15 au 17 octobre 2026
Après avoir failli dire « nique » à Taraz pour rejoindre plus rapidement Almaty, nous y sommes finalement arrivés et avons rejoint notre logement à pied, en mode économie, une petite heure de marche dans la douceur de la fin d’après-midi. Ici, il n’y a pas toujours de trottoirs et les véhicules roulent vite, il faut donc prendre soin de ne pas empiéter sur la route. Parfois des arbres un peu sauvages débordent et obligent à s’y déporter, c’est là qu’il faut être particulièrement prudent.
Taraz est une ville d’environ 400 000 habitants, avec de grandes rues larges. Il y a un peu d’air, ça me semble plus agréable que Turkestan, pas dur, me direz-vous vu que là-bas, l’air est empuanti en permanence, de jour comme de nuit, par des feux d’ordures ou de je ne sais quoi, et mieux que Shimkent car c’est plus petit, il y a donc un peu moins de circulation.



Nous retrouvons notre hôte, à l’arrière d’un immeuble, un grand type vêtu sportivement et très accueillant. L’appartement est grand, un peu destroy comme d’habitude, tout est un peu branlant, les prises ne tiennent pas banchées… et la cuisine est verte flashy, c’est ce qui m’avait attiré ! Dans l’ensemble c’est parfait, nous sortons immédiatement acheter de la lessive car il nous faut lancer plusieurs machines, notre stock de linge propre n’étant plus très conséquent.
Pour que vous vous rendiez compte car nous ne l’avons pas encore évoqué, nous sommes partis avec chacun une dizaine de jours de vêtements au maximum (du chaud et du froid). Personnellement, j’ai pris de vieilles chemises que j’espère bien finir pendant le voyage, 3 polaires et un coupe vent. Cela nous fait des sacs chargés pour moi de 20 kg (dont 10 de matériel photo et électronique) et pour Abéona de 15kg. On est quand même partis avec du confort, mais pas de quoi se flinguer le dos non plus. Ce qui nous permet de marcher une demi journée avec sans encombre, nos gros sacs contenant de plus petits sacs que nous utilisons dès nos logements rejoints.
Nous lançons donc nos lessives, bossons un peu, croquons quelques Qurts et cornichons en guise d’apéro avant de sortir manger. A propos, je crois que j’ai fait sombrer Abéona dans ma folie, elle s’est motivée pour écrire toutes nos aventures à Shimkent ! Je m’en suis d’abord un peu voulu : j’ai eu peur que ça soit parce qu’elle en avait marre de me voir bosser et voulait me soulager. En cours de route, je suis un peu rassuré car j’ai l’impression que ça commence à lui plaire… Maintenant, il va juste falloir trouver un équilibre, que je parvienne à décrocher de temps en temps, car j’ai parfois du mal à m’arrêter quand je suis lancé dans un truc.
Note à destination des geeks, libristes, adminsys et autres régisseurs.
J’évoque rapidement mes galères de VPN, qui ont été très pénibles à Taraz. Sachez que le protocole Wireguard ne passe pas correctement, il a tendance à être bloqué, Openvpn est beaucoup plus fiable. Or laisser le choix du protocole VPN en mode auto ne fonctionnait pas pour moi (chez Cyberghost), je voulais régler ça avant de continuer à avancer. La sécurité des données personnelles étant de plus en plus importante partout, elle permet même en France d’avoir accès à toute l’information et pas à la seule partie filtrée à laquelle on veut bien vous laisser accéder. Cela permet aussi de garder un précieux anonymat, de plus en plus compromis. Bref, vu que je ne suis pas admin système, j’y ai passé trop de temps à force d’essais/erreurs, pour trouver d’où venait le problème, mais ça devrait être terminé. Comme quoi, malgré le fait que, déformation professionnelle, j’avais tout testé soigneusement plusieurs mois avant de partir, il y a toujours des imprévus.
Que dire de la ville en soit, c’est une ville agréable, plus calme que Shymkent, plus respirable, dans laquelle il serait sans doute bon de s’arrêter quelques jours pour se reposer. Elle est censée être un monument d’histoire. C’est ici que dixit wikipédia, lors d’une bataille historique entre Arabes et Chinois, les premiers auraient récupéré les secrets de la pâte à papier. Excitant me direz vous, certes, sauf qu’ici comme partout ailleurs depuis notre arrivée dans le pays, tout ce qui est historique est systématiquement du fake, reconstruit, remanié… A l’image d’Astana, cette capitale décrétée du jour au lendemain (conçue par l’architecte Kishō Kurokawa) mais qui a pour elle une certaine magnificence. Il n’y a ici guère que quelques ruines archéologiques (comme à Turkestan où le site semble en chantier depuis des années sans explication) qui subsistent péniblement. Ou parfois un monument religieux, mais la plupart du temps à Turkestan comme à Taraz, on a construit un quartier de toutes pièces ou une citadelle en carton-pâte pour les touristes, pour exalter la gloire culturelle du pays qui, soyons honnête, est soit un fantasme, soit a disparu depuis longtemps…


En soit ce n’est peut-être pas si grave, nous autres occidentaux avons une frénésie de fixer tout dans le marbre, alors qu’après tout rien n’est réellement éternel et que c’est sans aucun doute aussi un peu artificiel. Mais le problème c’est que ça laisse la place à toutes les manipulations. Ici le problème se nomme Nazarbaïev, l’ancien président (pour ne nommer que lui), il a manifestement fait en sorte de tout remodeler, tout s’approprier : on ne compte plus le nombre de monuments à son initiative pour exalter la nation kazakh, sa culture… Et bien sûr, chacune de ses initiatives est toujours glorifiée : car c’est lui le grand constructeur de la nation Kazakh !

Traduction (automatique) de la stèle
« Ceux qui se sont installés au Kazakhstan et en ont fait leur seconde patrie sont reconnaissants de la douceur et de la sainteté de l’esprit du peuple Kazakh. Durant les années qui ont suivi l’indépendance de notre pays, le dirigeant de la nation, N.A. Nazarbaïev, a accordé une attention particulière à l’unité, à l’amitié, et à l’égalité des droits entre les citoyens. Preuve manifeste de cet engagement, l’assemblée du peuple kazakh a été créée en 1995 dans notre pays, une première parmi les pays de la CEI, et le 1er mai de cette année-là a été proclamé journée de l’unité du peuple Kazakh. »
Pour éclairer ces informations sur les institutions du Kazakshstan, Nazarbaïev lui même et la CEI je vous incite à visiter les pages Wikipédia pour vous faire une première idée sur le sujet.



En réalité c’est assez fatiguant, et la vraie histoire Kazakh, elle, disparaît derrière tout cela, car les lieux ont disparu, ont été détruits, ont été déplacés, bref… c’est un véritable gâchis. A Taraz, des bâtiments flambants neufs, certes très beaux ont été construits, ici un clocher, là une mosquée, ici des bains, là un musée… mais presque rien ne date d’avant le 20ème siècle. C’est un peu comme ces parcs d’attractions qu’on trouve ici dans tous les parcs des villes, Taraz ne fait d’ailleurs pas exception. On a prévu que les touristes viennent se divertir… mais des touristes il y en a peu et ce n’est certainement pas ça qui les attirera, pas davantage que les centres commerciaux géants dont le pays semble friand.


Nous sommes restés un soir et une journée à Taraz. Le lendemain de notre arrivée, nous avons fait une ballade qui nous aura emmenés à travers le quartier « touristique » jusqu’au « Grand Bazaar » un immense hangar désert sur plusieurs étages avec de nombreux stands de vêtements, assez peu de nourriture, contrairement à celui de Shimkent beaucoup plus fourni en la matière. Mais les lieux semblent aussi beaucoup plus officiels, c’est tellement calme qu’on se demande vraiment s’ils arrivent à vendre quoi que ce soit, et pourtant il y a profusion. A l’extérieur, l’endroit est cerné par des petits stands de fruits et légumes plus roots, au loin on distingue les montagnes. Après cette excursion, le soir, nous nous replions dans un café, le Sabayon, un endroit très agréable calme et feutré de nombreux tapis, où nous buvons un excellent thé au gingembre et où nous mangerons aussi un morceau.


Je suis donc un peu déçu par Taraz, car cette mythification de l’histoire m’avait un peu mis l’eau à la bouche, mais j’ai beaucoup d’espoir lorsque nous montons dans le train pour Almaty le matin vers 9h, sur le chemin les contreforts du Tian shan annoncent notre voyage futur au Kirghizistan. A la gare, on l’annonce d’ailleurs encore Alma-Ata : l’ancien nom soviétique… Almaty semble être la capitale culturelle du pays, et je compte sur Olga, une amie d’ami que j’ai contactée et qui vit sur place, pour nous livrer des clefs quant à cette cité et sur le Kazakhstan en général. Ce soir après 8 heures de train, nous y serons et dès 8 heures demain matin, nous la retrouvons et passerons la journée ensemble. Je suis donc tout excité à l’idée d’avoir enfin des réponses à toutes mes questions.

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