Parenthèse sur le processus d’écriture de la lumière… 

Photo prise par Abéona

Si Philémon s’attache chaque jour à vous transmettre le déroulé de notre aventure, en mots et en photos, de mon côté je découvre plus avant et dans son habitat naturel, les habitudes et les comportements de cette curieuse créature qu’est le photographe…

Vous êtes peut-être plus à même que moi de vous le figurer si vous prenez vous-mêmes des photos lors de vos vacances ou dans les événements, importants ou banals, de votre vie. Ce n’est pas mon cas, je n’en prends quasiment jamais. Mes proches peuvent en témoigner, ils me passent d’ailleurs commande afin d’espérer obtenir au moins un échantillon de mes voyages…

Au-delà donc de la découverte de nouveaux lieux, langues, personnes, manières de vivre… Je découvre le voyage du photographe – et surtout avec lui car je n’en prends, pour l’instant, toujours pas tant moi-même. En même temps, tout est déjà fait, et certainement bien mieux ! 😉 Ah si ! J’en prends quand même quelques unes du principal sujet de cet article, qui sinon reste dans l’ombre du récit de ce voyage…

Afin de poser un peu le contexte, il faut d’abord revenir aux préparatifs du voyage. Le premier point : le matériel ! Armé seulement d’un sac à dos pour 6 mois d’itinérance à travers l’Asie, le photographe pense au-delà des nécessités du commun des voyageurs… Il faut parer à toute éventualité photographique ! D’abord, un appareil photo avec 2 objectifs, dont les caractéristiques techniques permettent d’ouvrir le champ des possibles en fonction des contraintes extérieures et des sujets. C’est vrai, on ne peut jamais prévoir ce sur quoi l’on va tomber ! Ensuite, une GoPro = 2 avantages, premièrement sa taille réduite qui favorise le mode furtif (fort utile dans le bazar de Turkestan par exemple, lorsque l’on se fait recadrer par un policier à cause d’un appareil trop voyant) et deuxièmement la possibilité de faire des plans larges (même si cela entraîne parfois des déformations massives, malheur à celui ou celle qui a son visage sur le bord du cadre ! ). Et enfin, un drone pour la prise de hauteur ! Mais à ces appareils, dont l’usage principal consiste en la prise d’image, s’ajoute les batteries, les chargeurs, les filtre ND (« densité neutre » ; pour contrôler le soleil ou la lumière, explication pour les amateurs), le kit de nettoyage, les cartes SD pour stocker les images et bien sûr un ordinateur pour retravailler le tout une fois rentré. 

Pour les détails techniques de tous ces objets complexes et énigmatiques, je vous laisse le soin d’interroger le principal intéressé ! Je ne suis pas encore totalement bilingue en langage photographique.

Bien, maintenant que le sac est bouclé nous pouvons partir ! Mais pas trop vite pardi ! Car voyager avec un photographe c’est faire l’expérience d’une autre temporalité…

S’arrêter : parfois devant l'évidence, parfois moins. Un monument, une ruelle, les tuyauteries, l'horizon, une personne, tout peut devenir un motif d'un arrêt sur image, d'une mise en pause de la trajectoire globale de déambulation...
Se mettre en place : enlever le cache poser son oeil, faire rouler lentement les bagues de l'objectif, viser... et parfois recommencer !
Attendre : l'ouverture, le bon moment – Quand est-ce qu’il n’y aura plus de voitures sur cette 4 voies de malheur ?!
Grimper : sur tout ce qui se présente pour prendre de la hauteur. Ou au contraire, poser l'appareil au sol, ça marche aussi... C'est une affaire de point de vue !
Se mouvoir : Faire plusieurs fois le tour d'un sujet et l'éplucher sous toutes les coutures possibles... Prendre une image, puis revenir sur ses pas pour trouver le bon angle. Traverser la rue, voire rester au milieu du passage piéton (le processus photographique met parfois à mal les instincts de survie)...
Photo prise par Abéona

A y regarder de plus près, on dirait presque une danse… Un pas en avant, deux pas en arrière, un pas chassé à gauche… Ah le voilà bien centré ! Comme une danse au service de l’image, où le photographe se dote d’un 3e oeil pour révéler, à travers l’écriture de la lumière, son message. Car oui, au-delà de l’esthétique, serez-vous capable de discerner le message latent ou implicite de chacune des images ?

Aux côtés du photographe, toute personne fait donc également l’expérience d’une autre temporalité de voyage… car les mouvements qu’il opère résonnent sur son environnement : arrêts imprévus et imprévisibles parfois, quelques pas de recul pour ne pas être dans le champ (quand il ne vous demande pas de poser pour la photo ! ), changements de trajectoire… Il faut savoir écouter son partenaire et également partir du bon pied pour le suivre !


Mais la photographie s’avère également être une source de communication quand les mots manquent et que les applications fonctionnent mal ! On dit qu’une image vaut mille mots, dans certaines circonstances cela se vérifie. Les interactions dans les trains en sont assez régulièrement colorées : photos de trophées de chasse, de prouesse d’équitation avec des chevaux sauvages, de plats cuisinés, de périodes de vie (service militaire pour ces jeunes hommes rencontrés entre Turkestan et Chimkent)… Autant de fenêtres ouvertes sur des vies qui nous sont pourtant parfois si éloignées ! Si en psychologie on utilise le photolangage, je crois que ce mot n’a jamais eu autant de sens pour moi. 

Photo prise par Abéona

Mais prendre une photo peut aussi être l’objet d’une rencontre, brève mais tout de même, une rencontre. Plusieurs fois, depuis notre arrivée à Turkestan (et tous les jours qui ont suivi), des passants ont arrêté Philémon, en action ou pas, mais toujours l’appareil autour du cou, pour qu’il les prenne en photo. Je me demande quel pourrait être le message de ces portraits, de famille ou seul, aban/donnés à un inconnu au coin d’une rue ? 


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