Karaganda, 6 octobre 2026
Comme à notre habitude, nous prenons notre temps et partons dans la matinée pour aller faire un tour et visiter notre quartier d’habitation. Cela confirme ce que nous avions déjà vu, des barres d’immeubles austères et décrépies, des rues avec des nids de poules, des flaques dans des trous de bitume, de la boue… De la rouille, de la taule, de la suie… Partout et toujours depuis Astana, de grand tuyaux semblant être isolés au mieux finissent toujours à nu ici et là et prédominent partout à l’air libre dans les quartiers d’habitation modestes. On ne sait pas ce qu’ils transportent, probablement du fioul (ou du gaz) ? Ils dessinent les contours du paysage urbain, longent les murs, détourent les portails, passent au dessus des rues, transportant leur précieux contenu partout, parfois jaunes, parfois recouverts de tôle galvanisée, parfois emballés dans des tissus pour les protéger du froid.


Des morceaux de tôle aussi fondent le décor, ils servent souvent de toits, de clôtures d’un peu de tout à vrai dire, mais ils ont parfois tellement de trous qu’on se demande comment certaines bicoques tiennent encore debout, elles semblent parfois avoir vécu le pire. Si les gens ne le paraissent pas trop, le dénuement est là, il transpire des habitations vétustes. Tout comme les voitures qui exaltent les contrastes sociaux, ici, les pick-up ou SUV énormes valant une fortune, côtoient la bagnole tombant en ruine du livreur Yandex. Le Kazakhstan est sans doute riche, de ressources, de savoirs faire, simplement, tout le monde ne semble pas en profiter. Cela va sans doute être le défi à relever, est-ce que cela passera par plus d’autonomie vis-à-vis de la Russie, ou au contraire par le fait de maintenir ces liens intriqués entre les deux pays ? L’avenir nous le dira…
En tout cas, aujourd’hui d’apparence extérieure beaucoup de choses sont assurées par la russie ou ses ressortissants, de l’assainissement, au logement, au transport… mais la langue est aussi omniprésente, tout le monde parle indifféremment russe ou kazakh et d’après des personnes rencontrées, les deux langues sont toujours enseignées à l’école (le russe est toujours une langue officielle) ce qui floute encore les contours. L’indépendance date pourtant de 91, mais c’est le dernier pays du bloc soviétique à avoir coupé le cordon. Mon ressenti, c’est que c’est le premier pays de l’ère soviétique que je visite où j’ai la sensation que l’URSS pourrait ne pas être tout à fait morte… mais ce n’est que mon avis, et pour plus de contexte je vous conseille cet article sur la question.
Sur notre chemin, un grand parc battu par les vents témoigne de moments plus chauds dans l’année, où les Kazakhs doivent venir se détendre en famille. A cette saison, en revanche, comme souvent, il y a des attractions désertes, des manèges abandonnés aux intempéries, mais aussi des petites niches flottant comme des radeaux sur le lac pour que les cygnes et autres canards puissent s’y abriter lorsque le froid sera trop rude. Sur un îlot, au milieu de ce même lac, on est surpris par la présence, quelque peu incongrue, d’une sculpture de baleine en fil de fer. Plus loin, des arbres avec des cadenas sont une place réservée pour que les amoureux puissent assouvir leurs fantasmes de possession éternelle.

Nous sortons du parc, nous croisons un chantier où d’énormes pipelines sont en train d’être enterrés et scellés : dans certains quartiers, il semble donc que les conduites, apparentes dans les quartiers modestes, soient pudiquement camouflées. Nous nous installons pour boire un café, car comme souvent dans l’après midi ces temps-ci, le temps a tourné en milieu de journée et le soleil a laissé la place à un ciel chargé et quelques gouttes commençaient à tomber. Lorsque nous ressortons, la pluie s’est installée et c’est donc sous la pluie que nous allons voir le mémorial érigé à Yuri Gagarine.

Le soir nous allons nous encanailler dans un bar tenu par un petit russe rondouillard et jovial : le Tikhii Omut. Il est très prévenant et amical, et propose une carte de cocktails interminable et invraisemblable, tout autant qu’illisible pour nous. Le traducteur automatique attire mon attention sur deux d’entre eux : « Bonjour Gagarine » et « Au revoir Gagarine » les recettes sont mentionnées comme secrètes sur la carte, rien de tel pour m’émoustiller. Bref je conseille le « Au revoir Gagarine », mais attention à la poussée verticale, c’est quand même destiné aux cosmonautes ;-).

