Comme à notre habitude, nous prenons notre temps et partons dans la matinée pour aller faire un tour et visiter notre quartier d’habitation. Cela confirme ce que nous avions déjà vu, des barres d’immeubles austères et décrépies, des rues avec des nids de poules, des flaques dans des trous de bitume, de la boue… De la rouille, de la taule, de la suie… Partout et toujours depuis Astana, de grand tuyaux semblant être isolés au mieux finissent toujours à nu ici et là et prédominent partout à l’air libre dans les quartiers d’habitation modestes. On ne sait pas ce qu’ils transportent, probablement du fioul (ou du gaz) ? Ils dessinent les contours du paysage urbain, longent les murs, détourent les portails, passent au dessus des rues, transportant leur précieux contenu partout, parfois jaunes, parfois recouverts de tôle galvanisée, parfois emballés dans des tissus pour les protéger du froid.
Des morceaux de tôle aussi fondent le décor, ils servent souvent de toits, de clôtures d’un peu de tout à vrai dire, mais ils ont parfois tellement de trous qu’on se demande comment certaines bicoques tiennent encore debout, elles semblent parfois avoir vécu le pire. Si les gens ne le paraissent pas trop, le dénuement est là, il transpire des habitations vétustes. Tout comme les voitures qui exaltent les contrastes sociaux, ici, les pick-up ou SUV énormes valant une fortune, côtoient la bagnole tombant en ruine du livreur Yandex. Le Kazakhstan est sans doute riche, de ressources, de savoirs faire, simplement, tout le monde ne semble pas en profiter. Cela va sans doute être le défi à relever, est-ce que cela passera par plus d’autonomie vis-à-vis de la Russie, ou au contraire par le fait de maintenir ces liens intriqués entre les deux pays ? L’avenir nous le dira…
En tout cas, aujourd’hui d’apparence extérieure beaucoup de choses sont assurées par la russie ou ses ressortissants, de l’assainissement, au logement, au transport… mais la langue est aussi omniprésente, tout le monde parle indifféremment russe ou kazakh et d’après des personnes rencontrées, les deux langues sont toujours enseignées à l’école (le russe est toujours une langue officielle) ce qui floute encore les contours. L’indépendance date pourtant de 91, mais c’est le dernier pays du bloc soviétique à avoir coupé le cordon. Mon ressenti, c’est que c’est le premier pays de l’ère soviétique que je visite où j’ai la sensation que l’URSS pourrait ne pas être tout à fait morte… mais ce n’est que mon avis, et pour plus de contexte je vous conseille cet article sur la question.
Sur notre chemin, un grand parc battu par les vents témoigne de moments plus chauds dans l’année, où les Kazakhs doivent venir se détendre en famille. A cette saison, en revanche, comme souvent, il y a des attractions désertes, des manèges abandonnés aux intempéries, mais aussi des petites niches flottant comme des radeaux sur le lac pour que les cygnes et autres canards puissent s’y abriter lorsque le froid sera trop rude. Sur un îlot, au milieu de ce même lac, on est surpris par la présence, quelque peu incongrue, d’une sculpture de baleine en fil de fer. Plus loin, des arbres avec des cadenas sont une place réservée pour que les amoureux puissent assouvir leurs fantasmes de possession éternelle.
Nous sortons du parc, nous croisons un chantier où d’énormes pipelines sont en train d’être enterrés et scellés : dans certains quartiers, il semble donc que les conduites, apparentes dans les quartiers modestes, soient pudiquement camouflées. Nous nous installons pour boire un café, car comme souvent dans l’après midi ces temps-ci, le temps a tourné en milieu de journée et le soleil a laissé la place à un ciel chargé et quelques gouttes commençaient à tomber. Lorsque nous ressortons, la pluie s’est installée et c’est donc sous la pluie que nous allons voir le mémorial érigé à Yuri Gagarine.
Le soir nous allons nous encanailler dans un bar tenu par un petit russe rondouillard et jovial : le Tikhii Omut. Il est très prévenant et amical, et propose une carte de cocktails interminable et invraisemblable, tout autant qu’illisible pour nous. Le traducteur automatique attire mon attention sur deux d’entre eux : « Bonjour Gagarine » et « Au revoir Gagarine » les recettes sont mentionnées comme secrètes sur la carte, rien de tel pour m’émoustiller. Bref je conseille le « Au revoir Gagarine », mais attention à la poussée verticale, c’est quand même destiné aux cosmonautes ;-).
Ce matin lever à 6h30 pour nous rendre à la gare Nur Sultan/Astana 1 au nord où nous prendrons un train pour Karaganda au sud. Le vent souffle fort et il fait vraiment froid, armés de nos gros sacs, nous sortons après avoir salué la dame qui tient l’hôtel dans lequel nous avons séjourné. Elle loge dans 3 mètres carrés sur un lit simple posé à côté de la machine à laver et doit gérer une dizaine de chambres seule, du linge au ménage en passant par la réception, une vie que nul n’envie… au travail tous les jours probablement sans jour de repos. Nous n’en saurons pas plus car nous ne parlions pas la même langue et je ne voulais pas être trop intrusif, donc nous nous sommes débrouillés à coup de traducteurs automatiques et de sourires. Passés les premiers moments où elle semblait au bout de sa vie (nous sommes arrivés vers 6 heures du matin et nous l’avions probablement réveillée), elle était très aimable malgré sa vie difficile.
Nous sortons et marchons 5 minutes bien décidés à prendre le bus gratuitement comme à notre arrivée, sauf qu’il fait froid, et qu’après avoir laissé passer 5 ou 6 bus bondés, nous décidons de ne pas lutter davantage et d’appeler un taxi avec l’application Yandex, application russe semblable à Uber. Un taxi arrive au bout de 5 minutes et nous emmène à la gare pour 6 euros. A deux c’est carrément une bonne solution : la gare est à deux bonnes heures de marche dans le froid, alors qu’il faut au taxi seulement une trentaine de minutes pour nous y déposer. Pendant le trajet la neige se met à tomber, on a vraiment bien fait !
Nous sommes une heure et demie en avance sur notre train, mais ça tombe bien car nous apprenons auprès de la guichetière, que notre train est avancé d’une demie-heure. Très gentille, elle nous accompagne jusqu’à un espace de repos, accessible moyennant le passage d’un portique, comme dans les aéroports, sauf qu’on ne vide pas nos sacs. On se demande donc si ça leur sert vraiment à quelque chose ou si c’est une question de principe. Nous nous posons une heure dans une salle pleine de fauteuils de massages dont tout le monde se sert comme de fauteuils… normaux. Là se trouve une espèce de tableau rustique des lignes de train à base de lumistyles, dépaysement garanti 😉.
Au bout d’une heure rien ne s’est passé, on se renseigne à nouveau, notre train a 15 minutes de retard. On finit par sortir, trouver notre voiture, et grimper non sans qu’une agente sur le quai se soit enquise de notre bien être en nous demandant si tout allait bien et en échangeant quelques mots en anglais avec le sourire, adorable.
Ici pas de portique automatique à QR code, un chef de wagon sur le quai au bas de la porte du train coche votre nom dans une liste qui ressemble à un ticket de courses, on prend le temps d’attendre, il ne sert à rien de se précipiter tout le monde doit être enregistré. Les trains ont du retard, et de toute façon quand vous traversez des distances aussi folles, vous n’êtes plus à une heure près. Tout fonctionne et on a la sensation d’un service public efficace où tout le monde prend le temps à la gare ou ailleurs, de renseigner des étrangers (ou les personnes en difficulté) sans parler forcément leur langue et avec le sourire. Cette interaction humaine aussi modeste soit elle, est vraiment agréable.
Nous avions réservé notre billet de train sur un site dédié tickets.kz, ce sont des couchettes superposées avec, en bas, des espaces convertibles pour s’assoir et/ou dormir, le bas est idéal pour notre trajet de 4 heures. Autour de nous des ados s’ébattent joyeusement et chahutent par moment, pendant que d’autres passagers sortent les victuailles… c’est parti pour 4 heures de steppe Kazakhe. Au loin parfois quelques maisons aux toits de tôles ou quelques gigantesque hangars, une petite pluie tombe.
Parfois nous voyons passer de petites cahutes avec des hommes en gilets oranges qui s’agitent, ou qui semblent là au milieu de nulle part à attendre comme si le pays était si vaste qu’il avait fallu étaler la population pour gérer le territoire. Certains s’abritent du vent, qui souffle ici assez fort en permanence, près de tas d’entretoises de bétons, celles dont on se sert pour mettre sous les rails. Il y en a partout au bord des voies, sans doute qu’il doit falloir les renouveler régulièrement. Le voyage est long, le train roule souvent vraiment lentement et l’approche de Karaganda est interminable.
Mais on finit par arriver, et lorsque nous sortons de la gare nous sommes accueillis par une bouffée de fioul, avec une ville industrielle en décor, ça n’augure rien de bon ! Au bout de quelques pas, ça se dissipe. Et nous marchons dans la grisaille à la recherche de notre chambre, 45 minutes plus tard et quelques échanges par messages, nous nous retrouvons à attendre le long d’un bloc au milieu d’un décor à la Stalker. Ici oubliez l’apparence, les habitations ne ressemblent à rien de l’extérieur mais elle permettent aux gens de vivre, n’est-ce pas l’essentiel finalement ? Nous attendons dans le froid et la pluie, mais finalement au bout de 20 minutes, une dame avec sa fille nous rejoignent. Elle ne parle pas anglais, sa fille un peu mais elle semble timide, et nous ouvre. L’appartement manque de finition mais il y a une machine à laver, un lit, du chauffage et une baignoire, c’est tout ce dont nous avons besoin. Nous décidons de nous reposer un peu, d’autant qu’il fait quand même un temps assez pourri, j’en profite pour faire un peu de blog et corriger des photos, puis en fin de journée nous allons manger dans un petit lieu qui s’appelle le Brat’ya Mushikiny.
Au retour nous passons un bon moment à décider des options pour la suite. Je prends conscience que j’ai laissé un peu Abéona seule avec ces problématiques. Lors de la préparation du voyage, j’avais étudié une autre voie, par Semipalatinsk, que nous avons laissée de côté, ne souhaitant pas aller passer du temps trop près de sites encore bien trop radioactifs, suite à des décennies d’essais nucléaires soviétiques. Je découvre en fait que ce parcours n’est pas si simple non plus, les infos sont difficiles à obtenir et même si Abéona est devenue une experte des transports ferroviaires Kazakhs, on doit se rendre à l’évidence, les distances sont telles, les transports pas toujours fréquents et les possibilités d’hébergement parfois si faibles ou inexistantes que nous devons finalement renoncer à aller à Zehzqagan et Kyzylorda avant Turkestan. Il faut dire que la saison n’incite pas à partir à l’arrache sans réfléchir, dommage car ça promettait du dépaysement, mais nous aurions dû prévoir également plus de temps et nous ne voulions pas trop traîner non plus dans le pays, de surcroît nous ne sommes autorisés qu’à 30 jours sans visa. Et puis il y autre chose, les pieds d’Abéona la font souffrir donc il vaut peut être mieux ne pas trop courir et avoir plus de moments tranquilles. Nous irons donc à Turkestan directement avec un trajet en train de… 27 heures : intense !
« Caramba encore raté » se serait encore exclamé l’ignoble Rastapopoulos de Tintin, décidément nous avions du retard de sommeil. Du reste j’ai passé beaucoup trop de temps la veille à bosser sur ce blog ce qui fait que nous avons préféré finir la matinée à boire du café et à travailler sur la suite du voyage avant de nous balader.
Nous avons donc décidé de partir le 5 direction Karaganda, mais pour cela il a fallu trouver des moyens de transport et réfléchir surtout à la suite, franchement ce n’était pas si facile, nous avons eu quelques heures de boulot. Bref on vous en reparle très vite.
Aujourd’hui je viens de trouver le moyen de publier les traces de nos ballades enregistrées dans le téléphone avec OsmAnd~ ça vous donnera une idée de nos parcours. Je suis trooop content de pouvoir le faire, c’est con mais c’est un petit truc technique que tous les coureurs font. Mais moi, je voulais faire ça sans appli propriétaire, je pourrais le faire en direct, mais je préfère le faire en différé (c’est plus sûr). Voilà donc environ 19,4 kilomètres de marche (avec des petits arrêts à droite et à gauche pour boire un café, manger un bout etc.)…
Bonne ballade, où nous avons découvert une partie moins moderne de la ville. Accessoirement nous nous sommes aussi fait refouler aux abords d’un bâtiment gouvernemental, où les services de sécurité semblaient postés un peu partout pour éviter aux badauds de s’approcher trop d’un bâtiment. Comme la veille on n’a pas insisté, évidemment. Mais on remarque tout de même que contrairement à la France où nos « forces de l’ordre » (euphémisme si commode pour masquer les régimes qui ont besoin du bâton pour se maintenir) sont armées jusqu’aux dents, ici ils sont beaucoup plus soft. Treillis gris, calmes, on suppose que c’est l’armée, pas la police, mais aucune arme n’est apparente contrairement à nos « vigipirates ». Ici, point n’est besoin de montrer ses gros organes, personne ne semble pour autant venir leur chercher des noises. De quoi donner du grain à moudre à nos politiciens qui ne jurent que par la sécurité tout en étant incapable de l’obtenir autrement que par une démonstration constante de force. Ici nul besoin de 20 camions de CRS, une dizaines d’hommes postés autour d’une place et la zone est sous contrôle. Qui l’eu cru…
Alors bien sûr il y a aussi quelques milices/polices de proximité qui patrouillent par ci par là mais eux n’ont qu’un tonfa apparent dépassant à peine de leurs vêtements.
Astana, 4 octobre 2026
Aujourd’hui nous sommes partis plus tôt, bilan 10km sans pause puis 15km avec 3 pauses, 2 cafés et un repas. Au total 25km, bilan : des pieds un peu en souffrance…
Sur le chemin nous avons été surpris de voir les investissements qui sont faits sur des équipements de sport en plein air. Ça piquerait un peu tous ceux qui vont à la salle en France pour un prix clairement prohibitif. Ici le « street workout » est fréquent, tout est disponible gratuitement, des barres de traction, au développé couché, en passant par des altères de toutes sortent et autres agrès. En bas de chaque immeuble, dans chaque parc… et il en est de même de tous les parcs pour enfants d’ailleurs.
On a même vu plusieurs endroits, où les parents amènent leurs enfants, les mettent dans des voitures radiocommandées louées comme on paie un manège, ce sont eux qui pilotent pendant que leurs enfants ont l’impression de conduire… En fait, ce sont les parents qui s’amusent !
A ce sujet, il semble que de nombreux mini parcs d’attraction plus ou moins actifs parsèment la ville. C’est un peu étrange à traverser, surtout après le coucher du soleil… bref on verrait bien pas mal de films d’horreur les utiliser comme décors 😉. Il en est de même de la ville d’ailleurs, qui abrite quand même une population assez faible relativement à ses proportions monumentales. On verrait bien ici quelques tournages de films d’apocalypses zombies, car à certaines heures c’est assez désert suivant les quartiers, et comme les bâtiments sont soit très singuliers, soit juste immenses, ça s’y prêterait bien.
Pour vous mettre cela en perspective, le Kazakhstan c’est environ 19 millions d’habitants pour une surface d’environ 4 fois la France c’est à dire, une densité de 109 hab au kilomètre carré pour la France contre 8 pour le Kazakhstan !
Astana est un des principaux centres urbains de la campagne des terres vierges de l’URSS, une initiative lancée par Nikita Khrouchtchev en 1954. Il s’agissait de rendre agricoles les immenses terres du Kazakhstan, les dirigeants de l’époque désapprouvent sur la forme, mais malgré ça, Khrouchtchev lancera tout de même les opérations, allant vers un échec retentissant. Le nom de la ville du temps de l’URSS vient de là : Tselinograd (du russe, целина (tselina) = terres vierges et град (grad) = ville), elle a pris ensuite le nom d’Akmola, puis d’Astana en 1998, lorsqu’elle est devenue capitale. De 2019 à 2022, Elle a pris brièvement le nom Nour-Sultan de son ancien président Noursoultan Nazarbaïev avant que son nom soit rétabli suite à la révolte de 2022.
Une partie de la ville d’origine soviétique reste au nord de la rivière le reste a été construit de manière forcenée après 98. Cette ville est une énorme claque visuelle, c’est immense et même si certaines rues témoignent d’une intense circulation, on sent clairement que c’est faiblement peuplé, probablement parce que les Kazakhs ne peuvent pas y vivre pour des raisons de niveau de vie ?
Lors de notre ballade nous sommes passés près de la pyramide de la paix et de la réconciliation. Une construction monumentale dans l’axe du palais présidentiel au delà de la rivière. Apparemment destinée à accueillir le Congrès triennal des chefs de file des religions du monde, une belle idée ! Le lieu accueille aussi d’autres événements notamment culturels.
C’est d’ailleurs l’occasion de dire que l’on ne sent pas tellement la présence des religions dans l’espace public. De nombreuses mosquées colossales, rendent l’Islam, première religion du pays, bien présent dans la structure même de la ville. Les églises orthodoxes et les mosquées semblent fréquentées, mais les cultes semblent circonscrire leurs activités à ces lieux et sont peu visibles dans la ville sauf à proximité des lieux de culte. Bref la religion se vit mais ne se revendique pas, comme si, ici l’on avait pas besoin de ça pour exister, alors que peut être en occident le vide de sens, pousse à exprimer davantage sa voie spirituelle aux yeux du monde.
Nous avons été jusqu’au Théâtre Kuanyshbaev, dans le même axe, entourés de grandes tours bleues comme souvent un peu partout, avant de revenir par un grand pont et en longeant le jardin botanique. Nous finirons pas manger dans un petit restau géorgien (très tendance en ce moment un peu partout) : kachapuri, babaganoush et aubergines, raviolis variés, bon et très accessible.
Après un vol low-cost calamiteux, il convenait quand même d’en dire un petit mot avant de parler de la suite. La compagnie Pegasus, qui manifestement, à l’instar d’un de leurs Stewarts ultra condescendant, avait oublié qu’ils accueillaient des humains et pas du bétail (le bétail ne mérite pas ça) avait prévu un vol d’environ 3 heures, puis 5 heures. Probablement car des vols plus longs l’aurait obligé à un service plus soigneux, c’est du moins ce que j’ai supposé avec un peu de cynisme, j’avoue. Bref la compagnie, non contente de fournir des Airbus A321 avec des sièges format low-cost sans place pour les jambes (je fais 1m83 ce n’est pas non plus géant), a fini par nous poser à Istanbul en transit.
Je confesse que c’était un immense soulagement car derrière nous en plus des conditions évoquées, un couple avec deux enfants en bas âge nous ont donné des envies de meurtre tout le trajet. Leur enfants ont passé leur temps à hurler et à taper dans nos sièges, mais le pire comme toujours dans ces cas là c’était bien leurs parents qui après 3 remarques (une fois notre voisin et deux fois de ma part), n’ont pas été capables d’en venir à bout. Honnêtement, un tel degré de nullité parentale, ça donne du crédit à tous les no-childs de la terre ! Vous n’êtes pas capables de faire des enfants ? Par pitié abstenez vous, le monde s’en portera mieux à tous les niveaux, acceptez le destin ! Et puis à quoi bon mettre au monde des enfants : ils vont mourir d’apocalypse climatique, vous n’avez pas les moyens de les sauver, vous ne serez pas capables de les éduquer correctement (à force de pseudos-concepts éducatifs délétères), ils deviendront débiles à force de Tik-Tok et d’Instagram, avec un peu de chance ils finiront même en taule. Sérieusement ! Un peu comme les chiens avec leur maîtres, il est difficile de blâmer les chiens ou les enfants, quand les maîtres et les parents sont justes des incapables… mais trêve de colère. Après avoir un temps envisagé de les traumatiser en leur hurlant soudainement dessus pour leur faire comprendre ce qu’ils faisaient endurer aux autres, ce qui semblait malheureusement loin de leur imaginaire, nous avons rongé notre frein sans violence (notre karma nous en remerciera peut être un jour).
Et pourtant, pour lutter contre ce genre de fléau, l’habitude des voyages nous avait poussé à nous équiper depuis longtemps d’un kit de survie à base de casques « noise-réduction », de bouchons d’oreille etc. mais nous ne pouvions pas lutter contre les coups dans les sièges et les cris à moins d’un mètre de distance.
Heureusement, le deuxième vol s’est passé plus calmement, malgré nos jambes coincées, nous avons géré ça au mieux, sans dormir pour ma part (essayez de faire ça dans un siège low-cost à 3 par rangée, chapeau à ceux qui y arrivent je vous envie😱) puis nous nous sommes finalement posés brutalement à Astana, juste avant le petit matin, délivrés.
Fourbus, nous sommes donc sortis de l’aéroport après un petit face à face silencieux avec l’immigration, avec un record (sans blaguer) d’un seul mot échangé de part et d’autre dans un long silence de 10 minutes : « Istanbul », « Yes ». Difficile de ne pas rire, mais je suis pourtant resté impassible, la fatigue probablement. Pour fuir les taxis trop insistants, nous avons fini par monter dans un bus au hasard incités par le chauffeur qui ne parlait que kazakh. Nous avons compris que nous ne parviendrions jamais à payer, à cause d’un système de QR code impossible à utiliser pour les étrangers car nécessitant un compte Kazakh. La contrôleuse à d’ailleurs compris ce que le chauffeur savait manifestement déjà, à savoir que nous étions de bonne volonté, elle nous a donc proposé de lui lâcher la grappe (en Kazakh bien entendu) lorsqu’elle a constaté, que malgré nous, le système était de notre côté et nous interdisait de payer. Bref nous avons pris le bus en fraude avec l’assentiment de tout le monde à 6h du matin au soleil levant, la traversée d’Astana n’en a été que meilleure, le voyage n’aurait pu trouver meilleures auspices !
Au bout du chemin nous avons trouvé un hôtel gigantesque (nous l’avions choisi pour le délire) dont nous avons mis probablement une heure à trouver la bonne entrée (sans blagues !). Après avoir demandé à plusieurs mamies Kazakhs, probablement les concierges, nous avons fini par nous retrouver au 22ème étage d’une tour, sans personne. Finalement après plusieurs trajets d’ascenseur et interactions colorées avec les mamies, qui avaient vraiment de bonnes bouilles, une dame fourbue d’une cinquantaine d’années nous a accueillis. Nous avons pu enfin poser nos sacs, et aller non loin de là pour boire un café ma foi délicieux, béats.
Nous avons ensuite été nous balader, toujours sans avoir dormi, histoire de ne pas nous endormir dans un coin avant d’avoir un lit où nous écrouler. Nous avons fait un tour jusqu’à la rivière Ichim, l’avons longée en direction du nord passant près du Capital Circus un théâtre en forme de soucoupe volante, puis du colossal drapeau de la république du Kazakhstan. Nous avons alors contourné le parc central d’Astana en suivant l’Ichim vers l’ouest jusqu’à l’avenue Turan, puis sommes rentrés vers 13h après avoir mangé des ramens, et nous sommes écroulés jusqu’à 18h30. La nuit venue – en ce moment elle tombe avant 18h – nous voilà repartis dans la ville illuminée ou nous irons découvrir le Khan Shatyr, l’Opéra… La ville est folle, tout semble être délires d’architectes et de politiciens mégalomanes, étrange tellement parfois elle semble conçue sans les humains ! Au point que c’est souvent difficile de traverser les routes (encore plus quand elles font entre 7 et 10 voies). Il faut dire que la ville est récente, et n’a été vraiment « finalisée » sous sa forme actuelle qu’après sa proclamation comme capitale en 1998, et les Kazakhs ne manquent pas d’espace. Enfin, après avoir goûté la charcuterie de cheval, du fromage bleu, et un verre de vin blanc, le tout local et très agréable, nous retrouvons le chemin de notre lit et nous en avions besoin.
Le côté froid au sens architectural de la ville n’a apparemment pas du tout entamé le comportement des humains qui sont polis et ceux que nous croisons sont courtois et plutôt avenants lorsqu’on leur demande de l’aide, même si au premier abord ils arborent parfois une mine un peu blasée. Les jeunes d’une trentaine d’années ne parlent pas tous anglais, un soutien de traducteur téléphonique sera souvent bien utile tout de même ;-).
Un rapide point sur la situation financière nous signale que nous sommes un peu au dessus des prévisions, nous essayons de tenir un budget de 40 euros par personne et par jour, histoire de vivre le voyage avec quelque chose comme un smic français.
Le soir nous décidons de nous lever tôt, le lendemain, pour profiter de la ville.
2 octobre 2026
C’est un échec, le réveil sonne peu après 8 heures mais ayant dormi trop peu la veille, nous décidons de rester au lit. Nous partirons finalement vers midi un peu requinqués. Nous nous rendons à la tour Baiterek, et continuons l’esplanade jusqu’au Ak Orda, l’impressionnant palais présidentiel entouré d’un grand parc. Nous tentons de rejoindre le parc en descendant les marches, le coup de sifflet d’un militaire surveillant la zone nous rappelle à l’ordre, on ne se rapproche manifestement pas plus loin du palais présidentiel qui se trouve encore à plus de 300 mètres à vol d’oiseau. Le parc est donc manifestement réservé aux personnes autorisées.
Nous remarquons d’ailleurs qu’un effort particulier a été fait dans la ville pour constituer d’importants espaces verts plantés de millions d’arbres. Franchement c’est une initiative réjouissante, il est très agréable de les traverser le soir, même si en journée les arbres n’ont souvent pas encore atteint une taille suffisamment respectable pour faire beaucoup d’ombre.
Comme Schuiten et Peeters qui ont fantasmé des villes imaginaires on dirait Astana sortie d’une BD, mixage entre l’orient et l’occident, parsemée de mosquées de tailles impressionnantes, une seule chose semble ici être la règle : la démesure. Comme si le terrain de jeu de la steppe Kazakh était si vaste qu’il n’avait opposé aucune résistance et que les architectes avaient pu délirer sans limites. Alors bien sûr tout est un peu de bric et de broc, on sent que tout a été construit très vite, on ne comprend pas trop pourquoi tout peut être absurdement soigné à l’image de ces jardiniers qui éradiquent à la débroussailleuse les plantes poussant entre les pavés et comment d’autres endroits voisins peuvent être tout « destroy ».
Astana compte une ligne de tram aérien assez impressionnante qui renforce encore son aspect futuriste, elle relie l’aéroport et la gare de l’est. De passage à côté d’une station nous en profitons pour nous renseigner : les cartes de paiement occidentales fonctionnent, les bornes automatisées sont claires et traduites. Un agent qui parle très bien anglais nous demande où nous voulons aller. Nous saisissons l’occasion pour lui demander ce qu’il en est avec le bus : c’est bien de voyager gratuit mais on aimerai savoir pourquoi ! Il nous confirme qu’effectivement les étrangers ne peuvent pas le payer ! Seules les cartes locales le permettent, et les chauffeurs ne vendent pas de billets en espèces.
L’absurdité côtoie donc la modernité, comme partout le « numérique » est adopté comme une religion sans réflexion… Jusqu’à ce qu’un pays décide avec bon sens de restaurer ce qui semble logique (la Chine a par exemple décidé d’imposer l’adoption par l’industrie automobile de boutons pour les fonctionnalités importantes, le tactile n’étant pas aussi « safe », ce que tout utilisateur sait depuis le début. Mais qu’il a fallu que des « études » le valident récemment pour qu’il se passe quelque chose).
Forts de ces informations nous parvenons après renseignement d’abord, dans un bar à chicha servant de la bière, puis dans un bureau de change, à trouver un automate pour retirer du cash avec nos cartes VISA et Mastercard… jusque là nous n’avions pas compris ! Aucun distributeur ne le permettait… Et puis ils sont super déconcertants, car souvent équipés de QR codes et de dispositifs de reconnaissance d’empreintes !
Pour info : Ceux de la banque Halyk le permettent sans fioritures, si l’on en trouve pas (les distributeurs sont souvent dans des centres commerciaux, grands et surchauffés), il faut entrer dans une banque pour le faire au guichet.
Nous rentrons donc avec des renseignements, et du liquide qui nous aidera hors de la ville par la suite. Nous marchons jusque vers 18h puis allons manger dans une espèce de cantine locale très peu chère mais très rudimentaire, malgré une foule conséquente sur place. Les brochettes d’agneau sont correctes, le plat traditionnel d’abats et pommes de terre n’est pas cuisiné, on a l’impression qu’ils se sont contentés de bouillir tout ça… c’est ultra décevant. Et, tristesse ! Les raviolis sont un peu froids et collants, probablement juste réchauffés au micro onde à l’arrache, seul le riz est bon. Les légumes ne semblent pas à l’honneur de la nourriture Kazakh, peuple de nomades plutôt éleveurs, à la base, donc pas trop étonnant. On se promet que le lendemain on trouvera mieux, on est probablement pas tombés sur la bonne cuisine.
Jour J-10 : nous sommes sur les dernières formalités ! Force est de constater que nous avons ramé contre le courant pour espérer accéder à une des destinations centrale dans notre voyage : la Chine. Depuis le début du mois de juillet nous tentions d’obtenir un visa pour plusieurs mois, sans succès.
Au départ nous nous étions dit : « on prévoit large, on pare à toute éventualité et nouvelle envie, on prend 6 mois, multi-entrées » ! Note pour les noobs : lorsqu’on demande un visa il faut préciser le nombre d’entrées sur le territoire souhaité, ce qui vous permet d’entrer et de ressortir autant de fois que stipulé. Comme on est prévoyant on ne voulait pas être embêtés avec des formalités administratives… erreur ! Les emmerdements commençaient.
L’irrésistible intrusivité commence
Il faut d’abord remplir un formulaire préalable, sur un site qui marche une fois sur deux (pas si loin de l’administration française me direz vous), en répondant comme souvent à de nombreuses questions plutôt intrusives, comme « où allez vous », « que venez vous faire sur place », « avez vous de la famille dans le pays » etc etc. Jusque là on ne peut que se dire que décidément notre liberté de circuler est toute relative, comme à chaque fois qu’on fait un visa… Je me souviendrais longtemps de celui pour les États-Unis. Nous avions dû laisser, avec mes collègues, nos ordinateurs (que nous avions le malheur d’avoir dans nos sacs) à un type dans la rue en lui faisant confiance pour nous les garder, car l’Ambassade des États-Unis à Paris, à laquelle nous avions rendez vous à une heure précise, ne voulait pas nous laisser entrer avec et n’avait pas de local prévu pour stocker les affaires personnelles des visiteurs !!! On croit rêver… et bien là on rêve aussi, mais alors il faut commencer à fournir un certain nombre de documents et ça se complique très sérieusement. Le cauchemar recommence.
D’abord l’on doit fournir une copie de passeport, jusque là, rien de trop pénible ça se passe bien. Par contre, plus étrange, si vous avez déjà été sur place avec un Visa, il faut le déclarer et donc fournir votre ancien Visa ! C’est mon cas, je n’ai pas d’autre choix que d’ignorer la demande puisque mon ancien passeport, je l’ai rendu à la mairie pour faire le nouveau, je ne l’ai donc évidemment plus, et ne pouvant le fournir je déclare que je suis déjà venu… sans visa. Que faire d’autre ? Ensuite il faut les billets d’entrée et de sortie du pays… Pour l’entrée c’est impossible pour nous, on arrive sur le territoire par la voie terrestre et la frontière Kirghize (enfin c’est ce qui est prévu ;-)). Malheureusement impossible d’acheter un billet de bus ou de train à l’avance d’Europe cela n’existe pas ! Et ce, même si nous savons que ce sera possible sur place à la gare de Bichkek, la capitale. Qu’à cela ne tienne ! Nous entamons une lettre qui l’explique ! Soucieux de répondre de façon sérieuse aux demandes, nous prenons un vol flexible pour sortir du territoire vers la Corée, afin qu’au moins un document sur les deux soit satisfaisant pour les autorités, du moins c’est ce que nous pensons. Ensuite, nous fournissons aussi la réservation d’un hôtel à notre arrivée, c’est ce qui nous est demandé… même si nous n’y arrivons que dans deux mois, nous nous prêtons à l’exercice, avec une option d’annulation gratuite pour que nous puissions tout changer d’ici là. Nous fournissons aussi, et ça c’est une pratique courante, mais beaucoup plus limite en terme de sécurité, nos trois derniers relevés de compte bancaire (non sans avoir flouté les informations sensibles il ne faut pas déconner) ! Sachez que où que vous alliez dans le monde, votre pays d’arrivée s’intéresse à vos ressources, on pourrait dire que c’est un truc de capitalistes, mais non ! Les communistes aussi aiment l’argent ! Des fois que vous n’ayez pas prévu assez pour voyager… ou pas prévu de manger ou de vous loger… qui sait ?
Cent fois remettre l’ouvrage sur le métier
Après au moins 3 ou 4 fois ou l’on nous demande souvent de renvoyer les mêmes documents, sans réelle justification, nous commençons à croire que ces demandes de plus en plus chaotiques sont le signe manifeste que le pays cherche une façon diplomatique de nous décourager… Manque de bol on est opiniâtres, nous répondons systématiquement dans les 3 jours avec des documents plus précis, plus affûtés, dans la mesure du possible, bien entendu jusqu’à ce que l’on nous demande pourquoi nous restons « si longtemps » en Chine… là j’avoue que nous somme interloqués. Comment expliquer l’évidence ? Nous voyageons avec des modes plutôt lents, nous avons envie de prendre le temps de nous balader, de visiter, de vivre, tout simplement. Comment expliquer ça ? Pas facile… On explique pédagogiquement on détaille, on renvoie encore et au bout d’un ou deux allers-retours on reçoit ça :
« Reject Reason: Veuillez fournir les documents suivants : – Une réservation des billets d’entrée sur le territoire de la Chine continentale avec votre nom et prénom – Une attestation d’assurance qui permet le rapatriement, valable pendant toute la durée de vos séjours en Chine avec votre nom et prénom – Une lettre en expliquant la raison pour laquelle vous souhaitez rester aussi longtemps, et ce que vous allez faire en Chine – Une attestation de prise en charge d’un membre de la famille »
Et c’est un refus de visa ! Tout est donc à recommencer, et le problème des raisons avancées c’est qu’on a déjà répondu à toutes ces questions :
le billet d’entrée (pas possible, même si on a quand même fourni notre billet d’arrivée au Kazakhstan un mois avant),
L’assurance était déjà fournie,
la durée, on vient d’en parler,
le dernier point reste nébuleux vu qu’on a pas de famille sur place…
On a pas compris où était le problème alors quoi ? On recommence ?
Un jour sans fin, ou l’on recommence tout
Bref on se ressaisi, ce n’est pas un service d’état récalcitrant qui va nous arrêter, après tout en France on a l’habitude ! On dépose dans la foulée une deuxième demande le 31 août pour 3 mois, cette fois avec une seule entrée. C’est juste mais ça devrait suffire… On commence juste à en avoir marre d’envoyer des papiers qui ne servent à rien et si je n’était pas allé là bas il y a dix ans en ayant trouvé le pays incroyable, je douterais que cette destination en vaille la peine. Au bout de 24 heures on nous dit qu’il faut fournir les preuves de notre hébergement partout ou nous allons… pas de problème, nous sommes motivés, on s’organise, et pendant deux heures on fait des réservations partout où l’on peut sans devoir avancer. On vire au passage, pour la cohérence du dossier, plusieurs destinations ou il est compliqué de réserver sans payer à l’avance, de toute façon on est vraiment convaincus maintenant qu’il nous faut satisfaire un monstre administratif trop gourmand : on réserve à la chaîne sans regarder autre chose que l’option « annulation gratuite », qui nous servira dès qu’on aura récupéré toutes les attestations de réservation (à nos deux noms bien entendu sinon ça ne compte pas). 16 réservations en tout ! Que nous avons dû envoyer dans un seul pdf, car évidemment le site ne permettait d’envoyer qu’un nombre de documents limités, il a donc fallu compresser. On boucle nos résas, on refait le déroulé du voyage en cohérence et on renvoie le tout !
Les réponses s’accélèrent, 12 heures après, ma compagne reçoit une demande supplémentaire au motif : « complémentez les réservations d’hôtel pendant un mois et le casier juridique » !!! Mais quoi ? 16 réservations, l’intégralité du voyage, ça ne leur suffit pas ??? Et dans « casier juridique » on comprendra je suppose « casier judiciaire » ??!! WTF ! On commence à être vraiment en colère mais on essaie de rester la tête froide. De mon côté on me demande : « veuillez fournir la preuve que vous disposez de moyens de paiement suffisants pour couvrir les frais de votre voyage en chine »… ça a donc tant changé la Chine en dix ans ? Les communistes se serraient grimés en capitalistes ? Il me semblait à l’époque, en visitant le colossal Musée de l’histoire du communisme à Jiaxing, outil de propagande certes, mais néanmoins extraordinaire visite, qu’il y avait un autre modèle de développement, même d’autres valeurs… pas sûr finalement.
Un pas de côté pour s’échapper
Là on commence à réfléchir à des alternatives, car pour aller en Chine 30 jours, nous n’aurions pas besoin de Visa. Alors on fait des plans sur la comète, on imagine rentrer et sortir du pays plusieurs fois durant le voyage… le problème, c’est que la Chine c’est grand, il y a de très hautes montagnes et des distances immenses… bref c’est compliqué, coûteux et ça prend vite plusieurs jours de faire un aller-retour etc.
J’essaie aussi de mobiliser mon réseau pour voir si quelqu’un pourrait nous aider sur cette question, le seul espoir que nous avions nous oppose une impossibilité, bref nous faisons chou blanc.
Je regarde enfin les sociétés qui proposent de faire les formalités à votre place moyennant finances, bien entendu, c’est très cher (plus de 3 fois le prix du visa) et ce n’est pas garanti non plus car elle restent dépendantes du même formulaire en ligne. Bref, on a pas envie de se faire arnaquer davantage.
Le paradoxe qui mène à la solution
Alors on décide quand même de retourner les documents exigés quitte a bidouiller un peu, en clair on leur donne exactement ce qu’il veulent : le monstre a faim on lui donne de délicieuses saucisses ! Au bout de quelques jours on a enfin une réponse positive. Il reste à monter à Paris pour déposer les dossiers (toutes les pièces fournies doivent être déposées physiquement) et payer (en urgence cette fois-ci, environ 150 euros quand même), sans garantie que nous n’obtenions pour autant le fameux sésame. En effet il est stipulé sur le site que payer ne garantit pas la validation du Visa, le « capitunisme » n’a pas de limites !
Vous croyez que c’est terminé, et bien non ! Quitte a ce que cet article trop long ne soit lu par personne, je vais vous raconter l’histoire jusqu’au bout !
Ce n’était donc malheureusement pas encore tout à fait fini, Abéona, montée à Paris pour l’occasion subit un retard de train de 30 minutes, heureusement elle visait le début du créneau (entre 10h et 13h) du centre de visa, et m’appelle donc une fois sur place à 10h35 : on nous demande un courrier sur le modèle « Je soussigné nom prénom né le …, ne travaillerai pas, ne ferai pas de stage ni d’études en Chine. Daté et signé. » ! Comme si le fait de demander un visa touristique ne suffisait pas ! Evidemment le site web ne le précisait pas… c’est bien connu tout le monde habite à Paris à côté du centre de Visas ! Bien sûr je ne suis pas à Paris, mais en train de déménager un frigo…. et oui c’est comme pour les livraisons la vie ne s’arrête pas pour un f***ing visa, ou pour une p***ain de livraison (j’avais envie d’être grossier). Ni une, ni deux, je rentre chez moi à toute vitesse, je fais le document, l’envoie à Abéona qui entre temps a miraculeusement trouvée une poste avec un photocopieur 👏🏻👐🏻🤩… et retourne tout déposer. Enfin ! Maintenant on croise les doigts pour qu’un crétin procédurier ne bloque pas le dossier…
Un dernier mot sur la ligne de téléphone du centre de visa et de l’ambassade de Chine car je n’en ai pas parlé, on a essayé plusieurs fois, c’est impossible de joindre autre chose qu’une boîte vocale, personne ne réponds ou ne rappelle lorsque l’on laisse un message etc… il y a un numéro, mais j’ose espérer que les ressortissants chinois n’en ont pas besoin…
Bref, sinon je ne publie l’article qu’aujourdhui car jusqu’au bout j’avais peur que cela puisse influer (ne soyons pas naïfs), et surtout je voulais avoir le passeport en main, car je ne pouvais plus croire que nous allions sortir de l’ornière, je m’attendais encore à des incidents. Mais, à une semaine du départ, le sésame attendu est arrivé.
Quelques recommandations pour les voyageurs
Cela ne vaut qu’au moment où nous avons effectué nos formalités (été 2026), renseignez vous toujours pour la période en cours, et lisez le site web visaforchina entre les lignes. Néanmoins si vous ne voulez pas avoir de souci il vous faut respecter quelques règles :
Faites votre demande à l’avance : nous l’avons fait 3 mois avant c’est à dire au maximum de ce qui est permis, nous avons obtenu notre visa une semaine avant de partir.
Lisez attentivement toutes les demandes de document, la moindre date qui n’est pas juste peut vous coûter une semaine de temps, voir un refus,
Ne demandez pas un visa trop long, ajustez vraiment à votre voyage, avec un peu de marge, au plus le visa est long au plus il semble difficile à obtenir,
Trouvez un moyen de mettre beaucoup d’argent sur votre compte avant la demande, en proportion à la durée du voyage. Mais ne lésinez pas, à moins que vous n’ayez un salaire exceptionnel, il n’est clairement pas suffisant. Il faut pouvoir témoigner de solides économies, même si l’on vous prête cette somme le temps de la demande : tous les coups sont permis.
Prévoyez que tous vos plans puisse être bousculés, car dès que le formulaire sera validé (probablement à la dernière minute) vous devrez abandonner tout ce que vous êtes en train de faire pour filer à Paris ou Marseille pour déposer votre dossier (cela aussi a un coût). Attention si vous demandez plus de 6 mois, vous devrez y aller en personne et donner vos empreintes, vous ne pouvez pas faire déposer le dossier par quelqu’un d’autre.
Prévoyez un courrier « Je soussigné nom prénom né le …, ne travaillerai pas, ne ferai pas de stage ni d’études en Chine. Daté et signé. », si vous voulez un visa touristique on va vous le demander sur place, donc prévoyez le coup ;-).
Ce site (basé sur le framework open-source wordpress), est l’occasion d’évoquer l’utilisation des logiciels libres et open-source. J’ai constaté ces dernières années à quel point malheureusement beaucoup de gens résistent à cette utilisation, de même dans le milieu professionnel. Etant donné les enjeux géopolitiques actuels, il me semble urgent de prendre en main ces outils pour garantir nos libertés, je voulais donc l’évoquer rapidement.
Pour commencer, les données hébergées ici le sont sur mon espace personnel loué chez Infomaniak hébergeur Suisse dont les préoccupations libertaires et écologiques ne sont plus à démontrer (allez voir ici comment ils réutilisent la chaleur de leur datas centers pour chauffer des quartiers entiers en hiver, vous allez adorer ! Ou encore comment ils ont créé une fondation pour éviter qu’un actionnaire ne prenne un jour le contrôle de leur société au détriment des clients).
Lors de notre périple en Asie, pour communiquer avec vous, on va avoir besoin de cartes, on va donc avoir recours à Framacarte (une initiative basée sur umap et OpenStreetMap) créé par l’incontournable association Framasoft, ça nous permettra de partager nos déplacements avec vous de manière conviviale. Tout en se passant d’un truc comme Polarsteps.
Côté réseaux sociaux, pour les photos j’ai un instagram, mais chez Meta le contenu est tellement noyé de pub que je ne suis pas sûr que ça ai encore réellement un intérêt de l’utiliser. Pixelfed est beaucoup plus sympa, pas besoin d’avoir un compte pour consulter. Je n’ai pas encore développé d’alternatives à Youtube, mais elle existent, je tenterai sans doute Peertube. J’ai ouvert un Bluesky et un Mastodon mais je compte expérimenter les post-automatiques de wordpress pour répliquer le contenu du site, car un éco-système libre permet de passer beaucoup moins de temps sur les réseaux 😉 👐🏻🥳 ! Communiquer, soit ! C’est incontournable, mais y passer sa vie et ses neurones certainement pas ! Le voyage va me permettre de tester tout ça en situation.
Sinon, cette année j’ai créé 3 site webs dont celui-ci. Pas si mal pour un noob 😉 ! Deux sites WordPress et un Nextcloud ça a été une révélation : en une demi journée vous remplacez avec Nextcloud tous les services google (agenda synchronisable, stockage et partage de fichiers… etc), et si vous ne vous sentez pas encore d’installer votre serveur, tout cela existe déjà tout fait chez Framasoft (framaspace, framagenda…) ! Alors pourquoi continuer a nourrir le monstre ? Si ce n’est par masochisme ?
Certains objecterons que sur le web, on est de toute façon visibles par le monde entier (ah ah), mais ici nos données restent chez nous, on ne montre que ce qu’on veut montrer, on reprend le contrôle ! On peut facilement utiliser des logiciels libres et gratuits sans avoir recours à des multinationales, et ce n’est pas plus compliqué ! Il faut juste un soupçon de curiosité, ça devient évident quand professionnellement on travaille, par exemple, dans le secteur culturel, éducatif, social ou la recherche, ou encore qu’on s’occupe d’un site web, d’un blog ou d’une association et qu’on a besoin d’outils collaboratifs ! J’espère que ça fera des émules. Pour ceux qui hésitent encore, même ma maman qui est loin d’être une geek est passée à Linux !
Voilà pour le côté technique j’espère que vous êtes toujours là😉, maintenant let’s go !
Ça y est cette fois c’est parti, nous avons nos billets pour le Kazakhstan. A moins d’un cas de force majeure, le 30 septembre nous nous envolerons donc pour Astana, la capitale ! S’ensuivra un long périple à travers l’asie centrale : Kirghizistan, Chine, Corée du Sud, Vietnam, Laos. A titre personnel ça fait tant d’années que j’attends ça 😱, ce n’était pas facile de trouver un créneau, ni de se glisser dans les interstices de la géopolitique !
On croise les doigts pour qu’un nouveau conflit majeur ne se déclare pas entre temps nos politiciens ayant une propension extrême à dégénérer (une pensée vers tous les peuples qui en souffrent).
Au départ il y a plus d’un an, j’avais même envisagé de passer par l’Iran, beaucoup de voyageurs m’ayant dit le plus grand bien de son peuple et de sa culture.
Et puis la situation a d’abord empiré avec Israël pour finir dans la récente surenchère que l’on connaît suite aux « errances états-uniennes » (sans parler de celles d’Israël mais nous sommes malheureusement habitués depuis longtemps). Bref autant dire que nous n’avons pas eu d’autre choix que de changer notre fusil d’épaule (pour rester dans le thème), avec une grande tristesse pour les iraniens cela va sans dire.
Pour finir sur l’aspect politique, je vois d’ici certains esprits chagrins qui dirons « ouuiiiii mais l’avion c’est mal mmmmvoyez » je rétorquerai que je m’en préoccupe : une grande partie du trajet sera donc terrienne (promis je vous mets une carte dans cet article dès que j’y arrive… 😤), mais c’est plus par volonté de ralentir que vraiment par conviction écologique. Et si nous étions aussi prompts à dénoncer les choix politiques qui pilotent les vrais sujets écologiques (le nucléaire, les transports, les industries, les GAFAM, l’IA, le capitalisme, l’agro-alimentaire…) qu’un petit voyage, alors nous pourrions en parler et cela serait intéressant ! De mon côté, pour l’instant j’ai une seule vie, et mon bilan carbone restera toujours inférieur à celui d’une famille occidentale avec enfants. Les missiles volent bas en ce moment mais nous somme vivants alors vive la polémique ! Parce que c’est un blog humain, libre et donc le contraire de l’asepsie ! J’espère d’ailleurs que la rubrique « Tribune » générera aussi des polémiques ;-), il paraît d’ailleurs que @caprica est très politiquement correcte (la peur du gouvernement qui siège non loin ?).
Sinon, nous avons dû réfléchir un peu mieux au site web et restructurer l’information : c’est bien beau de réfléchir au fil de l’eau, mais comme tout change on est obligés de refaire ! Comme un développeur qui n’aurait pas réfléchi avant d’écrire son code quoi ! Ainsi dorénavant vous trouverez les belles images de Dragon’s Gaze sur un site professionnel spécifique qui lui appartient, et ici ce sera plus ouvert, une sorte d’expérience, un mélange de textes et d’images en forme de carnet de voyage mais aussi avec des interventions visuelles, sonores ou littéraires.
Bon je sais bien que beaucoup d’entre vous lirons en diagonale : si c’est le cas ce sera déjà super ! Mais même pendant cette phase d’élaboration ou rien n’est trop fixé, où tout évolue tous les jours, mettez un petit commentaire et ça suffira à mon bonheur… je suis quelqu’un de simple ;-).
En tout cas pouvoir publier un contenu à l’arrache est très satisfaisant ! Pour l’instant je ne me fixe pas trop d’objectifs sur ce blog. J’ai peut être juste besoin d’amis 😉 :
Il va falloir être efficace pour avoir des choses intéressantes à poster régulièrement. Une fois parti, j’espère le faire à minima une fois par semaine ! Entre temps je risque bien de me satisfaire d’une agaçante futilité afin de tester un peu tout ce que je peux faire ici…
Séville est résolument une ville surprenante pour un européen qui ne connaît pas son histoire ! Riche d’une histoire millénaire et d’influences aussi bien musulmanes que chrétiennes, capitale du flamenco dont ça semble être un business intense, c’est un endroit très touristique. J’ai décidé comme souvent de ne pas visiter les circuits imposés d’une part car je déteste faire la queue et prendre des bains de foule, d’autre part car je voulais limiter mon budget.
A l’heure ou je fais ce voyage l’Alcazar royal est « à partir de 20 euros » sur le site « tiqets » mais en réalité je ne trouve pas à moins de 28 euros et pour le lendemain car ce n’est pas possible le jour même. La cathédrale est quant à elle à 17,50 euros. Je trouve que c’est beaucoup même si c’est probablement le tarif dans d’autres villes comme par exemple les villes italiennes riches en patrimoine de la renaissance comme Florence ou Rome. Par contre en Espagne les églises sont toutes fermées ou payantes, soit c’est l’église, soit c’est le gouvernement qui a abandonné ou décidé de rentabiliser ses lieux de culte… quel dommage ! J’adore pouvoir rentrer dans n’importe quelle petite église et être ébahi comme à Rome par exemple…
Bref, j’ai décidé de passer outre ces écueils et de faire à l’économie ! En gros : de la ballade ! Et comme visite, j’ai résolu d’aller au musée des Beaux arts. La bonne nouvelle c’est que ça ne coûte rien pour les ressortissants de l’union européenne, et que c’est 1,50 euros pour les autres ! Une survivance de service public à louer ! Bref au top… et je décide de prendre les billets sur place parce que je préfère toujours parler à quelqu’un au guichet et échanger un sourire que faire ça sur le net.
Musée des Beaux Arts de Séville. Premier étage.
Grand bien m’en a pris ! Les lieux étaient calmes ! Ce n’est pas très grand (si je ne m’abuse il y a 14 salles) et je découvre des artistes surtout entre le 16ème et le 19ème. Parmi eux quelques uns que j’avais croisé mais connaissais très mal : Francisco de Zurbarán dont les Christs en croix sont hypers impressionnants et démonstratifs.
Cristo de la Misericordia, Francisco de Zurbarán, 1635. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).
Mais aussi Bartolomé Esteban Murillo avec sa madone adolescente et le portrait de Santa Catalina de Alejandría.
Inmaculada Concepción, la Niña, Bartolomé Esteban Murillo, 1668-1669. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).
Il y avait également une exposition temporaire qui mettait en exergue la famille Bécquer notamment Joaquín Domínguez Bécquer un peintre bien dans son époque du 19ème aux toiles très variées où l’on voit de très grandes différences dans le traitement de la lumière selon la période.
Procesión del Corpus por el interior de la Catedral de Sevilla, Joaquín Domínguez Bécquer, 1845. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).
On découvre aussi Gustavo Adolfo Domínguez Bécquer, son neveu (et fils du peintre José Domínguez Bécquer) qui est l’auteur de dessins et croquis très chouettes pleins d’humour, et qui apparemment est aussi écrivain et poète, je vais m’y intéresser de plus près ;-).
Mais surtout il y a beaucoup d’œuvres du moyen-âge et de la renaissance plus ou moins intéressantes mais ou l’on découvre vraiment très progressivement l’émergence d’un certain naturalisme ou du moins un souci de réalisme qui tranche avec le côté très symboliste du moyen-âge. On voit progressivement poindre une précision dans les textures, l’anatomie etc.
C’est vraiment bien de pouvoir prendre conscience de l’émergence de certains styles au travers de plusieurs artistes sur une période d’une cinquantaine d’années. En tout cas j’ai trouvé cela très didactique.
J’ai donc passé un excellent moment même si ce n’est pas un très grand musée, franchement c’était très agréable, pas trop blindé et ça permettait de faire de vraies découvertes.
Détail de « Bodegón con uvas y manzanas », Giovanni Battista Ruoppolo, 1660.
Notamment, j’ai découvert une variété de raisin incroyable que je n’avais jamais vue ! Avec des grains très allongés qui n’ont rien à voir avec quoi que ce soit que j’ai jamais vu sur les marchés ou chez les primeurs. Comme quoi les natures mortes révèlent des trésors ! Je l’ai retrouvé dans des natures mortes chez les artistes Giambattista Ruoppolo, italien et Francisco Barrera, espagnol donc c’est que cela devait être assez répandu !
Je n’en ai jamais vu de nos jours, j’espère donc que j’aurais l’occasion de le goûter, à moins que ça ne se soit complètement perdu aujourd’hui, en tout cas en peinture il semble très appétissant.
J’ai donc pu me balader beaucoup dans tout Séville, l’on se perd dans des petites rues étroites conçues pour éviter le soleil. On tombe sur des petites cours intérieures dotées de fontaines et garnies de plantes. Je vous recommande le voyage, mais impérativement hors saison, je n’imagine pas en saison la foule qui doit s’y rendre mais ça doit être un enfer de chaleur et de population…
Quelque part dans le parc de Maria Luisa.La Cathédrale de Séville.
J’ai passé quelques jours à Bâle pour des raisons professionnelles, mais si je n’ai pas pu visiter en détail la ville car le temps m’a manqué, j’ai en revanche suivi les conseils avisés d’un ami, en décidant de visiter les collections permanentes du Kunstmuseum.
Grand bien m’en a pris, car je dois avouer que c’est l’un des plus beaux musées qu’il m’ai été donné de voir. Le lieu est très agréable et l’exposition permanente est très bien mise en valeur.
De nombreux grands noms y sont présents à tel point que cette richesse, est au final une orientation qui pénalise, d’une part, les œuvres contemporaines et d’autre part, bien sûr les femmes et les minorités. En effet, dans le musée il est précisé qu’un effort est fait pour compenser, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire : sans exagérer sur plusieurs centaines d’artistes, seules une vingtaine de femmes sont représentées…
Au delà de ce problème qui touche malheureusement beaucoup de grands musées, on apprend (ou remarque à nouveau) que la condition des femmes si elle n’a jamais été reluisante s’est manifestement aggravée au 19ème siècle.
Auparavant certaines femmes pouvaient accéder à un peu de reconnaissance et de postérité en tant qu’artistes ce qui semble plus difficilement le cas ensuite.
Parmi celles qui m’ont marqué, je retiendrais Sophie Taeuber-Arp, parce qu’étant la compagne de Jean/Hans Arp et décédée malheureusement une vingtaine d’années plus tôt que lui, on l’a un peu oubliée alors que son travail me semble avoir autant de valeur que celui de son mari. Charlotte Posenenske une artiste qui travaillait à fabriquer notamment des objets en série, infiniment reproductibles et qui a décidé de changer de métier pour devenir sociologue. Et puis, Louise Lawler et son oeuvre monumentale « (Bunny) Sculpture and Painting (adjusted to fit, distorted for the times)« , elle interroge la place et le sens des œuvres d’art en photographiant les œuvres d’autres artistes (en général des hommes) dans leur contexte et en exposant le résultat modifié dans un autre contexte.
Au 16ème siècle, il y a également Catharina Van Hamessen donc voici l’autoportrait ci-contre en 1548, il s’agit du plus ancien autoportrait connu d’une femme peintre.
C’est aussi la seule reproduction d’œuvre féminine que je peux présenter ici n’ayant pas beaucoup fait de photos, j’avais bien sûr mieux à faire que de mitrailler tout le musée ;-)…
Cela dit, le Kunstmuseum propose une plateforme qui permet d’accéder à un certain nombre de reproductions des œuvres, avec de petites notices explicatives, c’est là que j’ai pu récupérer cette image (aujourd’hui libre de droits). Vous trouverez le site ici et pourrez donc aller voir vous même et constater aussi le déséquilibre que j’ai évoqué.
En résumé je ne peux que vous recommander chaudement ce musée, même si il a des lacunes, les œuvres sont nombreuses et présentées avec un soin particulier, que je n’ai pas toujours trouvé ailleurs. A ce titre le Moma de NYC par exemple est moins soigné (mais plus riche en art contemporain). Par contre, un conseil : prenez votre temps et ne prévoyez rien d’autre dans la journée si vous voulez vraiment en profiter, il vous faudra au minimum 3 heures pour en faire le tour, personnellement j’ai mis plus de 5 heures en prenant mon temps et sur deux jours (un jour pour la partie ancienne, et une autre matinée pour la partie après 1950).