On ne dirait pas le sud


5 octobre 2026

Ce matin lever à 6h30 pour nous rendre à la gare Nur Sultan/Astana 1 au nord où nous prendrons un train pour Karaganda au sud. Le vent souffle fort et il fait vraiment froid, armés de nos gros sacs, nous sortons après avoir salué la dame qui tient l’hôtel dans lequel nous avons séjourné. Elle loge dans 3 mètres carrés sur un lit simple posé à côté de la machine à laver et doit gérer une dizaine de chambres seule, du linge au ménage en passant par la réception, une vie que nul n’envie… au travail tous les jours probablement sans jour de repos. Nous n’en saurons pas plus car nous ne parlions pas la même langue et je ne voulais pas être trop intrusif, donc nous nous sommes débrouillés à coup de traducteurs automatiques et de sourires. Passés les premiers moments où elle semblait au bout de sa vie (nous sommes arrivés vers 6 heures du matin et nous l’avions probablement réveillée), elle était très aimable malgré sa vie difficile.

Nous sortons et marchons 5 minutes bien décidés à prendre le bus gratuitement comme à notre arrivée, sauf qu’il fait froid, et qu’après avoir laissé passer 5 ou 6 bus bondés, nous décidons de ne pas lutter davantage et d’appeler un taxi avec l’application Yandex, application russe semblable à Uber. Un taxi arrive au bout de 5 minutes et nous emmène à la gare pour 6 euros. A deux c’est carrément une bonne solution : la gare est à deux bonnes heures de marche dans le froid, alors qu’il faut au taxi seulement une trentaine de minutes pour nous y déposer. Pendant le trajet la neige se met à tomber, on a vraiment bien fait !

Nous sommes une heure et demie en avance sur notre train, mais ça tombe bien car nous apprenons auprès de la guichetière, que notre train est avancé d’une demie-heure. Très gentille, elle nous accompagne jusqu’à un espace de repos, accessible moyennant le passage d’un portique, comme dans les aéroports, sauf qu’on ne vide pas nos sacs. On se demande donc si ça leur sert vraiment à quelque chose ou si c’est une question de principe. Nous nous posons une heure dans une salle pleine de fauteuils de massages dont tout le monde se sert comme de fauteuils… normaux. Là se trouve une espèce de tableau rustique des lignes de train à base de lumistyles, dépaysement garanti 😉.

Au bout d’une heure rien ne s’est passé, on se renseigne à nouveau, notre train a 15 minutes de retard. On finit par sortir, trouver notre voiture, et grimper non sans qu’une agente sur le quai se soit enquise de notre bien être en nous demandant si tout allait bien et en échangeant quelques mots en anglais avec le sourire, adorable.

Ici pas de portique automatique à QR code, un chef de wagon sur le quai au bas de la porte du train coche votre nom dans une liste qui ressemble à un ticket de courses, on prend le temps d’attendre, il ne sert à rien de se précipiter tout le monde doit être enregistré. Les trains ont du retard, et de toute façon quand vous traversez des distances aussi folles, vous n’êtes plus à une heure près. Tout fonctionne et on a la sensation d’un service public efficace où tout le monde prend le temps à la gare ou ailleurs, de renseigner des étrangers (ou les personnes en difficulté) sans parler forcément leur langue et avec le sourire. Cette interaction humaine aussi modeste soit elle, est vraiment agréable.

Nous avions réservé notre billet de train sur un site dédié tickets.kz, ce sont des couchettes superposées avec, en bas, des espaces convertibles pour s’assoir et/ou dormir, le bas est idéal pour notre trajet de 4 heures. Autour de nous des ados s’ébattent joyeusement et chahutent par moment, pendant que d’autres passagers sortent les victuailles… c’est parti pour 4 heures de steppe Kazakhe. Au loin parfois quelques maisons aux toits de tôles ou quelques gigantesque hangars, une petite pluie tombe.

Parfois nous voyons passer de petites cahutes avec des hommes en gilets oranges qui s’agitent, ou qui semblent là au milieu de nulle part à attendre comme si le pays était si vaste qu’il avait fallu étaler la population pour gérer le territoire. Certains s’abritent du vent, qui souffle ici assez fort en permanence, près de tas d’entretoises de bétons, celles dont on se sert pour mettre sous les rails. Il y en a partout au bord des voies, sans doute qu’il doit falloir les renouveler régulièrement. Le voyage est long, le train roule souvent vraiment lentement et l’approche de Karaganda est interminable.

Mais on finit par arriver, et lorsque nous sortons de la gare nous sommes accueillis par une bouffée de fioul, avec une ville industrielle en décor, ça n’augure rien de bon ! Au bout de quelques pas, ça se dissipe. Et nous marchons dans la grisaille à la recherche de notre chambre, 45 minutes plus tard et quelques échanges par messages, nous nous retrouvons à attendre le long d’un bloc au milieu d’un décor à la Stalker. Ici oubliez l’apparence, les habitations ne ressemblent à rien de l’extérieur mais elle permettent aux gens de vivre, n’est-ce pas l’essentiel finalement ? Nous attendons dans le froid et la pluie, mais finalement au bout de 20 minutes, une dame avec sa fille nous rejoignent. Elle ne parle pas anglais, sa fille un peu mais elle semble timide, et nous ouvre. L’appartement manque de finition mais il y a une machine à laver, un lit, du chauffage et une baignoire, c’est tout ce dont nous avons besoin. Nous décidons de nous reposer un peu, d’autant qu’il fait quand même un temps assez pourri, j’en profite pour faire un peu de blog et corriger des photos, puis en fin de journée nous allons manger dans un petit lieu qui s’appelle le Brat’ya Mushikiny.

Au retour nous passons un bon moment à décider des options pour la suite. Je prends conscience que j’ai laissé un peu Abéona seule avec ces problématiques. Lors de la préparation du voyage, j’avais étudié une autre voie, par Semipalatinsk, que nous avons laissée de côté, ne souhaitant pas aller passer du temps trop près de sites encore bien trop radioactifs, suite à des décennies d’essais nucléaires soviétiques. Je découvre en fait que ce parcours n’est pas si simple non plus, les infos sont difficiles à obtenir et même si Abéona est devenue une experte des transports ferroviaires Kazakhs, on doit se rendre à l’évidence, les distances sont telles, les transports pas toujours fréquents et les possibilités d’hébergement parfois si faibles ou inexistantes que nous devons finalement renoncer à aller à Zehzqagan et Kyzylorda avant Turkestan. Il faut dire que la saison n’incite pas à partir à l’arrache sans réfléchir, dommage car ça promettait du dépaysement, mais nous aurions dû prévoir également plus de temps et nous ne voulions pas trop traîner non plus dans le pays, de surcroît nous ne sommes autorisés qu’à 30 jours sans visa. Et puis il y autre chose, les pieds d’Abéona la font souffrir donc il vaut peut être mieux ne pas trop courir et avoir plus de moments tranquilles. Nous irons donc à Turkestan directement avec un trajet en train de… 27 heures : intense !

Ou l’on explore le nord de la capitale puis le sud


3 octobre 2026

« Caramba encore raté » se serait encore exclamé l’ignoble Rastapopoulos de Tintin, décidément nous avions du retard de sommeil. Du reste j’ai passé beaucoup trop de temps la veille à bosser sur ce blog ce qui fait que nous avons préféré finir la matinée à boire du café et à travailler sur la suite du voyage avant de nous balader.

Nous avons donc décidé de partir le 5 direction Karaganda, mais pour cela il a fallu trouver des moyens de transport et réfléchir surtout à la suite, franchement ce n’était pas si facile, nous avons eu quelques heures de boulot. Bref on vous en reparle très vite.

Aujourd’hui je viens de trouver le moyen de publier les traces de nos ballades enregistrées dans le téléphone avec OsmAnd~ ça vous donnera une idée de nos parcours. Je suis trooop content de pouvoir le faire, c’est con mais c’est un petit truc technique que tous les coureurs font. Mais moi, je voulais faire ça sans appli propriétaire, je pourrais le faire en direct, mais je préfère le faire en différé (c’est plus sûr). Voilà donc environ 19,4 kilomètres de marche (avec des petits arrêts à droite et à gauche pour boire un café, manger un bout etc.)…

Voir en plein écran

Bonne ballade, où nous avons découvert une partie moins moderne de la ville. Accessoirement nous nous sommes aussi fait refouler aux abords d’un bâtiment gouvernemental, où les services de sécurité semblaient postés un peu partout pour éviter aux badauds de s’approcher trop d’un bâtiment. Comme la veille on n’a pas insisté, évidemment. Mais on remarque tout de même que contrairement à la France où nos « forces de l’ordre » (euphémisme si commode pour masquer les régimes qui ont besoin du bâton pour se maintenir) sont armées jusqu’aux dents, ici ils sont beaucoup plus soft. Treillis gris, calmes, on suppose que c’est l’armée, pas la police, mais aucune arme n’est apparente contrairement à nos « vigipirates ». Ici, point n’est besoin de montrer ses gros organes, personne ne semble pour autant venir leur chercher des noises. De quoi donner du grain à moudre à nos politiciens qui ne jurent que par la sécurité tout en étant incapable de l’obtenir autrement que par une démonstration constante de force. Ici nul besoin de 20 camions de CRS, une dizaines d’hommes postés autour d’une place et la zone est sous contrôle. Qui l’eu cru…

Alors bien sûr il y a aussi quelques milices/polices de proximité qui patrouillent par ci par là mais eux n’ont qu’un tonfa apparent dépassant à peine de leurs vêtements.

4 octobre 2026

Aujourd’hui nous sommes partis plus tôt, bilan 10km sans pause puis 15km avec 3 pauses, 2 cafés et un repas. Au total 25km, bilan : des pieds un peu en souffrance…

Sur le chemin nous avons été surpris de voir les investissements qui sont faits sur des équipements de sport en plein air. Ça piquerait un peu tous ceux qui vont à la salle en France pour un prix clairement prohibitif. Ici le « street workout » est fréquent, tout est disponible gratuitement, des barres de traction, au développé couché, en passant par des altères de toutes sortent et autres agrès. En bas de chaque immeuble, dans chaque parc… et il en est de même de tous les parcs pour enfants d’ailleurs.

On a même vu plusieurs endroits, où les parents amènent leurs enfants, les mettent dans des voitures radiocommandées louées comme on paie un manège, ce sont eux qui pilotent pendant que leurs enfants ont l’impression de conduire… En fait, ce sont les parents qui s’amusent !

A ce sujet, il semble que de nombreux mini parcs d’attraction plus ou moins actifs parsèment la ville. C’est un peu étrange à traverser, surtout après le coucher du soleil… bref on verrait bien pas mal de films d’horreur les utiliser comme décors 😉. Il en est de même de la ville d’ailleurs, qui abrite quand même une population assez faible relativement à ses proportions monumentales. On verrait bien ici quelques tournages de films d’apocalypses zombies, car à certaines heures c’est assez désert suivant les quartiers, et comme les bâtiments sont soient très singuliers soient juste immenses, ça s’y prêterait bien.

Pour vous mettre cela en perspective, le Kazakhstan c’est environ 19 millions d’habitants pour une surface d’environ 4 fois la France c’est à dire, une densité de 109 hab au kilomètre carré pour la France contre 8 pour le Kazakhstan !

Astana est un des principaux centres urbains de la campagne des terres vierges de l’URSS, une initiative lancée par Nikita Khrouchtchev en 1954. Il s’agissait de rendre agricoles les immenses terres du Kazakhstan, les dirigeants de l’époque désapprouvent sur la forme, mais malgré ça, Khrouchtchev lancera tout de même les opérations, allant vers un échec retentissant. Le nom de la ville du temps de l’URSS vient de là : Tselinograd (du russe, целина (tselina) = terres vierges et град (grad) = ville), elle a pris ensuite le nom d’Akmola, puis d’Astana en 1998, lorsqu’elle est devenue capitale. De 2019 à 2022, Elle a pris brièvement le nom Nour-Sultan de son ancien président Noursoultan Nazarbaïev avant que son nom soit rétabli suite à la révolte de 2022.

Une partie de la ville d’origine soviétique reste au nord de la rivière le reste a été construit de manière forcenée après 98. Cette ville est une énorme claque visuelle, c’est immense et même si certaines rues témoignent d’une intense circulation, on sent clairement que c’est faiblement peuplé, probablement parce que les Kazakhs ne peuvent pas y vivre pour des raisons de niveau de vie ?

Lors de notre ballade nous sommes passés près de la pyramide de la paix et de la réconciliation. Une construction monumentale dans l’axe du palais présidentiel au delà de la rivière. Apparemment destinée à accueillir le Congrès triennal des chefs de file des religions du monde, une belle idée ! Le lieu accueille aussi d’autres événements notamment culturels.

C’est d’ailleurs l’occasion de dire que l’on ne sent pas tellement la présence des religions dans l’espace public. De nombreuses mosquées colossales, rendent l’Islam, première religion du pays, bien présent dans la structure même de la ville. Les églises orthodoxes et les mosquées semblent fréquentées, mais les cultes semblent circonscrire leurs activités à ces lieux et sont peu visibles dans la ville sauf à proximité des lieux de culte. Bref la religion se vit mais ne se revendique pas, comme si, ici l’on avait pas besoin de ça pour exister, alors que peut être en occident le vide de sens, pousse à exprimer davantage sa voie spirituelle aux yeux du monde.

Nous avons été jusqu’au Théâtre Kuanyshbaev, dans le même axe, entourés de grandes tours bleues comme souvent un peu partout, avant de revenir par un grand pont et en longeant le jardin botanique. Nous finirons pas manger dans un petit restau géorgien (très tendance en ce moment un peu partout) : kachapuri, babaganoush et aubergines, raviolis variés, bon et très accessible.


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