Séville


Séville est résolument une ville surprenante pour un européen qui ne connaît pas son histoire ! Riche d’une histoire millénaire et d’influences aussi bien musulmanes que chrétiennes, capitale du flamenco dont ça semble être un business intense, c’est un endroit très touristique. J’ai décidé comme souvent de ne pas visiter les circuits imposés d’une part car je déteste faire la queue et prendre des bains de foule, d’autre part car je voulais limiter mon budget.

A l’heure ou je fais ce voyage l’Alcazar royal est « à partir de 20 euros » sur le site « tiqets » mais en réalité je ne trouve pas à moins de 28 euros et pour le lendemain car ce n’est pas possible le jour même. La cathédrale est quant à elle à 17,50 euros. Je trouve que c’est beaucoup même si c’est probablement le tarif dans d’autres villes comme par exemple les villes italiennes riches en patrimoine de la renaissance comme Florence ou Rome. Par contre en Espagne les églises sont toutes fermées ou payantes, soit c’est l’église, soit c’est le gouvernement qui a abandonné ou décidé de rentabiliser ses lieux de culte… quel dommage ! J’adore pouvoir rentrer dans n’importe quelle petite église et être ébahi comme à Rome par exemple…

Bref, j’ai décidé de passer outre ces écueils et de faire à l’économie ! En gros : de la ballade ! Et comme visite, j’ai résolu d’aller au musée des Beaux arts. La bonne nouvelle c’est que ça ne coûte rien pour les ressortissants de l’union européenne, et que c’est 1,50 euros pour les autres ! Une survivance de service public à louer ! Bref au top… et je décide de prendre les billets sur place parce que je préfère toujours parler à quelqu’un au guichet et échanger un sourire que faire ça sur le net.

Musée des Beaux Arts de Séville. Premier étage.

Grand bien m’en a pris ! Les lieux étaient calmes ! Ce n’est pas très grand (si je ne m’abuse il y a 14 salles) et je découvre des artistes surtout entre le 16ème et le 19ème.
Parmi eux quelques uns que j’avais croisé mais connaissais très mal : Francisco de Zurbarán dont les Christs en croix sont hypers impressionnants et démonstratifs.

Cristo de la Misericordia, Francisco de Zurbarán, 1635. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).

Mais aussi Bartolomé Esteban Murillo avec sa madone adolescente et le portrait de Santa Catalina de Alejandría.

Inmaculada Concepción, la Niña, Bartolomé Esteban Murillo, 1668-1669. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).


Il y avait également une exposition temporaire qui mettait en exergue la famille Bécquer notamment Joaquín Domínguez Bécquer un peintre bien dans son époque du 19ème aux toiles très variées où l’on voit de très grandes différences dans le traitement de la lumière selon la période.

Procesión del Corpus por el interior de la Catedral de Sevilla, Joaquín Domínguez Bécquer, 1845. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).

On découvre aussi Gustavo Adolfo Domínguez Bécquer, son neveu (et fils du peintre José Domínguez Bécquer) qui est l’auteur de dessins et croquis très chouettes pleins d’humour, et qui apparemment est aussi écrivain et poète, je vais m’y intéresser de plus près ;-).

Mais surtout il y a beaucoup d’œuvres du moyen-âge et de la renaissance plus ou moins intéressantes mais ou l’on découvre vraiment très progressivement l’émergence d’un certain naturalisme ou du moins un souci de réalisme qui tranche avec le côté très symboliste du moyen-âge. On voit progressivement poindre une précision dans les textures, l’anatomie etc.

C’est vraiment bien de pouvoir prendre conscience de l’émergence de certains styles au travers de plusieurs artistes sur une période d’une cinquantaine d’années. En tout cas j’ai trouvé cela très didactique.

J’ai donc passé un excellent moment même si ce n’est pas un très grand musée, franchement c’était très agréable, pas trop blindé et ça permettait de faire de vraies découvertes.

Giovanni Battista Ruoppolo
Détail de « Bodegón con uvas y manzanas », Giovanni Battista Ruoppolo, 1660.

Notamment, j’ai découvert une variété de raisin incroyable que je n’avais jamais vue ! Avec des grains très allongés qui n’ont rien à voir avec quoi que ce soit que j’ai jamais vu sur les marchés ou chez les primeurs. Comme quoi les natures mortes révèlent des trésors ! Je l’ai retrouvé dans des natures mortes chez les artistes Giambattista Ruoppolo, italien et Francisco Barrera, espagnol donc c’est que cela devait être assez répandu !

Je n’en ai jamais vu de nos jours, j’espère donc que j’aurais l’occasion de le goûter, à moins que ça ne se soit complètement perdu aujourd’hui, en tout cas en peinture il semble très appétissant.

J’ai donc pu me balader beaucoup dans tout Séville, l’on se perd dans des petites rues étroites conçues pour éviter le soleil. On tombe sur des petites cours intérieures dotées de fontaines et garnies de plantes. Je vous recommande le voyage, mais impérativement hors saison, je n’imagine pas en saison la foule qui doit s’y rendre mais ça doit être un enfer de chaleur et de population…

Quelque part dans le parc de Maria Luisa.
La Cathédrale de Séville.

Modifié le

à

par

822 mots

Ballade au Kunst Museum de Bâle


J’ai passé quelques jours à Bâle pour des raisons professionnelles, mais si je n’ai pas pu visiter en détail la ville car le temps m’a manqué, j’ai en revanche suivi les conseils avisés d’un ami, en décidant de visiter les collections permanentes du Kunstmuseum.

Grand bien m’en a pris, car je dois avouer que c’est l’un des plus beaux musées qu’il m’ai été donné de voir. Le lieu est très agréable et l’exposition permanente est très bien mise en valeur.

De nombreux grands noms y sont présents à tel point que cette richesse, est au final une orientation qui pénalise, d’une part, les œuvres contemporaines et d’autre part, bien sûr les femmes et les minorités. En effet, dans le musée il est précisé qu’un effort est fait pour compenser, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire : sans exagérer sur plusieurs centaines d’artistes, seules une vingtaine de femmes sont représentées…

Au delà de ce problème qui touche malheureusement beaucoup de grands musées, on apprend (ou remarque à nouveau) que la condition des femmes si elle n’a jamais été reluisante s’est manifestement aggravée au 19ème siècle.

Auparavant certaines femmes pouvaient accéder à un peu de reconnaissance et de postérité en tant qu’artistes ce qui semble plus difficilement le cas ensuite.

Parmi celles qui m’ont marqué, je retiendrais Sophie Taeuber-Arp, parce qu’étant la compagne de Jean/Hans Arp et décédée malheureusement une vingtaine d’années plus tôt que lui, on l’a un peu oubliée alors que son travail me semble avoir autant de valeur que celui de son mari. Charlotte Posenenske une artiste qui travaillait à fabriquer notamment des objets en série, infiniment reproductibles et qui a décidé de changer de métier pour devenir sociologue. Et puis, Louise Lawler et son oeuvre monumentale « (Bunny) Sculpture and Painting (adjusted to fit, distorted for the times)« , elle interroge la place et le sens des œuvres d’art en photographiant les œuvres d’autres artistes (en général des hommes) dans leur contexte et en exposant le résultat modifié dans un autre contexte.

Au 16ème siècle, il y a également Catharina Van Hamessen donc voici l’autoportrait ci-contre en 1548, il s’agit du plus ancien autoportrait connu d’une femme peintre.

C’est aussi la seule reproduction d’œuvre féminine que je peux présenter ici n’ayant pas beaucoup fait de photos, j’avais bien sûr mieux à faire que de mitrailler tout le musée ;-)…

Cela dit, le Kunstmuseum propose une plateforme qui permet d’accéder à un certain nombre de reproductions des œuvres, avec de petites notices explicatives, c’est là que j’ai pu récupérer cette image (aujourd’hui libre de droits). Vous trouverez le site ici et pourrez donc aller voir vous même et constater aussi le déséquilibre que j’ai évoqué.


En résumé je ne peux que vous recommander chaudement ce musée, même si il a des lacunes, les œuvres sont nombreuses et présentées avec un soin particulier, que je n’ai pas toujours trouvé ailleurs. A ce titre le Moma de NYC par exemple est moins soigné (mais plus riche en art contemporain). Par contre, un conseil : prenez votre temps et ne prévoyez rien d’autre dans la journée si vous voulez vraiment en profiter, il vous faudra au minimum 3 heures pour en faire le tour, personnellement j’ai mis plus de 5 heures en prenant mon temps et sur deux jours (un jour pour la partie ancienne, et une autre matinée pour la partie après 1950).


Modifié le

à

par

557 mots