plus d’une heure de marche, nous préférons garder de la ressource pour la suite de la journée. Nous essayons ainsi d’être efficaces, sans pour autant nous couper de la balade par le parc, le long du lac de Sairan à l’ouest de la ville.

Abéona n’est pas très forte à cache cache.

La balade est chouette, il fait beau, les canards sont pimpants et la gare est un bâtiment très soviétique, vraiment impressionnant. Au guichet, concernant Bichkek, une dame très didactique nous explique le tout, dans un anglais correct… nous repartons avec deux billets pour le 22, le surlendemain à 10h du matin, absolument réjouis.

En rentrant, nous nous arrêtons pour boire des cafés, en effet la veille j’ai bossé sur le blog et les photos jusqu’à 3 heures du mat’ : autant vous dire qu’au lever j’étais un peu grincheux. Le café m’aidant à redevenir sociable, nous traversons la ville d’ouest en est, de sorte qu’en fin d’après-midi nous sommes à l’église St Nicholas, bleue/verte, belle et à la fois humble, tout comme Zenkhov. Puis nous nous hâtons de rejoindre notre rendez-vous avec Olga. Mais comme nous sommes un peu angoissés et de fait en avance, nous nous trouvons un petit bar à vin qui nous sert une sorte de Vinho verde (mais espagnol) très agréable. Nous buvons notre verre avant de la rejoindre, espérant être ainsi plus détendus et passer un moment agréable.

Tout se passe bien, nous avons le choix entre plusieurs endroits, mais nous optons pour le plus simple, un géorgien qu’elle affectionne. Bref la discussion est plus ouverte c’est vraiment sympa, on en apprend un peu plus sur elle, jusqu’à ce qu’elle me branche sur le sujet de la musique. Elle ne comprend pas pourquoi je n’ai pas fait ce métier et pourquoi je n’ai pas voulu faire d’orchestre, car elle en a une idée très positive et créative. Je lui explique mon point de vue en réponse à ses questions : après des années d’enseignement, je n’avais plus la motivation pour le métier, quant à l’orchestre, les places sont extrêmement difficiles d’accès, l’expérience collective est intéressante mais il n’y a pas de créativité.

Elle commence alors à parler du rôle du chef d’orchestre, elle évoque la prétendue peur qu’inspire un certain chef russe à son orchestre qui selon elle fait des miracles, et sans quoi l’orchestre serait fainéant, etc etc… vous l’avez compris la discussion repart sur des bases malsaines. Je lui explique un peu la vie car pour le coup ce n’est pas son domaine, et Abéona acquiesce dans mon sens du point de vue psychologique. Manager n’est pas humilier, ni devenir un pervers ou un tyran, et dans l’histoire de la musique ça a eu de nombreux effets catastrophiques sur des musiciens. C’est un monde où la souffrance au travail a souvent eu des conséquences dramatiques, bien sûr elle semble l’ignorer.

Mais qu’à cela ne tienne elle est repartie sur une boucle qui repasse par la géopolitique mondiale. Elle m’incite à visiter Moscou, je lui dis que j’aimerais beaucoup, mais lorsque la guerre sera finie. Elle sous-entend que ça ne durera pas longtemps pour que la Russie gagne la guerre, je lui dis que je n’ai pas ce point de vue et qu’à mon sens ni l’Europe, ni les Etats-unis ne lâcheront jamais (même si je m’avance un peu, nos gouvernants étant de plus en plus débiles)… donc je ne crois pas à une résolution rapide. Bref, on finit par en sortir car il est tard, Abéona propose de terminer, et j’accueille cette proposition avec bonheur et soulagement.

Au final c’est vraiment dommage cette obstination complètement décalée vis-à-vis de notre perception du monde et probablement de celle de ses concitoyens. Nous avons eu plaisir à la rencontrer, aurions voulu échanger des choses plus personnelles, dommage que des sujets biaisés aient semé la discorde. Mais c’est la loi des rencontres, des fois ça « matche », des fois non et cela laisse des souvenirs impérissables. C’est un peu ce qu’on attend du voyage finalement.

Bazaar bazaar

Le lendemain, nous nous rendons au Bazaar vert que nous a conseillé Vera et qui se trouve pas loin de notre logement. Lorsque nous entrons nous mesurons l’immensité de la chose, même si c’est finalement moins impressionnant que ce que nous avions vu avant. Il s’agit d’un gigantesque marché couvert où tous les vendeurs de fruits veulent vous faire tout goûter, pas facile de résister. Sur le pourtour, il y a une mezzanine qui permet d’avoir une vue plongeante sur l’ensemble, du pain béni pour faire quelques images. Au centre, 4 piliers autours desquels semblent s’enrouler de petits troquets où l’on peut manger.

En sortant de là, on s’aperçoit qu’il y a un sous sol, et rebelote ! On descend et là plein de trucs dans tous les sens, l’ambiance est un peu plus à la cool, moins tape à l’oeil, on est moins sollicités avec nos gueules de touristes. On achète quelques fruits secs délicieux (longanes séchées, prunes). On finit par sortir non sans avoir aussi acheté de nouveaux petits beignets fris garnis soit de pomme de terre, soit d’une espèce de ciboulette, vraiment délicieux.

Au moment de sortir, Abéona voit un marchand de briquets bleu azur, une réplique du drapeau kazakh, nous en prenons 2, au moment de dire merci, elle le dit en russe… Le type la reprend et dit « non non ça c’est du russe, ici on parle kazakh » : on apprend donc à dire merci en kazakh le dernier jour, c’est un peu un comble ! Mais on sort de là en se disant que cette anodine petite histoire met un peu de plomb dans l’aile à toutes les histoires d’Olga. Ça reste à vérifier globalement, mais ça signifie au moins qu’il y a des kazakhs qui refusent la domination russe (ça semble au passage être la voie diplomatique en cours depuis 2022 de prendre de la distance).

Rassasiés par ce petit déjeuner pris au vol, nous entamons une longue marche vers le musée d’art moderne. Le bâtiment est conséquent et assez beau, il s’y trouve une expo temporaire Bill Viola, et quelques autres pièces monumentales de Richard Serra, Yayoi Kusama, Anselm Kiefer… L’expo n’est pas énorme mais c’est vraiment un excellent moment de pouvoir découvrir ou re-découvrir les oeuvres de Viola dans une expo dédiée. On prend le temps de se poser et de voir certaines vidéos sur toute leur durée, ce que personnellement je fais rarement dans les musées, c’est vraiment bien !

Nous sortons de là à la nuit tombée, et retraversons la ville à pied pour rejoindre notre logement. Le lendemain c’est fini, nous quittons le Kazakhstan pour le Kirghizistan. Nous avons bien aimé Almaty, il y a de grands arbres partout, une vie culturelle… mais aussi un niveau de vie très au dessus de ce qu’on a vu depuis le début. La ville est donc chère, à l’image de nos capitales occidentales. Et puis malheureusement, notre expérience restera marquée par la rencontre d’Olga, j’ai donc une sensation un peu en demi-teinte car nous l’avons un peu vécue dans l’urgence, et si la ville est beaucoup plus agréable au quotidien, elle est beaucoup moins extraordinaire et dépaysante qu’Astana, qui reste une claque visuelle époustouflante. Nous partons donc un peu soulagés et heureux d’aller vers d’autres horizons !

Yayoi Kusama, LOVE IS CALLING, 2013.

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Et si l’URSS était vivante ?


17, 18 et 19 octobre 2026

Nous partons le matin dans un train en 3ème classe avec les places du bas, comme d’habitude, un type l’air fermé arrive juste après, il sera notre locataire du dessus, nous n’échangerons pas un mot pendant tout le trajet. A l’autre bout (dans la largeur), il y a un jeune type, qui roupille sérieusement empaqueté comme une momie dans son drap et un autre gars au-dessus lui qui roupille également. Pendant le voyage au bout d’un moment, le jeune gars accueillera des amis, dont l’un qui nous demande d’où nous venons en anglais… nous répondons gentiment, mais ni Abéona ni moi n’avons la force de commencer une discussion par téléphone interposé avec celui qui semble le plus curieux, les dernières nous ont plutôt frustrés. Comme nous n’alimentons pas, cela s’arrête vite. Ils nous expliquent quand même gentiment comment profiter de la connexion Wi-Fi dans le train. Magie ! Ça fonctionne, de fait, je vais passer 8 heures la tête dans le guidon à écrire et retoucher des photos !

Sur la fin du voyage (heureusement que nous avons du réseau pour gérer ça avant notre arrivée), le contact de notre hébergement nous dit qu’il y a un problème avec le logement : en gros sa serrure électronique est bloquée. Merci la technologie… il fallait inventer ce genre d’incident, c’est vrai que ça nous manquait, ça n’existait pas avec les clefs normales😒. Bref il nous propose un autre logement, en dehors de la plateforme, nous ne le connaissons pas, c’est forcément un pari risqué ! Il nous envoie l’adresse, les photos etc etc. de sorte qu’on finisse par dire ok, en espérant, qu’il ne se fout pas de nous.

Nous arrivons de nuit dans une gare toute en vrac avec des palissades, du gravier et des pavés dans tous les sens, le chaos complet, mais nous commençons à avoir l’habitude. Nous suivons la foule pour trouver l’issue sur un parking car la gare, comme à Taraz, est complètement en travaux. Nous évitons donc le club des taxis puis trouvons un Yandex pour filer à notre logement qui se trouve à plus de 30 minutes de voiture au cœur de la ville. Tout de suite ce ne sont plus les mêmes dimensions, le chauffeur suit une artère qui semble traverser la ville de part en part tellement elle est longue. Almaty, pour information c’est donc l’ancienne capitale, 2,2 millions d’habitants. C’est la ville la plus importante du Kazakhstan, on change de dimension et finalement on va s’apercevoir qu’on va y retrouver quelques repères.

Au final, tout se déroule sans encombre avec le logement malgré une serrure électronique rotative à code, quelque peu inquiétante de prime abord. La faim nous pousse à ressortir immédiatement vers une espèce de giga-restau, une sorte de foire à la saucisse et aux brochettes d’abats à deux pas de chez nous. On est plutôt client de ce genre de trucs, mais c’est la première fois qu’on tente. Au final c’est un peu l’usine, c’est médiocre mais on sort repus quand même en regrettant de pas trouver de salades décentes dans ce pays.

Note a posteriori sur la cuisine :

Ce n’est pas tout à fait juste, les salades existent mais ce sont toutes des salades lacto-fermentées, souvent avec un peu de viande quand même. Autant c’est très bon, mais c’est quand même frustrant à la longue quand on trouve aussi peu de cuisine de légumes. Végétariens et vegans, vous ne trouverez votre salut qu’en fréquentant les bazaars et en faisant la cuisine vous même.

Un périple à travers la grande Russie

En rentrant on finalise le rendez-vous du lendemain avec Olga et Milena. Nous avons rendez-vous à 8h avec Olga à 35 minutes de marche au sud de notre logement, elle va nous emmener faire une balade en voiture. Nous lui avions laissée presque carte blanche, car nous ne la connaissons pas et ne voulions pas paraître trop pénibles. Nos interactions numériques nous ont paru étranges, voire un peu sexistes. Nous en avions beaucoup discuté entre nous, mais comme c’est une chance d’être guidé par des locaux, nous ne voulions pas rater l’opportunité. On se dit qu’on verra sur place et puis on sait très bien que par message il peut y avoir beaucoup d’incompréhensions, donc on ne se formalise pas.

Nous retrouvons Olga, qui semble avoir environ le même âge que moi à 5 ans près. Le contact est timide, elle parle bien anglais mais pas très fort, et avec un accent russe. Je m’accroche pour suivre, elle nous emmène dans une voiture impeccable à travers la ville en faisant le guide, en nous parlant de tous les immeubles qu’elle croise, en relatant leur histoire depuis la période soviétique… incroyable ! Ça va vite mais on s’accroche et on essaie de ne pas trop perdre d’informations. Au vol, on récupère Milena qui, elle, ne parle que russe, elle a l’air très gentille, mais Olga fait la traduction dès qu’elle prend la parole donc on ne l’aura jamais en direct.

On comprend rapidement que contrairement au souhait que nous avions formulé initialement, de plutôt rester dans la ville, elles nous emmènent à l’extérieur, à la montagne. Nous allons donc prendre un téléphérique (première fois pour moi) qui va nous faire passer au dessus de la patinoire de Medeo, datant de l’époque soviétique et actuellement complètement en travaux, puis à Shimbulak, une station de ski. Sur le chemin Olga lance des petits pics en disant que le téléphérique n’est plus aussi bien qu’avant, parce qu’avant c’était de l’ingénierie russe robuste ! Maintenant c’est de l’ingénierie française, un peu de la merde quoi ! Sauf qu’en en discutant on s’aperçoit, d’une part qu’à l’époque c’était un télésiège et pas un téléphérique, et qu’en plus aujourd’hui c’est un téléphérique autrichien (ce dont on s’aperçoit par hasard, au détour d’une plaque sur l’installation)… OUF, l’honneur de l’ingénierie française est sauf ;-DD nous rigolons.

Nous montons ainsi jusqu’au col de Talgar à 3200 mètres. Une fois là-haut, nous grimpons une petite côte et immédiatement, nous sentons l’altitude car nous avons plus de mal à respirer. C’est la seconde fois de ma vie que je monte si haut. Le paysage est très chouette, on a la vue sur toute la ville. On est très reconnaissant qu’elles nous aient emmenés, de surcroît si tôt ce qui nous a permis d’éviter le flux touristique, et aussi car nous n’y serions franchement jamais allés sinon. A l’initiative d’Olga, on s’arrête pour prendre des photos toutes les cinq minutes dans toutes les situations, même les plus improbables (Abéona : « épuisant ! »), mais comme ça a l’air d’être une coutume pour elles, on se prête à l’exercice avec bonhomie.

A Shimbulak, nos deux guides insistent pour qu’on se fasse prendre en photo en costume traditionnel avec un « aigle de chasse » (Abéona : « ici je ne sais pas ce qu’il chasse à part les touristes »). Nous avions déjà vu ça à Turkestan. La fauconnerie est une discipline très importante culturellement, on le comprend tout à fait. Par contre nous désapprouvons totalement le traitement de ces pauvres bêtes qui sont là toute la journée pour satisfaire les touristes (pareil pour les chameaux à Turkestan). Donc on dit non, plusieurs fois, quitte à les vexer ! Elles insistent fort, mais on refuse fermement, nous ne voulons pas être complices de ça. Elle ne semblent pas comprendre pourquoi, je ne veux pas rentrer dans des explications forcément complexes, je ne sais pas trop comment m’en dépêtrer. Abéona a alors l’idée géniale de dire qu’on a déjà vu ça à Turkestan, ça leur permet de lâcher plus facilement l’idée, ouf… bravo, bien joué !

Kok Kok Tobeee

Suite à ça nous redescendons et filons sur la colline de Kok Tobe où se trouve la fameuse tour de la télévision, et aussi un petit parc d’attraction comme souvent. Sur le chemin, Olga heurte un trottoir avec sa voiture et est toute choquée de nous avoir fait vivre ça, elle a l’impression de nous avoir mis en danger. Je la rassure en lui disant que ça arrive à tout le monde et que nous sommes plutôt embêtés pour elle, d’autant que tout s’est passé doucement et qu’elle a juste abîmé les jantes. Mais elle est néanmoins touchée de cette situation. C’est vraiment gentil de s’inquiéter pour nous, j’insiste pour la rassurer du mieux possible.

De là-haut, nous avons aussi une super vue sur la ville (et son smog). La grimpette est pour elle l’occasion d’embrayer sur une discussion politique un peu essoufflée, sur le sujet de la guerre en Ukraine et des émeutes étudiantes en France \o/. Le premier sujet est très glissant, il va falloir manœuvrer doucement, comme c’est une amie d’ami, je ne souhaite pas faire d’esclandre, mais je comprends qu’on est dans un traquenard : notre guide s’avérant excessivement pro-russe ! Je lui explique quand même que c’est normal pour l’Ukraine de se défendre d’une invasion russe, elle ne semble pas comprendre… car pour elle l’Ukraine est russe, voire soviétique.

Elle aborde alors le sujet des révoltes étudiantes en France en disant qu’elles sont orchestrées par le tandem anglo-américain, et que Milena a vu une vidéo à ce sujet… Je ne désespère pas et tente de lui expliquer :

  • que ce mouvement trouve sa légitimité dans les années de politiques délétères concernant l’éducation, la santé, la recherche et la culture,
  • que Poutine (et ou Trump d’ailleurs) n’est pas exempt de tentatives de manipulations avec certains mouvements politiques français, comme le RN, la plupart du temps en vue d’élections.

Tout est nié en bloc, elle crois dur comme fer à l’influence étrangère. Je n’aurais pas le temps de lui expliquer que les dégradations lors des manifestations, sont comme souvent l’œuvre du pouvoir en place pour décrédibiliser le mouvement. Je finis par m’échapper diplomatiquement du sujet au gré des événements de la marche, car je sature déjà. Abéona a pour l’instant fourbement esquivé le conflit. Mais ce n’est que le début.

Où l’on découvre la propagande par la peinture

Ensuite nous allons visiter le Musée d’État des arts Abilkhan Kasteyev, une partie de l’expo est financée par Rosatom (qui travaille activement à la dépendance des états post-soviétiques nucléarisés aux technologies russes). Elle présente notamment des œuvres ouvertement propagandistes de l’époque soviétique dont Olga nous explique à quel point elles expliquent les valeurs de la Russie et du Kazakhstan, etc.

Globalement dans le musée sont présentées essentiellement des œuvres kazakhs et russes, qui exaltent la grandeur du « rustique peuple kazakh » et les bienfaits du « colon russe civilisé ». Dans le musée il est interdit de prendre des photos avec un appareil, seuls les téléphones sont permis, donc excusez-moi d’avance pour la qualité des exemples, j’ai préféré ne pas créer d’embrouilles vu que c’était très surveillé. Mais ça se devait quand même d’être un peu illustré.

Boris Koustediev, Bolcheviks, 1920.
Abylkhan Kasteyev, La fête au Kolkhoze / Le mariage au Kolkhoze, 1937.
Abylkhan Kasteyev, Turksib, 1969.
Igor Grabar, Autoportrait avec palette, 1934.

L’opium du peuple

Nous filons ensuite à la Cathédrale Zenkhov. Olga nous précise que Milena est très croyante… mais juste avant de rentrer, Olga nous rappelle que Marx disait que la religion était « l’opium du peuple » et qu’elle ne voyait pas comment il pouvait en être autrement. Même si nous sommes athées, nous ne pouvons pas nous empêcher de ne pas trouver ça très respectueux des croyances de son amie… Milena, ignorant cette remarque (elle comprend seulement un peu l’anglais) va nous entraîner dans la Cathédrale et nous présenter gentiment une à une toutes les icônes de ses saints favoris avec enthousiasme. Je trouve ça très instructif : je ne savais pas, par exemple, que certaines icônes pouvaient être des personnages récents, c’est notamment le cas d’un médecin persécuté par Staline. Bref, en plus d’être instructif son enthousiasme est vraiment sincère et la cathédrale est belle. Elle se trouve au bout d’une allée à la gloire d’un héro de l’union soviétique, Panfilov, un truc monumental à voir aussi.

Nous finissons cette journée dans un restaurant cher, et sans intérêt, car celui auquel nous devions aller était fermé. Olga en est très contrariée et s’en excuse, nous lui expliquons que pour nous le plus important est de passer un moment ensemble, pour mieux se rencontrer. Je vous passe les détails des discussions du repas qui ont plutôt aggravé les choses dites pendant la journée.

Pour faire une petite synthèse de cette journée et des problèmes que nous avons rencontrés :

  • un certain racisme de notre guide (envers les juifs, les trans, les prétendus terroristes barbus),
  • un manque total de recul, et une féroce nostalgie (assumée) de la période soviétique, y compris Stalinienne,
  • une position sans discernement au sujet de Poutine et de l’Ukraine,
  • il était dommage que nous ne puissions communiquer directement avec Milena, car un autre point de vue, russe pour le coup, sur tout cela aurait été intéressant.

Finalement, c’est le manque de recul qui nous a choqué surtout venant de quelqu’un appartement à la nomenklatura du pays (Olga a un poste non-politique, mais important), et ce vis-à-vis de la Russie, mais aussi de dirigeants kazakhs comme Nazarbaïev et Tokaïev. En opposant, selon ses propos, l' »économiste » Nazarbaïev au « diplomate » Tokaïev, l’un fort, l’autre faible finalement, c’est toujours le même propos : c’était mieux avec Nazarbaïev, qu’avec Tokaïev, avec l’URSS, qu’aujourd’hui ! Le culte de la personnalité de Nazarbaïev a également été dénié, sur fond de plaisanterie : « ah ah ce n’est pas possible que vous ayez vu partout des monuments à son sujet, il n’est pas mort…« .

Le soir lorsque nous nous retrouvons tous les deux avec Abéona, nous débriefons tout cela, et en avons bien besoin car c’était une journée intense. Nous sommes en fait assez choqués et éprouvés par ces discussions auxquelles nous ne nous attendions pas. Mais nous ne regrettons pas notre choix : c’était aussi enrichissant, qu’éprouvant. Et puis, comme rien ne nous force à nous fréquenter dans la vie courante – sans quoi ça serait sans doute très difficile de concilier nos avis opposés – tout va bien. Ponctuellement, nous avons donc apprécié la rencontre incongrue, le personnage incroyable et cultivé (malgré ses avis biaisés), la belle visite et l’hospitalité qu’elle nous a témoigné.

Un lendemain de récupération nécessaire

Alors le lendemain, nous décidons d’une journée plus tranquille et nous déclinons diplomatiquement une nouvelle proposition de sortie d’Olga qui se soucie très gentiment de nous faire découvrir la ville. Nous lui proposons de nous retrouver seulement le lendemain soir, pour un dernier repas ensemble afin de clore notre rencontre plus tranquillement, en espérant éviter un peu mieux les sujets sensibles et aborder des questions plus personnelles sur la vie des uns et des autres.

Lors de notre marche en direction du sud, où nous essayons sans toujours de succès de revoir certains immeubles particulièrement notables qu’Olga nous avait évoqués sur notre chemin en voiture, nous cherchons un café pour nous poser et tombons sur Vera ! Une voyageuse Belge que nous avions croisés à la gare de Turkestan. Nous passons un petit moment très agréable à boire des cafés au soleil de fin d’après-midi, à discuter de nos expériences. Vera doit avoir une cinquantaine d’années, elle est infirmière de métier, voyage seule, et elle est passée par le Turkménistan, avant d’arriver au Kazakhstan. Son expérience semblait assez intense, c’était très chouette de la rencontrer de nouveau complètement par hasard dans une ville de 2 millions d’habitants, un de ces moments, qui comme seuls les voyages peuvent le faire, feraient un instant croire à la destinée.

Alors que nous prenons congés de Vera, qui va repartir pour l’Europe le soir même, je suis un peu encombré entre l’appareil photo et mes sacs, le sol se dérobe sous mon pied droit. Je me rattrape comme je peux, mais je chute en maintenant mon appareil photo en l’air, bref j’évite que l’appareil tape le sol, mais c’est mon genoux gauche qui encaisse. Heureusement que je ne me suis pas coincé le tibia dans la grille d’évacuation d’eau, sans quoi j’aurais vraiment pu me casser la jambe. Bref je n’ai que des égratignures mais une seconde d’inattention peut coûter cher, car ici les plaques d’égouts branlantes et les grilles manquantes sont légions.

Nous avons marché jusqu’à la place de l’indépendance, en faisant le tour au soleil couchant et passant par le parc jouxtant la résidence présidentielle. Après quoi nous sommes rentrés tranquillement après une bonne petite marche de 16 km tout de même.


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La machine à laver l’histoire


15 au 17 octobre 2026

Après avoir failli dire « nique » à Taraz pour rejoindre plus rapidement Almaty, nous y sommes finalement arrivés et avons rejoint notre logement à pied, en mode économie, une petite heure de marche dans la douceur de la fin d’après-midi. Ici, il n’y a pas toujours de trottoirs et les véhicules roulent vite, il faut donc prendre soin de ne pas empiéter sur la route. Parfois des arbres un peu sauvages débordent et obligent à s’y déporter, c’est là qu’il faut être particulièrement prudent.

Taraz est une ville d’environ 400 000 habitants, avec de grandes rues larges. Il y a un peu d’air, ça me semble plus agréable que Turkestan, pas dur, me direz-vous vu que là-bas, l’air est empuanti en permanence, de jour comme de nuit, par des feux d’ordures ou de je ne sais quoi, et mieux que Shimkent car c’est plus petit, il y a donc un peu moins de circulation.

Nous retrouvons notre hôte, à l’arrière d’un immeuble, un grand type vêtu sportivement et très accueillant. L’appartement est grand, un peu destroy comme d’habitude, tout est un peu branlant, les prises ne tiennent pas banchées… et la cuisine est verte flashy, c’est ce qui m’avait attiré ! Dans l’ensemble c’est parfait, nous sortons immédiatement acheter de la lessive car il nous faut lancer plusieurs machines, notre stock de linge propre n’étant plus très conséquent.

Pour que vous vous rendiez compte car nous ne l’avons pas encore évoqué, nous sommes partis avec chacun une dizaine de jours de vêtements au maximum (du chaud et du froid). Personnellement, j’ai pris de vieilles chemises que j’espère bien finir pendant le voyage, 3 polaires et un coupe vent. Cela nous fait des sacs chargés pour moi de 20 kg (dont 10 de matériel photo et électronique) et pour Abéona de 15kg. On est quand même partis avec du confort, mais pas de quoi se flinguer le dos non plus. Ce qui nous permet de marcher une demi journée avec sans encombre, nos gros sacs contenant de plus petits sacs que nous utilisons dès nos logements rejoints.

Nous lançons donc nos lessives, bossons un peu, croquons quelques Qurts et cornichons en guise d’apéro avant de sortir manger. A propos, je crois que j’ai fait sombrer Abéona dans ma folie, elle s’est motivée pour écrire toutes nos aventures à Shimkent ! Je m’en suis d’abord un peu voulu : j’ai eu peur que ça soit parce qu’elle en avait marre de me voir bosser et voulait me soulager. En cours de route, je suis un peu rassuré car j’ai l’impression que ça commence à lui plaire… Maintenant, il va juste falloir trouver un équilibre, que je parvienne à décrocher de temps en temps, car j’ai parfois du mal à m’arrêter quand je suis lancé dans un truc.

Note à destination des geeks, libristes, adminsys et autres régisseurs.

J’évoque rapidement mes galères de VPN, qui ont été très pénibles à Taraz. Sachez que le protocole Wireguard ne passe pas correctement, il a tendance à être bloqué, Openvpn est beaucoup plus fiable. Or laisser le choix du protocole VPN en mode auto ne fonctionnait pas pour moi (chez Cyberghost), je voulais régler ça avant de continuer à avancer. La sécurité des données personnelles étant de plus en plus importante partout, elle permet même en France d’avoir accès à toute l’information et pas à la seule partie filtrée à laquelle on veut bien vous laisser accéder. Cela permet aussi de garder un précieux anonymat, de plus en plus compromis. Bref, vu que je ne suis pas admin système, j’y ai passé trop de temps à force d’essais/erreurs, pour trouver d’où venait le problème, mais ça devrait être terminé. Comme quoi, malgré le fait que, déformation professionnelle, j’avais tout testé soigneusement plusieurs mois avant de partir, il y a toujours des imprévus.

Que dire de la ville en soit, c’est une ville agréable, plus calme que Shymkent, plus respirable, dans laquelle il serait sans doute bon de s’arrêter quelques jours pour se reposer. Elle est censée être un monument d’histoire. C’est ici que dixit wikipédia, lors d’une bataille historique entre Arabes et Chinois, les premiers auraient récupéré les secrets de la pâte à papier. Excitant me direz vous, certes, sauf qu’ici comme partout ailleurs depuis notre arrivée dans le pays, tout ce qui est historique est systématiquement du fake, reconstruit, remanié… A l’image d’Astana, cette capitale décrétée du jour au lendemain (conçue par l’architecte Kishō Kurokawa) mais qui a pour elle une certaine magnificence. Il n’y a ici guère que quelques ruines archéologiques (comme à Turkestan où le site semble en chantier depuis des années sans explication) qui subsistent péniblement. Ou parfois un monument religieux, mais la plupart du temps à Turkestan comme à Taraz, on a construit un quartier de toutes pièces ou une citadelle en carton-pâte pour les touristes, pour exalter la gloire culturelle du pays qui, soyons honnête, est soit un fantasme, soit a disparu depuis longtemps…

En soit ce n’est peut-être pas si grave, nous autres occidentaux avons une frénésie de fixer tout dans le marbre, alors qu’après tout rien n’est réellement éternel et que c’est sans aucun doute aussi un peu artificiel. Mais le problème c’est que ça laisse la place à toutes les manipulations. Ici le problème se nomme Nazarbaïev, l’ancien président (pour ne nommer que lui), il a manifestement fait en sorte de tout remodeler, tout s’approprier : on ne compte plus le nombre de monuments à son initiative pour exalter la nation kazakh, sa culture… Et bien sûr, chacune de ses initiatives est toujours glorifiée : car c’est lui le grand constructeur de la nation Kazakh !

Traduction (automatique) de la stèle

« Ceux qui se sont installés au Kazakhstan et en ont fait leur seconde patrie sont reconnaissants de la douceur et de la sainteté de l’esprit du peuple Kazakh. Durant les années qui ont suivi l’indépendance de notre pays, le dirigeant de la nation, N.A. Nazarbaïev, a accordé une attention particulière à l’unité, à l’amitié, et à l’égalité des droits entre les citoyens. Preuve manifeste de cet engagement, l’assemblée du peuple kazakh a été créée en 1995 dans notre pays, une première parmi les pays de la CEI, et le 1er mai de cette année-là a été proclamé journée de l’unité du peuple Kazakh. »
Pour éclairer ces informations sur les institutions du Kazakshstan, Nazarbaïev lui même et la CEI je vous incite à visiter les pages Wikipédia pour vous faire une première idée sur le sujet.

A l’arrière plan derrière les écolières on distingue la stèle. Au fond c’est le « grand bazaar ».
L’envers de l’endroit : il s’agit juste d’un décor…

En réalité c’est assez fatiguant, et la vraie histoire Kazakh, elle, disparaît derrière tout cela, car les lieux ont disparu, ont été détruits, ont été déplacés, bref… c’est un véritable gâchis. A Taraz, des bâtiments flambants neufs, certes très beaux ont été construits, ici un clocher, là une mosquée, ici des bains, là un musée… mais presque rien ne date d’avant le 20ème siècle. C’est un peu comme ces parcs d’attractions qu’on trouve ici dans tous les parcs des villes, Taraz ne fait d’ailleurs pas exception. On a prévu que les touristes viennent se divertir… mais des touristes il y en a peu et ce n’est certainement pas ça qui les attirera, pas davantage que les centres commerciaux géants dont le pays semble friand.

Nous sommes restés un soir et une journée à Taraz. Le lendemain de notre arrivée, nous avons fait une ballade qui nous aura emmenés à travers le quartier « touristique » jusqu’au « Grand Bazaar » un immense hangar désert sur plusieurs étages avec de nombreux stands de vêtements, assez peu de nourriture, contrairement à celui de Shimkent beaucoup plus fourni en la matière. Mais les lieux semblent aussi beaucoup plus officiels, c’est tellement calme qu’on se demande vraiment s’ils arrivent à vendre quoi que ce soit, et pourtant il y a profusion. A l’extérieur, l’endroit est cerné par des petits stands de fruits et légumes plus roots, au loin on distingue les montagnes. Après cette excursion, le soir, nous nous replions dans un café, le Sabayon, un endroit très agréable calme et feutré de nombreux tapis, où nous buvons un excellent thé au gingembre et où nous mangerons aussi un morceau.

Je suis donc un peu déçu par Taraz, car cette mythification de l’histoire m’avait un peu mis l’eau à la bouche, mais j’ai beaucoup d’espoir lorsque nous montons dans le train pour Almaty le matin vers 9h, sur le chemin les contreforts du Tian shan annoncent notre voyage futur au Kirghizistan. A la gare, on l’annonce d’ailleurs encore Alma-Ata : l’ancien nom soviétique… Almaty semble être la capitale culturelle du pays, et je compte sur Olga, une amie d’ami que j’ai contactée et qui vit sur place, pour nous livrer des clefs quant à cette cité et sur le Kazakhstan en général. Ce soir après 8 heures de train, nous y serons et dès 8 heures demain matin, nous la retrouvons et passerons la journée ensemble. Je suis donc tout excité à l’idée d’avoir enfin des réponses à toutes mes questions.


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Shymkent, la douceur de vivre, simplement, suite.


13 – 14 octobre 2026

Nous avons donc passé deux journées complètes à Shymkent. Si nous avons évidemment croisé des parcs, des monuments, des musées ou des théâtres… Comme je le disais, c’est plutôt l’ambiance générale qui se dégage de la ville qui est remarquable. Déjà, Shymkent est peut-être la ville la plus vivante et investie que nous ayons croisée, les gens se promènent, rient dans les parcs, se posent sur les balançoires, boivent en terrasse… Il faut dire que le climat est aussi plus clément qu’à Astana ! 

Avançant à un rythme tranquille, nous traversons la ville en direction du sud depuis notre hôtel. Nous découvrons le parc Abay et son mémorial pour les participants à la Grande Guerre (2e guerre mondiale pour eux), enfin un vrai parc avec de vrais arbres ! Puis nous contournons le Shymkent Plaza, immense centre commercial dans lequel il est interdit de prendre des photos (contrebande ? les enseignes présentent toutes les plus grandes marques que l’on trouve chez nous…), en direction de la rivière Kochkar-Ata et de la citadelle de Shymkent. Sur le chemin, nous découvrons des lotissements tranquilles (étrange de voir autant d’espace dans le cœur d’un centre-ville de plus d’un million d’habitants). 

Merde ! Philémon a disparu ! Il marchait bien derrière moi pourtant… Je fais demi-tour et le retrouve au milieu d’une sorte de garage automobile ouvert sur la route (à première vue, un taudis comme on dirait chez nous) et apparemment en pleine discussion avec 3 hommes. J’observe la scène de loin et comprends que le pouvoir de la photographie a encore montré ses effets ! J’attends…

En passant devant la citadelle et par le parc de l’indépendance, nous traçons ensuite vers le Qyrgy bazar, enthousiastes à l’idée de renouveler cette expérience incroyable ! Malgré un système similaire de découpage par secteur, ce 2e bazar offre une expérience toute autre : un espace intérieur à priori bien plus organisé, composé de nombreuses allées (assez larges au centre et de plus en plus étroites au fur et à mesure que l’on commence à s’enfoncer), et avec une affluence bien plus raisonnable. Les commerçantes, souriantes, n’hésitent pas à nous faire goûter leurs produits ! Dur de résister à l’appel de ces gourmandises, nous repartons fièrement avec quelques Qurt, cornichons, fruits… 

Mais quand il n’y en a plus, et bien il y en a encore ! Le bazar se prolonge bien au-delà des « murs » : des stands sont à même le sol, tous les trottoirs sont investis ! Nous naviguons ainsi, pris dans le mouvement de la foule, entre les gens et les victuailles… Nos regards s’attardent sur certains visages, parfois marqués par les rudesses de la vie, mais attention à ne pas trébucher sur les aspérités, crevasses et pavés manquants.

Nous engageant sur le chemin du retour, nous prévoyons une soirée tranquille et économique : soupe « BigBon » (il faut bien essayer quand même) et nos trouvailles au bazar feront bien l’affaire. Petite parenthèse sur cette fameuse soupe : il faut dire qu’en terme de nourriture post-apocalyptique, j’en ferai bien un stock dans mon placard à mon retour ;-D ! 

Le lendemain, nous partons un peu à vue, n’ayant pas particulièrement d’objectif prédéfini. Dans cet état d’esprit, un café ne serait pas de refus ! A l’abri de la route (routes qui sont ici, ma foi, gigantesques), entourés d’une pergola recouverte de plantes, nous profitons de ce moment pour discuter, écrire et retoucher des photos. Je leade le redémarrage car j’ai finalement bien envie de passer devant l’Université du nom de M. Aouezov (qui compte parmi les rares auteurs kazakh qui furent un jour traduits en français). Ma quête de lectures du pays sera restée vaine avant le départ, et ce n’est pas ici que je vais trouver quelque chose de compréhensible malheureusement. 

Deux points remarquables de cette 2e journée : l’Arbat* et le parc central ! Entre multiples fontaines, tulipes géantes, stands de nourriture en tout genre (du Kazakhstan à la Corée, en passant par un remake de Mcdo à peine dissimulé), toilettes transparents Miras à déverrouiller par reconnaissance faciale… il est agréable de se promener dans ce quartier et d’observer la vie des gens ordinaires.

*Arbat : Au Kazakhstan, l’ « Arbat » semble désigner une zone piétonne, vivante et dynamique, souvent au cœur de la ville. On en trouve à Almaty, Shymkent mais aussi Astana. Difficile de trouver l’origine et l’étymologie exactes de ce mot, plusieurs pistes étant proposées selon les sources. Néanmoins, il est fort probable qu’il marque les liens passés entre les mondes russe et arabe, à travers les échanges sur la mythique route de la soie. Pour plus d’informations, et surtout le point de vue kazakh de la chose, je vous propose d’aller voir cet article !

Mais tout cela passe bien vite et nous reprenons déjà le train demain pour Taraz, qui pour le coup, possède plus de 2000 ans d’histoire… d’après le chauffeur de taxi qui semblait très enthousiaste à l’idée de cette destination !


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Shymkent, la douceur de vivre, simplement.


12 octobre 2026

Remarquable (merci Rony et Hors-Champ pour l’intonation) ! Shymkent ne l’est pas pour la démesure de ses bâtiments, son dépaysement total, pour toutes ces choses qui perturbent nos repères, nous surprennent ou nous sautent aux yeux (il faut dire que ça fait maintenant une dizaine de jours que nous explorons le Kazakhstan). Nous nous sommes demandés comment nous allions pouvoir vous raconter la « banalité » de Shymkent, après tous les délires précédents… Car la ville n’a, à première vue, pas grand-chose à vendre mis à part un agréable sentiment de douceur de vivre…

Mais avant cela, revenons sur le trajet entre Turkestan et Shymkent ! Arrivés à la gare avec 2h d’avance (le réseau ferroviaire pouvant faire des blagues de départ en avance ou en retard), nos regards croisent celui d’une femme, qui semble avoir quelque chose de connu… En provenance d’Allemagne, Vera est également en vacances en Asie centrale ! Nous partageons, sur le quai de la gare, nos premières impressions de la région. Qui aurait pu penser que tenir une conversation orale complète avec un inconnu procure autant de satisfaction ?! Ce constat est mis en exergue par l’interaction suivante au sein du train, qui elle, ne se jouera qu’exclusivement par téléphone interposé. 

Nous montons dans notre wagon de 3e classe et découvrons dans notre carré, deux jeunes hommes endormis sur les couchettes supérieures, ayant laissé sur la table centrale toutes leurs victuailles (tous les passagers mangent des soupes « BigBon » dans les trains, il va falloir tester ça !) . Le wagon est étonnamment calme par rapport à la première fois, mais nous sommes contents de retrouver une atmosphère plus près de la vie réelle des gens qui nous entourent.

Nous nous installons, ne semblant pas perturber leur sommeil de plomb ! Quand soudain, celui au-dessus de Philémon se réveille, descend de son perchoir et s’assoie à côté de lui, dans une proximité corporelle qui ne fera que croître au cours des prochaines heures. S’engage donc, entre Oulan et Philémon, une discussion silencieuse centrée sur l’écran du téléphone.

Drôle de manière de communiquer ! L’objet téléphone fait autant le lien qu’il ne le détourne (ou l’empêche ?) : aucun mot, quasiment aucun regard, le seul contact se joue dans le champ du tactile (par le toucher successif du téléphone et le mouvement de rapprochement qu’opère Oulan au fur et à mesure de la discussion, on dirait presque qu’il pourrait poser sa tête sur l’épaule de Philémon). Oulan et ses 2 compères voyagent depuis Kyzylorda jusqu’à Almaty pour y faire du snowboard. Ils ont 20 ans, sont dans la même classe et ont fait leur service militaire ensemble (qui dure 1 an ici).

Note de Philémon à propos du téléphone :

Comme l’évoque Abéona, le téléphone a modifié nos interactions sociales. Et je mesure la distance qui s’est installée avec le temps… aujourd’hui voyager sans téléphone est compliqué alors qu’avant nul n’en avait besoin, c’est tout de même un comble ! Autant les applications de cartes sont super utiles (sans pour autant être exemptes de biais), autant, pour le reste, qu’en est-il du rapport entre cet outil et notre liberté ?
Sur les modes de fonctionnement : les habitudes imposées sont telles que par exemple commander un taxi sans appli est parfois impossible sans se faire arnaquer sur le prix, alors qu’auparavant l’interaction sociale directe nous guidait. On l’a vu à Astana, prendre le bus est désormais réellement impossible, et nous avons ressenti la même chose en Estonie l’été dernier, il y a là un choix politique excluant. Bref, pour beaucoup de choses le téléphone conditionne désormais nos voyages. Avons-nous accepté réellement cette nouvelle contrainte ou nous a-t-elle été imposée ? Si on la refuse, ne sommes nous pas condamnés à une espèce de piraterie constante, comme nous l’avons fait dans le bus la première fois sans le vouloir ? Cette « piraterie » n’est-elle pas une forme de résistance nécessaire ?
Sur la communication avec les autres : au nom de quoi nous laissons nous dicter nos interactions sociales, nos liens sociaux… au point qu’un outil vient désormais s’interposer entre nous ? Là encore est-ce un choix ? Et cet outil est-il réellement utile, la discussion avec un traducteur automatique est, on l’a constaté, maintes fois biaisée, en dehors d’une interaction basique qui finalement serait possible sans.
Bref, ce sont toutes ces questions que je voulais soulever, car elles me travaillent depuis le début du voyage, n’hésitez pas à parler de votre ressenti à ce sujet dans vos commentaires… Je suis aussi curieux de voir comment nous allons sombrer ou au contraire prendre de la distance avec l’outil téléphone d’ici la fin du voyage.

Après environ 4 heures de voyage, nous descendons du train à la gare de Shymkent. Après avoir salué 2 des 3 garçons sur le quai, ni une ni deux, nous fonçons à distance de la gare où nous sommes assaillis par les chauffeurs de taxi (presque plus affamés qu’à Almaty) ! Nous rentrons fatalement dans le jeu malsain que décrit Philémon ci-dessus : à seulement quelques mètres de l’effervescence humaine de la gare, nous nous arrêtons pour commander un Yandex grâce à l’application dédiée sur nos téléphones !

Installés à l’hôtel, il est déjà tard et nous avons faim. Par chance, il se situe à proximité d’un restaurant qui s’appelle « Beshbarmak », quelle belle promesse ! Après quelques réticences à l’approche de l’établissement : le lieu est complètement vide, et semble peu accueillant… Nous décidons de nous lancer, la cuisine donnant sur la rue apparaît propre et laisse entrevoir une vieille dame qui fait elle-même ses pâtes à la main. Si le premier à Turkestan était bon, celui-ci est merveilleux ! Cette dégustation s’accompagne d’un challenge : Philémon commande du Koumi (lait de chamelle fermenté) ! 1-0 pour lui, je n’ai pas réussi à dépasser le goût étrange qui s’installe dans la bouche à chaque gorgée, mais Philémon bénéficie intégralement des multiples bienfaits de son lait* !

*Aperçu de quelques bienfaits du lait de chamelle : Philémon est protégé du scorbut, même sans consommation de fruits frais, puisque le lait est riche en Vitamine C ; il ne risque pas de problèmes digestifs ou des effets de l’intolérance puisque le lait de chamelle n’est pas allergisant ; son système immunitaire n’en est que renforcé ! Bon, trêve de plaisanteries, bon appétit !


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La caravane de l’étrange


10 octobre 2026

Aujourd’hui c’est Caravansérail, normalement c’est un peu l’étape des caravanes à travers le désert, le ravitaillement, le lieu d’échange, de business… ce qui s’annonce ici c’est plutôt le dernier point et seulement celui là. Manifestement un quartier a été construit de toutes pièces avec des hôtels flambants neufs et déserts. Lorsque nous y entrons, un homme avec un talkie, un badge de sécurité, un costume et un air patibulaire vient nous voir. Il nous parle, évidemment nous ne comprenons rien, nous lui répondons en anglais en lui disant que nous sommes français, lorsqu’il semble comprendre que c’est la vérité, il se détend et nous dit « Venise » en désignant une direction et nous laisse là… comme si c’était une blague.

Passées les quelques secondes de stress que cette interaction nous a générée, dans la direction indiquée nous passons sous des arcades, de la musique résonne, nous découvrons d’étranges « cailloux chantants » comme Abéona les désigne avec poésie : en fait une vulgaire enceinte planquée dans un faux caillou… nous entrons dans le domaine du spectacle 😉, quelle belle façon d’enjoliver le réel !

Nous débouchons sur une grande place avec un lac artificiel et une fausse épave au milieu, des petites barques ou pédalos à la location pour naviguer sur des canaux artificiels, le tout cerné par des commerces destinés aux touristes, et un « coffee boom » dont nous profitons pour faire halte car le café se fait rare. Étrange quartier en vérité, un peu en carton, et derrière le décor il n’y a juste… rien. Sur des hectares, du vide, un espoir de tourisme qui semble déjà déçu, un peu comme cet immense no-man’s-land autour du mausolée, l’idée d’un visionnaire que le réel aurait soudainement arrêté, un rêve entravé par la réalité… il y a une grande tristesse là dedans…

Nous nous en éloignons rapidement fuyant cet idéal échoué, en passant devant une espèce de gros œuf d’or… Abéona me signale que ce doit être en rapport à la légende locale similaire à celle de la tour Bayterek à Astana, de l’aigle à l’œuf d’or… bien vu ! Ici il s’agit d’une espèce de cinéma immersif, genre de futuroscope local ou de manège… selon comment on le perçoit.

Plus loin en direction d’un parc, nous arrivons à la mosquée Khoja Ahmad Yassawi, dont la zone de prière est entièrement vitrée, de sorte que cette partie, qui semble assez privée en général, est ici entièrement visible depuis l’extérieur, étonnant… étonnant aussi à quel point les pigeons et autres volatiles ont élu domicile sur le bâtiment, à tel point qu’il vaut mieux ne pas s’en approcher 😂!

Plus loin dans le parc se trouve une zone en hommage au premier président, une espèce de tertre avec un point de vue sympathique, où figurent des sculptures exaltant certains mythes fondateurs du Kazakhstan. Une bonne odeur de propagande en émane sous un soleil radieux.

Nous décidons de contourner le parc par l’ouest afin de revenir tranquillement, et nous croisons un parc pour enfant à côté duquel une musique électro est diffusée, manifestement par un agent de sécurité qui nous regarde passer pendant que des enfants se balancent au bout d’un tourniquet en riant. Alors que nous nous acheminons vers la sortie, au bout d’un kilomètre environ, un vélo nous rattrape. Le même agent, en descend, jovial, et vient à notre rencontre, nous nous arrêtons un peu interloqués, en s’apercevant quelques instants plus tard qu’il souhaite prendre une photo avec nous ! Le visage illuminé par un grand sourire, une fois son forfait accompli il disparaît comme il était venu, on a vraiment l’impression d’être des curiosités, mais quand ça génère autant de bonne humeur c’est vraiment un bonheur !

Le soir nous retournons manger au même endroit que la veille et nous testons un samsa spécial, en fait une soupe avec de la viande d’agneau couverte par une pâte, un guyru lagman (pâtes longues maison avec du poivron et un bouillon épicé), et une salade Kazakhe (brunoise de concombres, oignons, blancs d’oeuf dur, mayonnaise à l’ail un peu sucrée, cebette, brunoise de boeuf, petits croûtons), avec du thé, nous sommes ravis ! Franchement cet endroit est providentiel, ça nous a permis de goûter à plusieurs plats traditionnels avec un super rapport qualité/prix. Et quel autre plaisir plus important que la bouffe ? C’est vraiment une des découvertes fondamentales pour nous, alors nous en profitons à fond !


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Parenthèse sur le processus d’écriture de la lumière… 

Photo prise par Abéona

Si Philémon s’attache chaque jour à vous transmettre le déroulé de notre aventure, en mots et en photos, de mon côté je découvre plus avant et dans son habitat naturel, les habitudes et les comportements de cette curieuse créature qu’est le photographe…

Vous êtes peut-être plus à même que moi de vous le figurer si vous prenez vous-mêmes des photos lors de vos vacances ou dans les événements, importants ou banals, de votre vie. Ce n’est pas mon cas, je n’en prends quasiment jamais. Mes proches peuvent en témoigner, ils me passent d’ailleurs commande afin d’espérer obtenir au moins un échantillon de mes voyages…

Au-delà donc de la découverte de nouveaux lieux, langues, personnes, manières de vivre… Je découvre le voyage du photographe – et surtout avec lui car je n’en prends, pour l’instant, toujours pas tant moi-même. En même temps, tout est déjà fait, et certainement bien mieux ! 😉 Ah si ! J’en prends quand même quelques unes du principal sujet de cet article, qui sinon reste dans l’ombre du récit de ce voyage…

Afin de poser un peu le contexte, il faut d’abord revenir aux préparatifs du voyage. Le premier point : le matériel ! Armé seulement d’un sac à dos pour 6 mois d’itinérance à travers l’Asie, le photographe pense au-delà des nécessités du commun des voyageurs… Il faut parer à toute éventualité photographique ! D’abord, un appareil photo avec 2 objectifs, dont les caractéristiques techniques permettent d’ouvrir le champ des possibles en fonction des contraintes extérieures et des sujets. C’est vrai, on ne peut jamais prévoir ce sur quoi l’on va tomber ! Ensuite, une GoPro = 2 avantages, premièrement sa taille réduite qui favorise le mode furtif (fort utile dans le bazar de Turkestan par exemple, lorsque l’on se fait recadrer par un policier à cause d’un appareil trop voyant) et deuxièmement la possibilité de faire des plans larges (même si cela entraîne parfois des déformations massives, malheur à celui ou celle qui a son visage sur le bord du cadre ! ). Et enfin, un drone pour la prise de hauteur ! Mais à ces appareils, dont l’usage principal consiste en la prise d’image, s’ajoute les batteries, les chargeurs, les filtre ND (« densité neutre » ; pour contrôler le soleil ou la lumière, explication pour les amateurs), le kit de nettoyage, les cartes SD pour stocker les images et bien sûr un ordinateur pour retravailler le tout une fois rentré. 

Pour les détails techniques de tous ces objets complexes et énigmatiques, je vous laisse le soin d’interroger le principal intéressé ! Je ne suis pas encore totalement bilingue en langage photographique.

Bien, maintenant que le sac est bouclé nous pouvons partir ! Mais pas trop vite pardi ! Car voyager avec un photographe c’est faire l’expérience d’une autre temporalité…

S’arrêter : parfois devant l'évidence, parfois moins. Un monument, une ruelle, les tuyauteries, l'horizon, une personne, tout peut devenir un motif d'un arrêt sur image, d'une mise en pause de la trajectoire globale de déambulation...
Se mettre en place : enlever le cache poser son oeil, faire rouler lentement les bagues de l'objectif, viser... et parfois recommencer !
Attendre : l'ouverture, le bon moment – Quand est-ce qu’il n’y aura plus de voitures sur cette 4 voies de malheur ?!
Grimper : sur tout ce qui se présente pour prendre de la hauteur. Ou au contraire, poser l'appareil au sol, ça marche aussi... C'est une affaire de point de vue !
Se mouvoir : Faire plusieurs fois le tour d'un sujet et l'éplucher sous toutes les coutures possibles... Prendre une image, puis revenir sur ses pas pour trouver le bon angle. Traverser la rue, voire rester au milieu du passage piéton (le processus photographique met parfois à mal les instincts de survie)...
Photo prise par Abéona

A y regarder de plus près, on dirait presque une danse… Un pas en avant, deux pas en arrière, un pas chassé à gauche… Ah le voilà bien centré ! Comme une danse au service de l’image, où le photographe se dote d’un 3e oeil pour révéler, à travers l’écriture de la lumière, son message. Car oui, au-delà de l’esthétique, serez-vous capable de discerner le message latent ou implicite de chacune des images ?

Aux côtés du photographe, toute personne fait donc également l’expérience d’une autre temporalité de voyage… car les mouvements qu’il opère résonnent sur son environnement : arrêts imprévus et imprévisibles parfois, quelques pas de recul pour ne pas être dans le champ (quand il ne vous demande pas de poser pour la photo ! ), changements de trajectoire… Il faut savoir écouter son partenaire et également partir du bon pied pour le suivre !


Mais la photographie s’avère également être une source de communication quand les mots manquent et que les applications fonctionnent mal ! On dit qu’une image vaut mille mots, dans certaines circonstances cela se vérifie. Les interactions dans les trains en sont assez régulièrement colorées : photos de trophées de chasse, de prouesse d’équitation avec des chevaux sauvages, de plats cuisinés, de périodes de vie (service militaire pour ces jeunes hommes rencontrés entre Turkestan et Chimkent)… Autant de fenêtres ouvertes sur des vies qui nous sont pourtant parfois si éloignées ! Si en psychologie on utilise le photolangage, je crois que ce mot n’a jamais eu autant de sens pour moi. 

Photo prise par Abéona

Mais prendre une photo peut aussi être l’objet d’une rencontre, brève mais tout de même, une rencontre. Plusieurs fois, depuis notre arrivée à Turkestan (et tous les jours qui ont suivi), des passants ont arrêté Philémon, en action ou pas, mais toujours l’appareil autour du cou, pour qu’il les prenne en photo. Je me demande quel pourrait être le message de ces portraits, de famille ou seul, aban/donnés à un inconnu au coin d’une rue ? 


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Yes, ça oui !


Turkestan, 10 octobre 2026

Levés pas trop tard pour aller découvrir le Mausolée de Khoja Ahmed Yasawi, cette visite demande préparation ! Nous entrons dans un lieu de pèlerinage musulman, donc rien ne doit dépasser (en tout cas pour les femmes) : vêtements larges qui ne laissent pas voir les formes et la peau, un foulard pour cacher les cheveux, par plus de 25°C c’est le confort assuré ! 10 000 Tenge à deux, soit 10€ le billet d’entrée, on se sent un peu floués mais bon, c’est la première visite que l’on fait depuis notre départ. Le site est immense mais malheureusement la moitié est en travaux ou en cours d’aménagement (apparemment depuis longtemps)… A l’image des villes précédentes, la façade du Mausolée se révèle bien plus intéressante que son intérieur.

Meilleure surprise de la journée pour moi : voir des chameaux de près 😍! Plaisir quelque peu terni par l’étroitesse de leur marge de manœuvre (montés par les visiteurs costumés en habits tradi, juste pour la photo : un petit tour de 50 mètres et au suivant ! ). Sous un soleil de plomb (pas si chaud, puisque nous sommes dans la « cold season » d’après un serveur du coin) et dans un paysage plutôt désertique, les pelouses du parc qui entourent les différents monuments du Mausolée semblent particulièrement vertes et les jardins étonnamment fleuris ! La balade est plutôt plaisante dans cette partie du parc, même si les arbres, encore trop récemment mis en terre, peinent à nous protéger des rayons du soleil.

Direction le Bazar central ! Mais pour y arriver, 2 solutions : une facile, suivre la route principale, ou une plus aventureuse ! On vous le donne dans le mille : on s’est perdu dans des quartiers « résidentiels », entre bâtiments délabrés et portails immenses gardés par des caméras de surveillance, croisant des chiens errants ou des groupes d’hommes discutant sur le bord de la route, sans compter les voitures qui roulent à tout blinde dans les petites ruelles.

Dans ce décor dépaysant brisant tous nos repères, il semble que nous soyons poursuivis par des panneaux lumineux géants nous pointant de leur flèches : « TOURISTES » ! Les regards en disent long… et les attitudes sont diverses : quelques interpellations en anglais, des regards en coin, furtifs ou appuyés, teintés de curiosité ou de méfiance ? Les interpellations, souvent en direction de Philémon (voire exclusivement – qu’en est-il du rapport aux femmes ici ?), sont souvent marquées par une question : d’où venons-nous ?! Pour cette fois, l’exotisme semble bien de notre côté !

Après ce qu’on pourrait appeler un périple, nous finissons par arriver dans le bazar, qui porte bien son nom ! Nous y engageant par une porte dérobée, nous découvrons un réseau de ruelles et de dédales jouxtés de toutes sortes de produits (nourritures, vêtements, chaussures, fleurs en plastiques et objets en tout genre). Évidemment, nous rentrons par la zone dédiée à l’alimentaire : entre les couleurs et les odeurs, on ne sait pas où donner de la tête, ni de l’estomac ! Mais pas vraiment le temps de flâner, on est vite emporté par le flux continu des locaux, comme dans une immense fourmilière, ça grouille de partout !

Au bout d’un moment, les pieds se manifestent et l’envie de se poser se fait sentir. Nous sortons donc du bazar à la recherche d’un café. Une quête qui se révèlera digne du JDR le plus complexe auquel vous n’ayez jamais joué ! Des plans qui fonctionnent mal, voire pas du tout, pourtant nous avons plusieurs applications chacun sur nos téléphones. On s’enfonce dans un quartier désert, le désespoir nous gagne et on se résout à se poser sur un banc, à la merci des émanations des pots d’échappement, faute de mieux.

Quand soudain, au détour d’un carrefour, un panneau fait son apparition : une pinte de bière ! Peut-être la délivrance finalement ? Nous sommes accueillis, sur le pas de la porte de ce qui semble être plutôt une épicerie, par un Ouzbek pris d’une immense vague d’amour pour Philémon et certainement bien éméché ! Pendant que Philémon prend sa dose de contact humain et de bisous, je discute avec les deux gérants du lieux qui m’indiquent un endroit où nous pourrions peut-être boire un café. Après des adieux déchirants, nous nous dirigeons vers le « Sim Sim », qui ne ressemble à rien de connu… Censé être un restaurant, la cour intérieure donne plutôt l’impression d’être un lieu d’habitation ou un hôtel à l’allure un peu particulière, mais l’endroit est calme et à l’abri de la route. Pas de café (décidément), mais du thé qui finalement nous sera offert !

Reposés, nous repartons à l’assaut du bazar avec la ferme intention d’y acheter quelque chose à manger. Guidés par les odeurs, nous choisirons au hasard un samsa à la viande (ce qui se rapproche du samossa chez nous) et un muffin à l’orange confite, quelques fruits et le tour est joué. Armés de nos victuailles, nous nous dirigeons vers notre guest-house, se disant qu’acheter une bière ou deux avant de rentrer ne serait pas une mauvaise idée (la pils du lieu n’a pas vraiment d’autre mérite que le fait d’exister, et accessoirement, de ne couter qu’un euro quarante la pinte). Mais comme pour le café, il s’est avéré impossible de dégoter la moindre goutte d’alcool dans cette ville. Et ce n’est pas faute d’avoir visité tous les supermarchés du coin ! D’ailleurs, il n’existe aucun bar non plus et les restaurants ne servent pas de boissons alcoolisées : « C’est un restaurant halal ici ».

Néanmoins, nous avons quand même pris le temps sur le chemin de goûter, pour la première fois, de la cuisine kazakh vraiment délicieuse au restaurant Nauryz Shaykhana : beshbarmak (viande bouillie servie sur de larges nouilles plates et accompagnée d’un bol de bouillon), mantis (raviolis) et plov (plat à base de riz). Et tout cela pour la modique somme de 14€ à deux. La peau du ventre bien tendue (pas l’endroit pour remercier qui vous savez), nous rentrons nous poser et de prendre le temps d’écrire la suite de nos aventures…


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L’orient dévoilé, ou la route de la soif

Train Kazakh

8 octobre 2026

C’est le départ, à 7h du matin pour la gare, le train est à 9h30, nous aurons 26 heures de transport. Autant dire que ça pique ! Il fait ce qu’on appelle à la française un « temps de chiotte » la gare est loin et il pleut, on part donc en taxi. On se pose comme la dernière fois dans la salle d’attente avec cette fois un tableau d’affichage moderne juste devant nous, on ne risque pas de rater le départ… Évidemment le train a plus de 30 minutes de retard, mais ce n’est pas grave rien ne nous presse, on a juste tendance à s’endormir dans les fauteuils.

Nous montons dans le dernier wagon, mais nous avons pris la seconde classe (la dernière fois nous étions en 3ème), car on avait quand même envie de dormir un peu, et de ne pas arriver complètement fracassés, le transport nous coûte 40 euros. Nous avons un compartiment partagé, deux couchettes au dessus de nous et nous sommes en bas avec table et sièges convertibles. Les premiers instants sont sereins, personne. On entend des cris d’enfants dans le wagon, et à ce moment là je dis à Abéona, que le pire finalement ça serait qu’on ait une famille avec enfants. Quelques minutes plus tard on toque à la porte, une famille avec deux enfants se présente…😱OMG je devrais peut-être arrêter les prophéties aussi dangereuses ! 26 heures avec une famille dont deux enfants, ça va être rock’n roll, mais c’est aussi pour ça qu’on voyage, pour sortir de notre « zone de confort »…😉

Les enfants ont 6 et 8 ans, ils sont calmes et hyper bien éduqués, leurs parents semblent jeunes, mais ils veillent. Les premiers temps sont très formels, pas trop de sourires, à un moment la mère me demande si je peux switcher de couchage avec son fils car il a peur d’être en haut… je me sens trop mal de refuser ! Mais j’ai vraiment besoin de ce coin de table pour bosser et écrire, d’autant plus vu la durée du voyage, j’hésite et je lui propose le plus diplomatiquement possible, de laisser la place pour qu’il puisse dormir sur la banquette à côté de moi, au moins jusqu’à la nuit. Elle abandonne sa requête, et finalement le gamin n’a pas l’air de mal le vivre, il nous taquine même de temps en temps, du haut de son perchoir. Passés les premiers instants de stress, il s’est détendu, ça me rassure un peu.

Ici on voit un cimetière, on distingue des pierres tombales proches de petites constructions en bois, terre ou brique, dont la fonction est je suppose d’honorer les morts.

Au bout de plusieurs heures, elle engage la discussion, nous parlons un peu via traduction automatique, elle et son maris ont 25 et 26 ans, ils se sont rencontrés à 17 ans. La discussion n’est pas toujours super fluide tellement nos vies sont éloignées mais il y a une vraie volonté d’échange. Elle est vendeuse dans une institution d’état, et lui géologue ils partent pour Chimkent, c’est leur premier voyage ils sont en vacances et partent pour deux jours, puis deux jours à Turkestan avant de rentrer à Karaganda ! 58 heures de voyage en tout en huit jours de vacances, waow ils n’ont peur de rien !

Dans un compartiment à côté il y a le beau frère, qui voyage avec eux, qui est enseignant et beaucoup plus jovial. A chaque pause ils sortent pour fumer des clopes et acheter des trucs à manger, ils nous demandent l’accès à la table pour le repas, on squatte le couloir en les laissant tranquilles pendant ce temps.

Le voyage s’écoule avec beaucoup d’écriture pour ma part : écrire toutes nos aventures et retoucher les photos me prend un temps fou ! Et j’ai l’impression d’être tout le temps à la bourre mais c’est le challenge que je me suis fixé et c’est vraiment une expérience intéressante. J’ai l’impression de faire un truc important, en somme, c’est que ça doit au moins être important pour moi. Et ce, même si seuls quelques un.e.s liront et réagiront. Et puis ça me remémore des souvenirs passés d’amis qui avaient traversés le monde en faisant cette expérience… et cela m’avait beaucoup plus. J’ai toujours aimé les histoires de voyages, c’est une expérience intérieure autant qu’extérieure. De son côté Abéona commence à s’intéresser à la carte et m’aide à la mettre en forme car je n’arrive pas à tout faire, elle a même entrepris d’écrire un texte !

J’écris tellement que notre voisine me demande si je rédige un bouquin alors je lui explique, elle me demandera ensuite si je suis sur Tik-Tok, et combien j’ai d’abonnés, je lui ai dit que je m’en fichais et que je n’en savais rien 😂 marrant cette jauge obligée de nos jours.

Lui est très discret, il n’intervient jamais directement. Le beau frère par contre est plus loquace et la traduction automatique transforme parfois notre discussion en des aberrations comico-poétiques du genre « qui écrivons-nous, photographions et regardons le chemin ? », « vous avez un beau sourire et mangez comme un majestueux ». On parle de son métier et de ses hobbys : il est enseignant et pratique la pêche et la chasse comme un hobby, il nous montre des vidéos qui scandaliseraient les anti-spécistes évidemment mais aussi pas mal de viandards. On n’est pas trop choqués, mais Abéona est quand même surprise, il faut dire qu’on ne s’attendait pas à ce qu’il nous montre la traque du blaireau en vidéo, et ce n’est pas très tendre il faut bien le dire.

Lors d’un arrêt ils sortent et reviennent les bras chargés de provisions et me disent « tu bois des bières » ? Abéona vient de se coucher, mais l’occasion est belle de continuer à socialiser, je la réveille pour lui proposer et c’est parti. Il pose sur la table des bières, du poisson séché et des Qurts des petits fromages pressés à la main (les traces des doigts sont dessus), on sort des trucs aussi. Et on partage l’apéro ensemble à minuit passé…

Petit marché nocturne le long des quais.

Nous ne sauront jamais ce qu’est le « russian farel » que nous avons goûté ! Lorsque j’ai demandé ce qu’était le poisson, le beau frère m’a dit dit son nom, il a désigné le poisson et a dit « russian farel » avec un grand sourire j’ai dit ok. Les Qurt sont vraiment bons, c’est salé, fort en goût, mais il nous dit que c’est du lait de vache… étonnant !

Dans la discussion on parle de ma barbe, parce qu’il me montre une photo de lui où il l’a aussi. Je lui demande pourquoi il l’a coupée et il me répond que c’est interdit dans son métier… allons bon, les enseignants n’ont pas le droit d’avoir de barbe ! Je lui demande pourquoi, il m’explique que c’est une question de terrorisme… et oui, la propagande anti-terroriste ne touche pas seulement l’Europe, les Etats-unis, la Russie… mais aussi le Kazakhstan. Avoir une barbe rend terroriste, c’est bien connu… Du coup ça m’a questionné sur le fait de garder la mienne pour voyager, mais j’ai décidé de la garder pour l’instant quitte à passer pour un dangereux individu.

Bref au bout d’un moment ils nous demandent si on ne veut pas se reposer car eux « ils ne s’en soucient pas »… on saisit l’occasion pour breaker et essayer de dormir un peu car il est déjà tard dans la nuit.

Je me réveille à 7h en étouffant à moitié car le chauffage est fort dans les wagons, et la température est bien montée sur le chemin, j’entrouvre la porte pour respirer, tout le monde dort encore… il a l’air de faire beau dehors. J’essaie de me rendormir, mais nos voisins se réveillent à toute vitesse et brassent leur valise etc, apparemment ils descendent un peu plus tôt que prévu, le train a dû rouler plus vite. J’ai à peine le temps de dire au revoir à Mehrad le mari, le beau frère me fait un petit signe de la main, elle file comme le vent. Ainsi s’achève notre rencontre, je me recouche… et profite encore d’une heure de sommeil…

Lorsque nous arrivons à Turkestan c’est la claque climatique, nous descendons sur le quai, il fait 22 degré et un grand soleil, finies les polaires elles ont regagné les sacs. Le contraste est dur, pour le transport ce sera taxi pour aller à notre guest-house à l’autre bout de la ville près du Mausolée de Khoja Ahmed Yasavi. Le taxi arrive dans une mercedes défoncée, il nous fait signe que ce n’est pas possible de mettre nos sacs dans le coffre, on embarque donc à l’arrière avec tout notre barda et traversons la ville.

La guest-house est roots mais encore une fois il y a tout ce qu’il faut, pour 11 euros la nuit par tête c’est carrément correct. La fille qui nous accueille est toute paniquée, parce qu’elle n’avait pas les bonnes infos, on gère de poser nos sacs et on part se balader. L’atmosphère était étrange, son enfant, un tout petit gosse de 2 ou 3 ans traîne partout avec un téléphone hurlant et ne décroche pas les yeux de l’écran… tellement triste ! Cette scène j’ai l’impression de l’avoir vue tellement de fois au Kazakhstan, des gamins qui sur leur chemin de retour à la maison (les gamins vont librement partout semble t-il) ne dé-scotchent pas les yeux de leur vidéo… C’est vraiment très fréquent. Mais je vous laisse aller à la rubrique tribune de ce blog pour avoir plus de débats sur la question des réseaux et des enfants… bref ici ça me semble une calamité tellement personne n’a l’air de gèrer.

On se met en quête d’un café, impossible de trouver ! On finira dans un restaurant, qui sert du café (enfin une sorte d’americano) et du thé… On a changé d’ambiance, à Astana et Karaganda les cafés étaient légions avec même de grosses chaînes dans le genre de Starbucks qui se nomment Coffee boom. Mais beaucoup d’endroits faisaient de très bons expressos. Ici, c’est brutalement l’orient et la culture du thé, j’ai l’impression d’avoir changé de pays. Qu’à cela ne tienne je vais boire du thé, j’aime beaucoup, j’ai d’ailleurs hâte de retrouver la Chine pour cela.

La ville semble ne pas avoir de centre, c’est très déconcertant, aucune terrasse où se poser. Le soir nous rentrons à notre gîte, on deale une bière avec le russe édenté à la voix rauque de basse usée par la vie et le tabac qui le tient. Il possède une tireuse : l’une des rares de la région, ici le monde musulman est plus marqué qu’au nord, pas d’alcool nulle part. On se pose un moment sur la terrasse, la nuit tombe et nous accueillons la fraîcheur avec bonheur… en découvrant amusés le manège du bonhomme. Il a l’air, en plus de la guest-house, d’avoir la main sur un business de voitures électriques qui trimbalent les touristes un peu partout dans la zone touristique, on lui en ramène plusieurs le soir. Beaucoup de monde passe le voir. On se plaît à l’imaginer comme une espèce de parrain local, en tout cas il en a la voix, l’air patibulaire et semble bénéficier d’un important respect.

Le lendemain nous prévoyons d’aller visiter le Mausolée de Khoja Ahmed Yasavi, c’est l’un des lieux sacrés les plus importants du monde musulman, il se situe au milieu d’un grand parc tout neuf et ça a l’air canon vu de loin. On a aussi repéré un petit restau tradi avec terrasse qu’on a bien l’intention de tester !

Propagande pour l’enrôlement dans l’armée Kazakh.

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Un autre aspect du Karlag


7 octobre 2026

Dernier jour à Karaganda.

Les matins de voyages dans l’espace étant souvent plus difficiles, nous choisissons de faire l’impasse sur la visite du Karlag (ancien camp de travail de Karaganda pendant la période soviétique) et de ne pas aller jusqu’à Dolinka pour cela. Le camp est loin : 2 heures de bus et nous avons un peu peur des mises en scène que nous avons vues en ligne, et aussi finalement de ne pas apprendre grand chose sur place, peut être à tort. Il fait plutôt beau et nous avons envie de marcher davantage dans la ville notamment en direction d’une cathédrale dans le sud censée être la plus important d’Asie centrale, construite en mémoire des persécutions des catholiques et de leur déportation au Karlag, mais surtout pour découvrir aussi un peu les quartiers sur le chemin car le temps passe vite et nous avons envie de découvrir mieux la ville. A ce propos désolé mais j’ai oublié d’enregistrer correctement toutes les traces du premier jour et de l’arrivée ici 😥.

La cathédrale est certes imposante, rien de fou, mais c’est plus le voyage jusque là qui était intéressant. Les quartiers d’habitation complètement destroy (aficionados du jeu de rôle et de Nucleus nous sommes dans les tréfonds d’Amenthes avec les illégaux, l’odeur acre du perchlorate partout, la déglingue, le bricolage, les petits arrangements, la récup…, pour les autres désolé pour la private joke) au milieu de carcasses de véhicules désossés, d’odeurs d’ordures brûlées, de chaussées défoncées…, drapeaux gigantesques, stade, nouvelles tours au pieds desquelles trônent des installations de musculation flambant neuves… stations services affichant des prix à 0,60 centimes le litre de sans plomb 95. Au retour nous passons par une espèce de gigantesque supermarché aux allures de bazar… on est déjà plus à Astana, mais pas encore vraiment au Turkestan.

Le soir nous retournons chez notre Russe préféré, nous discutons quelques mots avec un type qui connait un peu Lyon et qui y est venu brièvement travailler pour une société de construction d’engins miniers, dont nous n’avions jamais entendu parler. Et quelques minutes après notre discussion, une femme vient nous voir, le type asiatique, un peu éméchée et nous demandes d’où nous venons dans un anglais pas facile… on discute un peu. Tout cela se finit à sa table, elle est avec son amie et une autre fille qu’elles ont rencontré le même soir. On ose pas amorcer la discussion, mais un coup d’œil sur le net m’indique ensuite que si la législation sur les droits des personnes LGBTQIA+ est plutôt moderne, il reste beaucoup de chemin à faire en matière de tolérance : victimes de ségrégation et de violences, la plupart des personnes concernées semble préférer taire leurs orientations.

La discussion se fait avec les téléphones sans quoi ça aurait été impossible, mais on arrive à communiquer un peu car pour deux d’entre elles, l’anglais est au moins compris, ce qui aide. Elle ont beaucoup de questions sur ce qu’on vient faire là, dans cette « piscine vide » (expression Kazakh traduite automatiquement et littéralement mais que j’ai trouvé imagée), et aussi plein de questions perso. Bref on passe un chouette moment, on se fait offrir un verre de Vodka et on les incite à nous faire signe quand elle viendront en France au mois d’Avril. On s’enfuit lâchement après le premier verre de Vodka échappant au traquenard, car on doit se lever super tôt le lendemain pour prendre le train, mais on espère que nous pourrons remettre ça dans quelques mois.


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