Shymkent, la douceur de vivre, simplement.


12 octobre 2026

Remarquable (merci Rony et Hors-Champ pour l’intonation) ! Shymkent ne l’est pas pour la démesure de ses bâtiments, son dépaysement total, pour toutes ces choses qui perturbent nos repères, nous surprennent ou nous sautent aux yeux (il faut dire que ça fait maintenant une dizaine de jours que nous explorons le Kazakhstan). Nous nous sommes demandés comment nous allions pouvoir vous raconter la « banalité » de Shymkent, après tous les délires précédents… Car la ville n’a, à première vue, pas grand-chose à vendre mis à part un agréable sentiment de douceur de vivre…

Mais avant cela, revenons sur le trajet entre Turkestan et Shymkent ! Arrivés à la gare avec 2h d’avance (le réseau ferroviaire pouvant faire des blagues de départ en avance ou en retard), nos regards croisent celui d’une femme, qui semble avoir quelque chose de connu… En provenance d’Allemagne, Vera est également en vacances en Asie centrale ! Nous partageons, sur le quai de la gare, nos premières impressions de la région. Qui aurait pu penser que tenir une conversation orale complète avec un inconnu procure autant de satisfaction ?! Ce constat est mis en exergue par l’interaction suivante au sein du train, qui elle, ne se jouera qu’exclusivement par téléphone interposé. 

Nous montons dans notre wagon de 3e classe et découvrons dans notre carré, deux jeunes hommes endormis sur les couchettes supérieures, ayant laissé sur la table centrale toutes leurs victuailles (tous les passagers mangent des soupes « BigBon » dans les trains, il va falloir tester ça !) . Le wagon est étonnamment calme par rapport à la première fois, mais nous sommes contents de retrouver une atmosphère plus près de la vie réelle des gens qui nous entourent.

Nous nous installons, ne semblant pas perturber leur sommeil de plomb ! Quand soudain, celui au-dessus de Philémon se réveille, descend de son perchoir et s’assoie à côté de lui, dans une proximité corporelle qui ne fera que croître au cours des prochaines heures. S’engage donc, entre Oulan et Philémon, une discussion silencieuse centrée sur l’écran du téléphone.

Drôle de manière de communiquer ! L’objet téléphone fait autant le lien qu’il ne le détourne (ou l’empêche ?) : aucun mot, quasiment aucun regard, le seul contact se joue dans le champ du tactile (par le toucher successif du téléphone et le mouvement de rapprochement qu’opère Oulan au fur et à mesure de la discussion, on dirait presque qu’il pourrait poser sa tête sur l’épaule de Philémon). Oulan et ses 2 compères voyagent depuis Kyzylorda jusqu’à Almaty pour y faire du snowboard. Ils ont 20 ans, sont dans la même classe et ont fait leur service militaire ensemble (qui dure 1 an ici).

Note de Philémon à propos du téléphone :

Comme l’évoque Abéona, le téléphone a modifié nos interactions sociales. Et je mesure la distance qui s’est installée avec le temps… aujourd’hui voyager sans téléphone est compliqué alors qu’avant nul n’en avait besoin, c’est tout de même un comble ! Autant les applications de cartes sont super utiles (sans pour autant être exemptes de biais), autant, pour le reste, qu’en est-il du rapport entre cet outil et notre liberté ?
Sur les modes de fonctionnement : les habitudes imposées sont telles que par exemple commander un taxi sans appli est parfois impossible sans se faire arnaquer sur le prix, alors qu’auparavant l’interaction sociale directe nous guidait. On l’a vu à Astana, prendre le bus est désormais réellement impossible, et nous avons ressenti la même chose en Estonie l’été dernier, il y a là un choix politique excluant. Bref, pour beaucoup de choses le téléphone conditionne désormais nos voyages. Avons-nous accepté réellement cette nouvelle contrainte ou nous a-t-elle été imposée ? Si on la refuse, ne sommes nous pas condamnés à une espèce de piraterie constante, comme nous l’avons fait dans le bus la première fois sans le vouloir ? Cette « piraterie » n’est-elle pas une forme de résistance nécessaire ?
Sur la communication avec les autres : au nom de quoi nous laissons nous dicter nos interactions sociales, nos liens sociaux… au point qu’un outil vient désormais s’interposer entre nous ? Là encore est-ce un choix ? Et cet outil est-il réellement utile, la discussion avec un traducteur automatique est, on l’a constaté, maintes fois biaisée, en dehors d’une interaction basique qui finalement serait possible sans.
Bref, ce sont toutes ces questions que je voulais soulever, car elles me travaillent depuis le début du voyage, n’hésitez pas à parler de votre ressenti à ce sujet dans vos commentaires… Je suis aussi curieux de voir comment nous allons sombrer ou au contraire prendre de la distance avec l’outil téléphone d’ici la fin du voyage.

Après environ 4 heures de voyage, nous descendons du train à la gare de Shymkent. Après avoir salué 2 des 3 garçons sur le quai, ni une ni deux, nous fonçons à distance de la gare où nous sommes assaillis par les chauffeurs de taxi (presque plus affamés qu’à Almaty) ! Nous rentrons fatalement dans le jeu malsain que décrit Philémon ci-dessus : à seulement quelques mètres de l’effervescence humaine de la gare, nous nous arrêtons pour commander un Yandex grâce à l’application dédiée sur nos téléphones !

Installés à l’hôtel, il est déjà tard et nous avons faim. Par chance, il se situe à proximité d’un restaurant qui s’appelle « Beshbarmak », quelle belle promesse ! Après quelques réticences à l’approche de l’établissement : le lieu est complètement vide, et semble peu accueillant… Nous décidons de nous lancer, la cuisine donnant sur la rue apparaît propre et laisse entrevoir une vieille dame qui fait elle-même ses pâtes à la main. Si le premier à Turkestan était bon, celui-ci est merveilleux ! Cette dégustation s’accompagne d’un challenge : Philémon commande du Koumi (lait de chamelle fermenté) ! 1-0 pour lui, je n’ai pas réussi à dépasser le goût étrange qui s’installe dans la bouche à chaque gorgée, mais Philémon bénéficie intégralement des multiples bienfaits de son lait* !

*Aperçu de quelques bienfaits du lait de chamelle : Philémon est protégé du scorbut, même sans consommation de fruits frais, puisque le lait est riche en Vitamine C ; il ne risque pas de problèmes digestifs ou des effets de l’intolérance puisque le lait de chamelle n’est pas allergisant ; son système immunitaire n’en est que renforcé ! Bon, trêve de plaisanteries, bon appétit !


Modifié le

à

par

1 014 mots