Et si l’URSS était vivante ?


17, 18 et 19 octobre 2026

Nous partons le matin dans un train en 3ème classe avec les places du bas, comme d’habitude, un type l’air fermé arrive juste après, il sera notre locataire du dessus, nous n’échangerons pas un mot pendant tout le trajet. A l’autre bout (dans la largeur), il y a un jeune type, qui roupille sérieusement empaqueté comme une momie dans son drap et un autre gars au-dessus lui qui roupille également. Pendant le voyage au bout d’un moment, le jeune gars accueillera des amis, dont l’un qui nous demande d’où nous venons en anglais… nous répondons gentiment, mais ni Abéona ni moi n’avons la force de commencer une discussion par téléphone interposé avec celui qui semble le plus curieux, les dernières nous ont plutôt frustrés. Comme nous n’alimentons pas, cela s’arrête vite. Ils nous expliquent quand même gentiment comment profiter de la connexion Wi-Fi dans le train. Magie ! Ça fonctionne, de fait, je vais passer 8 heures la tête dans le guidon à écrire et retoucher des photos !

Sur la fin du voyage (heureusement que nous avons du réseau pour gérer ça avant notre arrivée), le contact de notre hébergement nous dit qu’il y a un problème avec le logement : en gros sa serrure électronique est bloquée. Merci la technologie… il fallait inventer ce genre d’incident, c’est vrai que ça nous manquait, ça n’existait pas avec les clefs normales😒. Bref il nous propose un autre logement, en dehors de la plateforme, nous ne le connaissons pas, c’est forcément un pari risqué ! Il nous envoie l’adresse, les photos etc etc. de sorte qu’on finisse par dire ok, en espérant, qu’il ne se fout pas de nous.

Nous arrivons de nuit dans une gare toute en vrac avec des palissades, du gravier et des pavés dans tous les sens, le chaos complet, mais nous commençons à avoir l’habitude. Nous suivons la foule pour trouver l’issue sur un parking car la gare, comme à Taraz, est complètement en travaux. Nous évitons donc le club des taxis puis trouvons un Yandex pour filer à notre logement qui se trouve à plus de 30 minutes de voiture au cœur de la ville. Tout de suite ce ne sont plus les mêmes dimensions, le chauffeur suit une artère qui semble traverser la ville de part en part tellement elle est longue. Almaty, pour information c’est donc l’ancienne capitale, 2,2 millions d’habitants. C’est la ville la plus importante du Kazakhstan, on change de dimension et finalement on va s’apercevoir qu’on va y retrouver quelques repères.

Au final, tout se déroule sans encombre avec le logement malgré une serrure électronique rotative à code, quelque peu inquiétante de prime abord. La faim nous pousse à ressortir immédiatement vers une espèce de giga-restau, une sorte de foire à la saucisse et aux brochettes d’abats à deux pas de chez nous. On est plutôt client de ce genre de trucs, mais c’est la première fois qu’on tente. Au final c’est un peu l’usine, c’est médiocre mais on sort repus quand même en regrettant de pas trouver de salades décentes dans ce pays.

Note a posteriori sur la cuisine :

Ce n’est pas tout à fait juste, les salades existent mais ce sont toutes des salades lacto-fermentées, souvent avec un peu de viande quand même. Autant c’est très bon, mais c’est quand même frustrant à la longue quand on trouve aussi peu de cuisine de légumes. Végétariens et vegans, vous ne trouverez votre salut qu’en fréquentant les bazaars et en faisant la cuisine vous même.

Un périple à travers la grande Russie

En rentrant on finalise le rendez-vous du lendemain avec Olga et Milena. Nous avons rendez-vous à 8h avec Olga à 35 minutes de marche au sud de notre logement, elle va nous emmener faire une balade en voiture. Nous lui avions laissée presque carte blanche, car nous ne la connaissons pas et ne voulions pas paraître trop pénibles. Nos interactions numériques nous ont paru étranges, voire un peu sexistes. Nous en avions beaucoup discuté entre nous, mais comme c’est une chance d’être guidé par des locaux, nous ne voulions pas rater l’opportunité. On se dit qu’on verra sur place et puis on sait très bien que par message il peut y avoir beaucoup d’incompréhensions, donc on ne se formalise pas.

Nous retrouvons Olga, qui semble avoir environ le même âge que moi à 5 ans près. Le contact est timide, elle parle bien anglais mais pas très fort, et avec un accent russe. Je m’accroche pour suivre, elle nous emmène dans une voiture impeccable à travers la ville en faisant le guide, en nous parlant de tous les immeubles qu’elle croise, en relatant leur histoire depuis la période soviétique… incroyable ! Ça va vite mais on s’accroche et on essaie de ne pas trop perdre d’informations. Au vol, on récupère Milena qui, elle, ne parle que russe, elle a l’air très gentille, mais Olga fait la traduction dès qu’elle prend la parole donc on ne l’aura jamais en direct.

On comprend rapidement que contrairement au souhait que nous avions formulé initialement, de plutôt rester dans la ville, elles nous emmènent à l’extérieur, à la montagne. Nous allons donc prendre un téléphérique (première fois pour moi) qui va nous faire passer au dessus de la patinoire de Medeo, datant de l’époque soviétique et actuellement complètement en travaux, puis à Shimbulak, une station de ski. Sur le chemin Olga lance des petits pics en disant que le téléphérique n’est plus aussi bien qu’avant, parce qu’avant c’était de l’ingénierie russe robuste ! Maintenant c’est de l’ingénierie française, un peu de la merde quoi ! Sauf qu’en en discutant on s’aperçoit, d’une part qu’à l’époque c’était un télésiège et pas un téléphérique, et qu’en plus aujourd’hui c’est un téléphérique autrichien (ce dont on s’aperçoit par hasard, au détour d’une plaque sur l’installation)… OUF, l’honneur de l’ingénierie française est sauf ;-DD nous rigolons.

Nous montons ainsi jusqu’au col de Talgar à 3200 mètres. Une fois là-haut, nous grimpons une petite côte et immédiatement, nous sentons l’altitude car nous avons plus de mal à respirer. C’est la seconde fois de ma vie que je monte si haut. Le paysage est très chouette, on a la vue sur toute la ville. On est très reconnaissant qu’elles nous aient emmenés, de surcroît si tôt ce qui nous a permis d’éviter le flux touristique, et aussi car nous n’y serions franchement jamais allés sinon. A l’initiative d’Olga, on s’arrête pour prendre des photos toutes les cinq minutes dans toutes les situations, même les plus improbables (Abéona : « épuisant ! »), mais comme ça a l’air d’être une coutume pour elles, on se prête à l’exercice avec bonhomie.

A Shimbulak, nos deux guides insistent pour qu’on se fasse prendre en photo en costume traditionnel avec un « aigle de chasse » (Abéona : « ici je ne sais pas ce qu’il chasse à part les touristes »). Nous avions déjà vu ça à Turkestan. La fauconnerie est une discipline très importante culturellement, on le comprend tout à fait. Par contre nous désapprouvons totalement le traitement de ces pauvres bêtes qui sont là toute la journée pour satisfaire les touristes (pareil pour les chameaux à Turkestan). Donc on dit non, plusieurs fois, quitte à les vexer ! Elles insistent fort, mais on refuse fermement, nous ne voulons pas être complices de ça. Elle ne semblent pas comprendre pourquoi, je ne veux pas rentrer dans des explications forcément complexes, je ne sais pas trop comment m’en dépêtrer. Abéona a alors l’idée géniale de dire qu’on a déjà vu ça à Turkestan, ça leur permet de lâcher plus facilement l’idée, ouf… bravo, bien joué !

Kok Kok Tobeee

Suite à ça nous redescendons et filons sur la colline de Kok Tobe où se trouve la fameuse tour de la télévision, et aussi un petit parc d’attraction comme souvent. Sur le chemin, Olga heurte un trottoir avec sa voiture et est toute choquée de nous avoir fait vivre ça, elle a l’impression de nous avoir mis en danger. Je la rassure en lui disant que ça arrive à tout le monde et que nous sommes plutôt embêtés pour elle, d’autant que tout s’est passé doucement et qu’elle a juste abîmé les jantes. Mais elle est néanmoins touchée de cette situation. C’est vraiment gentil de s’inquiéter pour nous, j’insiste pour la rassurer du mieux possible.

De là-haut, nous avons aussi une super vue sur la ville (et son smog). La grimpette est pour elle l’occasion d’embrayer sur une discussion politique un peu essoufflée, sur le sujet de la guerre en Ukraine et des émeutes étudiantes en France \o/. Le premier sujet est très glissant, il va falloir manœuvrer doucement, comme c’est une amie d’ami, je ne souhaite pas faire d’esclandre, mais je comprends qu’on est dans un traquenard : notre guide s’avérant excessivement pro-russe ! Je lui explique quand même que c’est normal pour l’Ukraine de se défendre d’une invasion russe, elle ne semble pas comprendre… car pour elle l’Ukraine est russe, voire soviétique.

Elle aborde alors le sujet des révoltes étudiantes en France en disant qu’elles sont orchestrées par le tandem anglo-américain, et que Milena a vu une vidéo à ce sujet… Je ne désespère pas et tente de lui expliquer :

  • que ce mouvement trouve sa légitimité dans les années de politiques délétères concernant l’éducation, la santé, la recherche et la culture,
  • que Poutine (et ou Trump d’ailleurs) n’est pas exempt de tentatives de manipulations avec certains mouvements politiques français, comme le RN, la plupart du temps en vue d’élections.

Tout est nié en bloc, elle crois dur comme fer à l’influence étrangère. Je n’aurais pas le temps de lui expliquer que les dégradations lors des manifestations, sont comme souvent l’œuvre du pouvoir en place pour décrédibiliser le mouvement. Je finis par m’échapper diplomatiquement du sujet au gré des événements de la marche, car je sature déjà. Abéona a pour l’instant fourbement esquivé le conflit. Mais ce n’est que le début.

Où l’on découvre la propagande par la peinture

Ensuite nous allons visiter le Musée d’État des arts Abilkhan Kasteyev, une partie de l’expo est financée par Rosatom (qui travaille activement à la dépendance des états post-soviétiques nucléarisés aux technologies russes). Elle présente notamment des œuvres ouvertement propagandistes de l’époque soviétique dont Olga nous explique à quel point elles expliquent les valeurs de la Russie et du Kazakhstan, etc.

Globalement dans le musée sont présentées essentiellement des œuvres kazakhs et russes, qui exaltent la grandeur du « rustique peuple kazakh » et les bienfaits du « colon russe civilisé ». Dans le musée il est interdit de prendre des photos avec un appareil, seuls les téléphones sont permis, donc excusez-moi d’avance pour la qualité des exemples, j’ai préféré ne pas créer d’embrouilles vu que c’était très surveillé. Mais ça se devait quand même d’être un peu illustré.

Boris Koustediev, Bolcheviks, 1920.
Abylkhan Kasteyev, La fête au Kolkhoze / Le mariage au Kolkhoze, 1937.
Abylkhan Kasteyev, Turksib, 1969.
Igor Grabar, Autoportrait avec palette, 1934.

L’opium du peuple

Nous filons ensuite à la Cathédrale Zenkhov. Olga nous précise que Milena est très croyante… mais juste avant de rentrer, Olga nous rappelle que Marx disait que la religion était « l’opium du peuple » et qu’elle ne voyait pas comment il pouvait en être autrement. Même si nous sommes athées, nous ne pouvons pas nous empêcher de ne pas trouver ça très respectueux des croyances de son amie… Milena, ignorant cette remarque (elle comprend seulement un peu l’anglais) va nous entraîner dans la Cathédrale et nous présenter gentiment une à une toutes les icônes de ses saints favoris avec enthousiasme. Je trouve ça très instructif : je ne savais pas, par exemple, que certaines icônes pouvaient être des personnages récents, c’est notamment le cas d’un médecin persécuté par Staline. Bref, en plus d’être instructif son enthousiasme est vraiment sincère et la cathédrale est belle. Elle se trouve au bout d’une allée à la gloire d’un héro de l’union soviétique, Panfilov, un truc monumental à voir aussi.

Nous finissons cette journée dans un restaurant cher, et sans intérêt, car celui auquel nous devions aller était fermé. Olga en est très contrariée et s’en excuse, nous lui expliquons que pour nous le plus important est de passer un moment ensemble, pour mieux se rencontrer. Je vous passe les détails des discussions du repas qui ont plutôt aggravé les choses dites pendant la journée.

Pour faire une petite synthèse de cette journée et des problèmes que nous avons rencontrés :

  • un certain racisme de notre guide (envers les juifs, les trans, les prétendus terroristes barbus),
  • un manque total de recul, et une féroce nostalgie (assumée) de la période soviétique, y compris Stalinienne,
  • une position sans discernement au sujet de Poutine et de l’Ukraine,
  • il était dommage que nous ne puissions communiquer directement avec Milena, car un autre point de vue, russe pour le coup, sur tout cela aurait été intéressant.

Finalement, c’est le manque de recul qui nous a choqué surtout venant de quelqu’un appartement à la nomenklatura du pays (Olga a un poste non-politique, mais important), et ce vis-à-vis de la Russie, mais aussi de dirigeants kazakhs comme Nazarbaïev et Tokaïev. En opposant, selon ses propos, l' »économiste » Nazarbaïev au « diplomate » Tokaïev, l’un fort, l’autre faible finalement, c’est toujours le même propos : c’était mieux avec Nazarbaïev, qu’avec Tokaïev, avec l’URSS, qu’aujourd’hui ! Le culte de la personnalité de Nazarbaïev a également été dénié, sur fond de plaisanterie : « ah ah ce n’est pas possible que vous ayez vu partout des monuments à son sujet, il n’est pas mort…« .

Le soir lorsque nous nous retrouvons tous les deux avec Abéona, nous débriefons tout cela, et en avons bien besoin car c’était une journée intense. Nous sommes en fait assez choqués et éprouvés par ces discussions auxquelles nous ne nous attendions pas. Mais nous ne regrettons pas notre choix : c’était aussi enrichissant, qu’éprouvant. Et puis, comme rien ne nous force à nous fréquenter dans la vie courante – sans quoi ça serait sans doute très difficile de concilier nos avis opposés – tout va bien. Ponctuellement, nous avons donc apprécié la rencontre incongrue, le personnage incroyable et cultivé (malgré ses avis biaisés), la belle visite et l’hospitalité qu’elle nous a témoigné.

Un lendemain de récupération nécessaire

Alors le lendemain, nous décidons d’une journée plus tranquille et nous déclinons diplomatiquement une nouvelle proposition de sortie d’Olga qui se soucie très gentiment de nous faire découvrir la ville. Nous lui proposons de nous retrouver seulement le lendemain soir, pour un dernier repas ensemble afin de clore notre rencontre plus tranquillement, en espérant éviter un peu mieux les sujets sensibles et aborder des questions plus personnelles sur la vie des uns et des autres.

Lors de notre marche en direction du sud, où nous essayons sans toujours de succès de revoir certains immeubles particulièrement notables qu’Olga nous avait évoqués sur notre chemin en voiture, nous cherchons un café pour nous poser et tombons sur Vera ! Une voyageuse Belge que nous avions croisés à la gare de Turkestan. Nous passons un petit moment très agréable à boire des cafés au soleil de fin d’après-midi, à discuter de nos expériences. Vera doit avoir une cinquantaine d’années, elle est infirmière de métier, voyage seule, et elle est passée par le Turkménistan, avant d’arriver au Kazakhstan. Son expérience semblait assez intense, c’était très chouette de la rencontrer de nouveau complètement par hasard dans une ville de 2 millions d’habitants, un de ces moments, qui comme seuls les voyages peuvent le faire, feraient un instant croire à la destinée.

Alors que nous prenons congés de Vera, qui va repartir pour l’Europe le soir même, je suis un peu encombré entre l’appareil photo et mes sacs, le sol se dérobe sous mon pied droit. Je me rattrape comme je peux, mais je chute en maintenant mon appareil photo en l’air, bref j’évite que l’appareil tape le sol, mais c’est mon genoux gauche qui encaisse. Heureusement que je ne me suis pas coincé le tibia dans la grille d’évacuation d’eau, sans quoi j’aurais vraiment pu me casser la jambe. Bref je n’ai que des égratignures mais une seconde d’inattention peut coûter cher, car ici les plaques d’égouts branlantes et les grilles manquantes sont légions.

Nous avons marché jusqu’à la place de l’indépendance, en faisant le tour au soleil couchant et passant par le parc jouxtant la résidence présidentielle. Après quoi nous sommes rentrés tranquillement après une bonne petite marche de 16 km tout de même.


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La machine à laver l’histoire


15 au 17 octobre 2026

Après avoir failli dire « nique » à Taraz pour rejoindre plus rapidement Almaty, nous y sommes finalement arrivés et avons rejoint notre logement à pied, en mode économie, une petite heure de marche dans la douceur de la fin d’après-midi. Ici, il n’y a pas toujours de trottoirs et les véhicules roulent vite, il faut donc prendre soin de ne pas empiéter sur la route. Parfois des arbres un peu sauvages débordent et obligent à s’y déporter, c’est là qu’il faut être particulièrement prudent.

Taraz est une ville d’environ 400 000 habitants, avec de grandes rues larges. Il y a un peu d’air, ça me semble plus agréable que Turkestan, pas dur, me direz-vous vu que là-bas, l’air est empuanti en permanence, de jour comme de nuit, par des feux d’ordures ou de je ne sais quoi, et mieux que Shimkent car c’est plus petit, il y a donc un peu moins de circulation.

Nous retrouvons notre hôte, à l’arrière d’un immeuble, un grand type vêtu sportivement et très accueillant. L’appartement est grand, un peu destroy comme d’habitude, tout est un peu branlant, les prises ne tiennent pas banchées… et la cuisine est verte flashy, c’est ce qui m’avait attiré ! Dans l’ensemble c’est parfait, nous sortons immédiatement acheter de la lessive car il nous faut lancer plusieurs machines, notre stock de linge propre n’étant plus très conséquent.

Pour que vous vous rendiez compte car nous ne l’avons pas encore évoqué, nous sommes partis avec chacun une dizaine de jours de vêtements au maximum (du chaud et du froid). Personnellement, j’ai pris de vieilles chemises que j’espère bien finir pendant le voyage, 3 polaires et un coupe vent. Cela nous fait des sacs chargés pour moi de 20 kg (dont 10 de matériel photo et électronique) et pour Abéona de 15kg. On est quand même partis avec du confort, mais pas de quoi se flinguer le dos non plus. Ce qui nous permet de marcher une demi journée avec sans encombre, nos gros sacs contenant de plus petits sacs que nous utilisons dès nos logements rejoints.

Nous lançons donc nos lessives, bossons un peu, croquons quelques Qurts et cornichons en guise d’apéro avant de sortir manger. A propos, je crois que j’ai fait sombrer Abéona dans ma folie, elle s’est motivée pour écrire toutes nos aventures à Shimkent ! Je m’en suis d’abord un peu voulu : j’ai eu peur que ça soit parce qu’elle en avait marre de me voir bosser et voulait me soulager. En cours de route, je suis un peu rassuré car j’ai l’impression que ça commence à lui plaire… Maintenant, il va juste falloir trouver un équilibre, que je parvienne à décrocher de temps en temps, car j’ai parfois du mal à m’arrêter quand je suis lancé dans un truc.

Note à destination des geeks, libristes, adminsys et autres régisseurs.

J’évoque rapidement mes galères de VPN, qui ont été très pénibles à Taraz. Sachez que le protocole Wireguard ne passe pas correctement, il a tendance à être bloqué, Openvpn est beaucoup plus fiable. Or laisser le choix du protocole VPN en mode auto ne fonctionnait pas pour moi (chez Cyberghost), je voulais régler ça avant de continuer à avancer. La sécurité des données personnelles étant de plus en plus importante partout, elle permet même en France d’avoir accès à toute l’information et pas à la seule partie filtrée à laquelle on veut bien vous laisser accéder. Cela permet aussi de garder un précieux anonymat, de plus en plus compromis. Bref, vu que je ne suis pas admin système, j’y ai passé trop de temps à force d’essais/erreurs, pour trouver d’où venait le problème, mais ça devrait être terminé. Comme quoi, malgré le fait que, déformation professionnelle, j’avais tout testé soigneusement plusieurs mois avant de partir, il y a toujours des imprévus.

Que dire de la ville en soit, c’est une ville agréable, plus calme que Shymkent, plus respirable, dans laquelle il serait sans doute bon de s’arrêter quelques jours pour se reposer. Elle est censée être un monument d’histoire. C’est ici que dixit wikipédia, lors d’une bataille historique entre Arabes et Chinois, les premiers auraient récupéré les secrets de la pâte à papier. Excitant me direz vous, certes, sauf qu’ici comme partout ailleurs depuis notre arrivée dans le pays, tout ce qui est historique est systématiquement du fake, reconstruit, remanié… A l’image d’Astana, cette capitale décrétée du jour au lendemain (conçue par l’architecte Kishō Kurokawa) mais qui a pour elle une certaine magnificence. Il n’y a ici guère que quelques ruines archéologiques (comme à Turkestan où le site semble en chantier depuis des années sans explication) qui subsistent péniblement. Ou parfois un monument religieux, mais la plupart du temps à Turkestan comme à Taraz, on a construit un quartier de toutes pièces ou une citadelle en carton-pâte pour les touristes, pour exalter la gloire culturelle du pays qui, soyons honnête, est soit un fantasme, soit a disparu depuis longtemps…

En soit ce n’est peut-être pas si grave, nous autres occidentaux avons une frénésie de fixer tout dans le marbre, alors qu’après tout rien n’est réellement éternel et que c’est sans aucun doute aussi un peu artificiel. Mais le problème c’est que ça laisse la place à toutes les manipulations. Ici le problème se nomme Nazarbaïev, l’ancien président (pour ne nommer que lui), il a manifestement fait en sorte de tout remodeler, tout s’approprier : on ne compte plus le nombre de monuments à son initiative pour exalter la nation kazakh, sa culture… Et bien sûr, chacune de ses initiatives est toujours glorifiée : car c’est lui le grand constructeur de la nation Kazakh !

Traduction (automatique) de la stèle

« Ceux qui se sont installés au Kazakhstan et en ont fait leur seconde patrie sont reconnaissants de la douceur et de la sainteté de l’esprit du peuple Kazakh. Durant les années qui ont suivi l’indépendance de notre pays, le dirigeant de la nation, N.A. Nazarbaïev, a accordé une attention particulière à l’unité, à l’amitié, et à l’égalité des droits entre les citoyens. Preuve manifeste de cet engagement, l’assemblée du peuple kazakh a été créée en 1995 dans notre pays, une première parmi les pays de la CEI, et le 1er mai de cette année-là a été proclamé journée de l’unité du peuple Kazakh. »
Pour éclairer ces informations sur les institutions du Kazakshstan, Nazarbaïev lui même et la CEI je vous incite à visiter les pages Wikipédia pour vous faire une première idée sur le sujet.

A l’arrière plan derrière les écolières on distingue la stèle. Au fond c’est le « grand bazaar ».
L’envers de l’endroit : il s’agit juste d’un décor…

En réalité c’est assez fatiguant, et la vraie histoire Kazakh, elle, disparaît derrière tout cela, car les lieux ont disparu, ont été détruits, ont été déplacés, bref… c’est un véritable gâchis. A Taraz, des bâtiments flambants neufs, certes très beaux ont été construits, ici un clocher, là une mosquée, ici des bains, là un musée… mais presque rien ne date d’avant le 20ème siècle. C’est un peu comme ces parcs d’attractions qu’on trouve ici dans tous les parcs des villes, Taraz ne fait d’ailleurs pas exception. On a prévu que les touristes viennent se divertir… mais des touristes il y en a peu et ce n’est certainement pas ça qui les attirera, pas davantage que les centres commerciaux géants dont le pays semble friand.

Nous sommes restés un soir et une journée à Taraz. Le lendemain de notre arrivée, nous avons fait une ballade qui nous aura emmenés à travers le quartier « touristique » jusqu’au « Grand Bazaar » un immense hangar désert sur plusieurs étages avec de nombreux stands de vêtements, assez peu de nourriture, contrairement à celui de Shimkent beaucoup plus fourni en la matière. Mais les lieux semblent aussi beaucoup plus officiels, c’est tellement calme qu’on se demande vraiment s’ils arrivent à vendre quoi que ce soit, et pourtant il y a profusion. A l’extérieur, l’endroit est cerné par des petits stands de fruits et légumes plus roots, au loin on distingue les montagnes. Après cette excursion, le soir, nous nous replions dans un café, le Sabayon, un endroit très agréable calme et feutré de nombreux tapis, où nous buvons un excellent thé au gingembre et où nous mangerons aussi un morceau.

Je suis donc un peu déçu par Taraz, car cette mythification de l’histoire m’avait un peu mis l’eau à la bouche, mais j’ai beaucoup d’espoir lorsque nous montons dans le train pour Almaty le matin vers 9h, sur le chemin les contreforts du Tian shan annoncent notre voyage futur au Kirghizistan. A la gare, on l’annonce d’ailleurs encore Alma-Ata : l’ancien nom soviétique… Almaty semble être la capitale culturelle du pays, et je compte sur Olga, une amie d’ami que j’ai contactée et qui vit sur place, pour nous livrer des clefs quant à cette cité et sur le Kazakhstan en général. Ce soir après 8 heures de train, nous y serons et dès 8 heures demain matin, nous la retrouvons et passerons la journée ensemble. Je suis donc tout excité à l’idée d’avoir enfin des réponses à toutes mes questions.


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