La caravane de l’étrange


10 octobre 2026

Aujourd’hui c’est Caravansérail, normalement c’est un peu l’étape des caravanes à travers le désert, le ravitaillement, le lieu d’échange, de business… ce qui s’annonce ici c’est plutôt le dernier point et seulement celui là. Manifestement un quartier a été construit de toutes pièces avec des hôtels flambants neufs et déserts. Lorsque nous y entrons, un homme avec un talkie, un badge de sécurité, un costume et un air patibulaire vient nous voir. Il nous parle, évidemment nous ne comprenons rien, nous lui répondons en anglais en lui disant que nous sommes français, lorsqu’il semble comprendre que c’est la vérité, il se détend et nous dit « Venise » en désignant une direction et nous laisse là… comme si c’était une blague.

Passées les quelques secondes de stress que cette interaction nous a générée, dans la direction indiquée nous passons sous des arcades, de la musique résonne, nous découvrons d’étranges « cailloux chantants » comme Abéona les désigne avec poésie : en fait une vulgaire enceinte planquée dans un faux caillou… nous entrons dans le domaine du spectacle 😉, quelle belle façon d’enjoliver le réel !

Nous débouchons sur une grande place avec un lac artificiel et une fausse épave au milieu, des petites barques ou pédalos à la location pour naviguer sur des canaux artificiels, le tout cerné par des commerces destinés aux touristes, et un « coffee boom » dont nous profitons pour faire halte car le café se fait rare. Étrange quartier en vérité, un peu en carton, et derrière le décor il n’y a juste… rien. Sur des hectares, du vide, un espoir de tourisme qui semble déjà déçu, un peu comme cet immense no-man’s-land autour du mausolée, l’idée d’un visionnaire que le réel aurait soudainement arrêté, un rêve entravé par la réalité… il y a une grande tristesse là dedans…

Nous nous en éloignons rapidement fuyant cet idéal échoué, en passant devant une espèce de gros œuf d’or… Abéona me signale que ce doit être en rapport à la légende locale similaire à celle de la tour Bayterek à Astana, de l’aigle à l’œuf d’or… bien vu ! Ici il s’agit d’une espèce de cinéma immersif, genre de futuroscope local ou de manège… selon comment on le perçoit.

Plus loin en direction d’un parc, nous arrivons à la mosquée Khoja Ahmad Yassawi, dont la zone de prière est entièrement vitrée, de sorte que cette partie, qui semble assez privée en général, est ici entièrement visible depuis l’extérieur, étonnant… étonnant aussi à quel point les pigeons et autres volatiles ont élu domicile sur le bâtiment, à tel point qu’il vaut mieux ne pas s’en approcher 😂!

Plus loin dans le parc se trouve une zone en hommage au premier président, une espèce de tertre avec un point de vue sympathique, où figurent des sculptures exaltant certains mythes fondateurs du Kazakhstan. Une bonne odeur de propagande en émane sous un soleil radieux.

Nous décidons de contourner le parc par l’ouest afin de revenir tranquillement, et nous croisons un parc pour enfant à côté duquel une musique électro est diffusée, manifestement par un agent de sécurité qui nous regarde passer pendant que des enfants se balancent au bout d’un tourniquet en riant. Alors que nous nous acheminons vers la sortie, au bout d’un kilomètre environ, un vélo nous rattrape. Le même agent, en descend, jovial, et vient à notre rencontre, nous nous arrêtons un peu interloqués, en s’apercevant quelques instants plus tard qu’il souhaite prendre une photo avec nous ! Le visage illuminé par un grand sourire, une fois son forfait accompli il disparaît comme il était venu, on a vraiment l’impression d’être des curiosités, mais quand ça génère autant de bonne humeur c’est vraiment un bonheur !

Le soir nous retournons manger au même endroit que la veille et nous testons un samsa spécial, en fait une soupe avec de la viande d’agneau couverte par une pâte, un guyru lagman (pâtes longues maison avec du poivron et un bouillon épicé), et une salade Kazakhe (brunoise de concombres, oignons, blancs d’oeuf dur, mayonnaise à l’ail un peu sucrée, cebette, brunoise de boeuf, petits croûtons), avec du thé, nous sommes ravis ! Franchement cet endroit est providentiel, ça nous a permis de goûter à plusieurs plats traditionnels avec un super rapport qualité/prix. Et quel autre plaisir plus important que la bouffe ? C’est vraiment une des découvertes fondamentales pour nous, alors nous en profitons à fond !


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