Un certain regard : cultiver l’écart sans sortir de la route.


28 octobre 2026

Comme le disait Abéona, le choix du transport (voiture ou bus), a été épineux. Car prendre les transports en commun, outre les avantages et inconvénients qu’elle a présentés, c’était pour moi renoncer à conduire une Lada Niva ! Je précise que je ne suis pas du tout fan de bagnoles, je n’y connais rien (et je suis d’ailleurs bien incapable de distinguer les voitures modernes) mais j’avoue que ça, c’est quand même tout un symbole ! Il était possible de choisir d’autres 4×4 (on évite d’emblée les autres véhicules, l’état des routes imposant un truc robuste et qui passe partout) mais ça n’aurait pas été la même expérience ! Bref, je parle de moi, mais c’est que c’est bien sur moi que reposait le choix, car Abéona ne se sentait pas trop de conduire une voiture ici. Je la comprends un peu, la conduite dans un pays étranger c’est toujours stressant, surtout quand on n’a pas les habitudes locales. De mon côté, j’étais un peu stressé aussi par cette perspective, enfin surtout en ville, parce que dès qu’on s’éloigne des centres, c’est toujours un peu plus cool.

Mais ce choix de la voiture c’était quand même un budget (environ 400 euros de location pour 6 jours) même si l’essence, ici ne vaut rien. Et puis, c’est vrai qu’on tenait quand même à voyager au plus proche des locaux (même si ici la bagnole est reine). En voiture à deux, ça aurait sans doute été une solution plus simple, et l’occasion d’aller dans des endroits incroyables, mais les transports en commun ajoutent un challenge et, il faut bien le signaler, un casse tête… tellement c’est une galère et du temps de trouver des informations. Peut-être que finalement, inconsciemment, j’étais aussi un peu feignant de me farcir des heures d’internet et d’aller-retours aux gares pour glaner les infos. Finalement je me suis rangé à l’avis d’Abéona (qui était très loin d’être imposé je tiens à le préciser), on choisit l’immersion et la galère, après tout ça peut aussi être amusant… 😥😂!

Là, je digresse un instant (que serait un blog de voyage sinon une digression permanente me direz-vous…) : on aborde un point important. Beaucoup de gens m’ont dit « waou, quelle chance de partir comme ça… » etc. Les contraintes de beaucoup (plus ou moins choisies) les empêchent de faire ce genre de choses, à ce titre c’est vrai que c’est une chance. Mais partir en voyage longue durée, ce n’est pas toujours les vacances. C’est aussi des sacrifices mine de rien, et évidemment beaucoup de travail et de fatigue, soit dit en passant. Et ça on ne s’en rend pas forcément compte avant de partir ou lorsqu’on ne voyage pas. D’une part parce qu’il y a tout cet aspect renseignement qui personnellement ne m’amuse pas trop, c’est vrai, et d’autre part parce que les transports c’est fatiguant, la logistique aussi, le gros sac, les hébergements pas toujours conforts, l’orientation, etc etc.

Cerise sur le gâteau, parce que je suis masochiste, je me suis assigné ce challenge supplémentaire de faire ce blog ! Je me rends compte que c’est aussi bien lourd à trimbaler. Au sens propre et au sens figuré bien sûr, car c’est beaucoup de questionnements, de remises en questions, de centaines d’heures de travail (oui oui !). Et puis c’est bien moi, ça, de toujours essayer d’aller au bout d’un truc un peu dingue, avec opiniâtreté, comme pour me prouver un truc à moi-même, mais ça m’a souvent exposé à des échecs cuisants ! C’est peut-être mon côté sportif 😉😁, spéciale dédicace à mon très cher ami Syl Bones qui coure et fait des « trails » de dingues ! D’autant que je m’impose toujours une exigence de zinzin, bref c’est parfois dur, je vous avoue, j’essaie de travailler à avoir suffisamment de distance avec tout ça, mais j’en chie parfois un peu. Et si je vais, je l’espère, aller au bout du voyage avec ce projet, c’est probablement parce que j’espère pouvoir en tirer un petit quelque chose professionnellement (une carte de visite de mes capacités d’écriture, un exemple de travail photographique, à défaut d’avoir assez de temps pour montrer aussi vraiment de la vidéo), mais surtout parce que je trouve que c’est finalement enrichissant et aussi trop rare de trouver un carnet de voyage qualitatif sur le net, et enfin parce que ça me touche de me dire que quelques personnes l’auront lu et que ça leur fera peut-être plaisir.

Revenons à nos moutons, il y en a pas mal par ici, en plus des chevaux et des vaches qui traversent la route (j’y reviendrai). On a dû mettre de côté l’idée d’aller à Osh, sans voiture ça allait être long, très long… on fait donc l’impasse sur la partie sud du pays. C’est une impasse importante car il y a un vrai schisme entre la partie nord et sud du pays, et cela depuis plusieurs siècles, notamment politiquement apparemment. On aurait aimé s’en rendre compte plus en détail, mais on aura plus qu’à revenir !

On part donc pour Karakol. Nous retournons à notre no man’s land initial, la gare de Bichkek est à 45 minutes de taxi de notre logement, dans le chaos qu’Abéona a décrit précédemment. Nous avisons un mini-bus qui part, un homme nous hèle « Karakol ? » on dit oui et il nous ouvre le coffre pour poser nos sacs. On lui demande combien ça coûte et dans combien de temps on part. Il nous répond « 10 minutes » en anglais, ainsi que 1000 par personne en disant « luggages »… C’est plus cher que prévu, on en déduit que ça inclut les bagages, et lorsqu’on veut le payer il refuse, ce n’est pas le moment apparemment 😉. Tout ça c’est sans se comprendre vraiment hein… Une fois que le bus est rempli, il passe auprès de tout le monde et lorsqu’on lui tend la somme discutée préalablement, il n’a pas l’air content, et répète « luggages ». Bref, tout ça sans nous expliquer et l’air agacé voire insultant. De mon côté, je prends l’air incrédule et reste calme. Il ne prend pas notre argent, part, revient puis recommence son cinéma et comme je continue à jouer celui qui ne comprend pas (car à moi, notre deal semblait clair, il n’a pas pris le temps d’expliquer, ou d’écrire quelque-chose), il finit par prendre la thune et nous laisser tranquille… Bref, je viens de réussir ma négociation ! Il faut dire qu’au départ je savais déjà que le prix était largement correct (le prix normal étant de 650), le tout c’est de ne pas céder au cinéma 😁. Tout un art la négociation, il suffit de ne pas avoir de honte (merci papa), et ça évite de se faire arnaquer.

Arrivés à la gare à 9h15, nous sommes partis à 9h50, les 10 minutes se sont transformées en 35 minutes, pas mal ! Le voyage se déroule plutôt bien, nous piquons un peu du nez, fatigués. Derrière nous sur la droite, un type ne cesse de parler pendant 4 heures à sa voisine, et il met parfois son téléphone à fond pour lui montrer des trucs. De l’autre côté de l’allée, à 50 centimètres sur ma droite, un type aspire bruyamment le liquide de sa gourde avec des grands slurps et décide de temps en temps de scroller avec le son à fond… Au bout d’un moment, je finis par mettre des bouchons, seul moyen de survie possible dans ce genre de situation pour ne pas devenir enragé 😂.

Je fais ici une parenthèse sur les vieux, enfin quand je dis vieux je ne sais pas exactement quel âge ils ont ici… l’espérance de vie est de 68,4 ans pour les hommes et de 76,6 ans pour les femmes. En tout cas, force est de constater que le savoir vivre a partout décliné, ici comme ailleurs, j’ai l’impression d’être un vieux con en disant ça ! Je m’explique, à partir d’un certain âge, les gens semblent plus respectueux des autres, ils semblent avoir comme valeur une certaine discrétion, ils modulent leur volume sonore, notamment leur voix, là ou jusqu’à 50 ans les gens semblent n’en avoir rien à faire. Curieux ! Il fallait que je sois en voyage pour comprendre qu’il y a un schisme de générations que je n’avais pas discerné avant.

Pub affichée dans un bar à Bichkek, je l’ai trouvée très à propos, en plus d’être particulièrement instructive sur ce que véhicule de manière pas très reluisante la publicité pour l’alcool, on avait perdu l’habitude…

Là où tout le monde se rejoint partout, c’est sur l’usage du téléphone. Ici c’est une calamité ! Tout le monde semble inconscient de la nuisance sonore, soit de leurs vidéos, soit de leurs appels, il n’est plus question d’âge. A croire que personne ne connait l’usage du bouton volume ou du casque audio.

Et le pire, c’est qu’ici la norme, pour la sonnerie en tout cas, c’est le son par défaut, le même partout, on ne sait plus qui sonne, l’enfer ! Un peu comme si tout le monde avait le djingle SNCF dans son téléphone 😱, c’est peut-être moi qui suit déformé par le boulot mais je trouve ça fou, je n’arrive pas à comprendre l’idée 🤯.

Un autre truc me marque dans l’usage du téléphone, c’est qu’il ne cesse de sonner dans l’habitacle où nous sommes dix sept, chauffeur inclus. C’est le chauffeur qui, lui-même, passe tout le trajet au téléphone pendant qu’il conduit, ça sonne environ tous les quart d’heure ! Mais on n’est pas à ce détail près. Ici, on roule sur une route type voie rapide ou autoroute, deux voies dans un sens et deux dans l’autre. De temps en temps, le terre-plein central s’interrompt. Brusquement, au moment où l’on s’y attend le moins, le chauffeur vire à gauche se retrouvant sur la partie à contresens pour traverser entièrement les voies et s’arrêter sur une aire… de l’autre côté !!! J’en ai même réveillé Abéona tellement je voulais qu’elle voit ça ! Un peu plus loin, c’est une vache qui traverse brutalement la route, le chauffeur freine fort, on s’accroche, il finit par esquiver la bête un peu au dernier moment non sans avoir ralenti beaucoup mais tout de même… ça surprend ! Et ça arrive forcément souvent vu le nombre de bêtes qui ici, parsèment les abords des routes (chevaux, moutons, vaches) la plupart du temps.

Je fais ici une mini-digression (Abéona : une autre…☺️) : l’appréhension du risque n’est clairement pas la même ici (le bâtiment, la route, les rues, la protection au travail de manière générale, les rejets de fumées dans la ville, les ceintures au volant, le casque sur les deux roues, etc…), c’est du délire pour nous occidentaux où tout est normé et sécurisé la plupart du temps. Quand professionnellement, on vous forme régulièrement pour avoir conscience de tout ça, ici, il faut quand même prendre l’habitude de faire le mouvement inverse, c’est une gymnastique intellectuelle intéressante et un apprentissage du lâcher prise.

Sinon nous finissons notre trajet, en longeant l’immense lac Yssik Koul, et arrivons en périphérie de Karakol à la gare routière. Il fait beau, les montagnes du Tian Shan recouvertes de neige nous entourent. Il est temps pour nous de rejoindre notre logement, mais avant, nous faisons le tour de tous les distributeurs de la gare… et quand ça semble fonctionner, à la dernière minute, l’opération est annulée. Ici Visa/Mastercard, même punition, c’est rare que ça fonctionne, je dirais un distributeur sur dix, il faut donc être persévérant pour trouver des espèces, pourtant indispensables dans pas mal de cas. Nous rejoignons donc notre hébergement bredouilles au bout de quelques kilomètres de marche, et toujours un peu fatigués.

Nous sommes dans le centre, l’emplacement est pratique, mais la première impression à la traversée de la ville c’est que c’est un peu le chaos ici. Une ville de 70000 habitants environ, l’air est empesté par des fumées similaires à celles que nous avions ressenties à Turkestan au Kazakhstan… c’est pénible et on sent bien la grande précarité sociale. Pas la super ambiance quoi.

Nous ressortons néanmoins quelques minutes plus tard pour enfin dégoter du liquide et nous échouer dans un petit boui-boui local, qui fait des espèces de pains garnis de viande, genre kebab de bœuf… délicieux avec du thé et tout cela très économique, bref on est ravis.

Si le contexte est déprimant, la bouffe nous fait plaisir… La nuit tombée, nous décidons sagement d’attendre le lendemain pour explorer la ville.


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Bichkek, le calme avant la tempête ? 


25-26-27 octobre 2026

La découverte de Bichkek se poursuit dans la même atmosphère que les deux premiers jours. On prend le temps d’inspirer et d’expirer profondément, et nos déambulations nous emmènent sur des chemins, chaque jour, différents… On a presque fini par quadriller le centre-ville !

Citation d’Iskhak Razzakov (1910-1979, homme politique khirghize soviétique) affichée dans un parc : « si je suis pur/propre, si vous êtes purs/propres, la société sera pure/propre », qui dénote une tendance ici aussi au culte des personnalités politiques.

Les petits plaisirs de la vie s’enchaînent, entre balades au gré des envies, des temps d’écriture au chaud dans des cafés, de dégustations de petits pains farcis dégottés au coin d’une rue, d’observation de divers bâtiments et/ou monuments… Certains nous font même des blagues : si la Grande Mosquée a disparu de la surface de la Terre (pour quelle raison, Dieu seul sait), d’autres bâtiments ont sorti le bout de leur nez (et bien haut le nez !), depuis la dernière mise à jour de la carte. On découvre la presque-copie du bâtiment soviétique dans lequel nous avions dormi à Astana, est-ce que l’Empire contre attaque ? Etonnant en tout cas !

Tous ces plaisirs simples sont aussi entrecoupés d’événements plus marquants, tels que le premier tour de grande roue de Philémon dans le parc Panfilov (Note de Philémon : oui le même qu’à Almaty, encore lui !), la visite du musée historique d’Etat ou encore la découverte d’un espace intrigant dans un parc, centré sur l’éveil des sens avec des activités ludiques, sportives et musicales, accessibles à tous (mêmes aux personnes âgées et/ou handicapées). Sur ce point, au Kazakhstan aussi nous avions rencontré le même genre d’endroits dans certains parcs, invitant à l’inclusivité vis-à-vis du handicap et notamment des enfants… Ça donne matière à réfléchir !

Fenêtre sur le musée historique d’Etat

Notable, à la fois parce qu’on fait assez peu de musées, finalement, mais aussi par ce qu’il contient, et par les réflexions qu’il nous a inspiré… C’est un imposant musée vu de l’extérieur qui propose donc, en 3 étages, de parcourir l’Histoire du Kirghizistan, depuis la Préhistoire jusqu’à aujourd’hui (ou presque). Nous traversons les âges au gré des salles et des collections d’objets présentées (même si je trouve que c’est vite source de saturation ce genre de propositions mais bon…), et découvrons, ma foi, il faut bien l’avouer, une histoire que nous ignorions pour une très grande part.

Au fil de l’exposition, on comprend un peu mieux les tenants et aboutissants de l’entrée du Kirghizistan dans l’empire russe et l’URSS : acculés par des invasions ouzbek, la femme du dirigeant kirghiz (dont le mari vient de mourir) scelle un pacte avec les russes pour essayer de sauver ce qu’il reste de son pays… Un pacte avec le diable ? Qui se soldera par la soumission du peuple kirghiz à la politique soviétique. Les panneaux dépeignent en effet les répressions subies sous ce régime totalitaire au début du 20e siècle, notamment en terme de politique, culture, traditions, etc (le poème de Manas sera même interdit à la publication par exemple, et certains auteurs seront également condamnés pour leurs écrits).

Mais s’il nous semblait jusque là qu’il y avait une certaine ouverture d’esprit dans la présentation, et un recul plus prononcé notamment sur l’histoire soviétique, la dernière partie (la plus récente malheureusement) nous a, un peu, fait déchanter… Déjà pourquoi ce 3e étage n’est-il pas traduit en anglais alors que tout le reste du musée l’est ? Les manifestations des années 2020 sont effacées de l’histoire, à l’image de la restriction du peuple face à certains de ses droits et libertés. A la place, nous traversons une magnifique vitrine exposant la valeur et la grandeur de la « République kirghize », décorée de multiples objets offerts par d’autres états du monde, d’affiches des « Nomads games » remis en place depuis quelques années, et d’un immense drapeau rouge trônant au milieu de pas grand chose… Beaucoup d’apparat pour peu de fond !


Bon mais je crois que vous avez saisi un peu l’ambiance globale de ce séjour dans la capitale kirghiz… Maintenant, laissez-moi vous partager aussi l’envers de l’endroit, comme dirait Philémon, ou les backstages ! Parce que si nous avons l’air de nous laisser porter à Bichkek, il faut également commencer à prévoir la suite du programme au Kirghizistan. 

Puisqu’aucune information n’est facilement accessible en ville ou sur internet, nous prenons une petite demi-journée pour faire un aller-retour à la gare routière, afin de glaner des infos sur nos possibilités de transport dans le pays. Armés de nos traducteurs et d’un cahier griffonné avec des mots/schémas clés correspondant à nos questions, nous nous présentons à une dame derrière son guichet, qui ne parle pas anglais. Au bout du deuxième guichet, à force de persévérance et grâce à la coopération de la dame durement gagnée, nous arrivons à obtenir les réponses à nos questions : 

- Nous : "Bichkek —> Karakol ?"
- Elle : Possible, tous les jours, soit en bus de nuit, soit en minibus (« marshrutkas »). 

- Nous : "Bichkek —> Naryn ?"
- Elle : Possible, tous les jours, soit en bus de nuit, soit en minibus (« marshrutkas »). 

- Nous : "Naryn —> Kachgar (China)?"
- Elle : Possible, 2 fois par semaine, les 3e et 7e jours de la semaine (c'est-à-dire les mercredis et dimanches, faut décrypter !).

Le parcours commence à se dessiner, nous commencerons par Karakol, agrémenté de quelques étapes autour du lac Iessik, puisque nous n’avons pas besoin, a priori, de repasser par Bichkek pour aller à Naryn. Mais pour ce faire, deux possibilités s’offrent à nous : 

  • Option n°1 : louer une voiture
  • Option n°2 : prendre les transports en commun

GRAND DILEMME ! D’un côté, c’est la liberté d’aller où bon nous semble et quand on le souhaite, c’est la possibilité d’explorer par nous-mêmes les paysages plus reculés qu’offre ce pays… Mais cela implique de devoir conduire, et je ne sais pas vous, mais pour moi ce n’est pas une partie de plaisir ! Surtout que les kirghiz ont l’air d’être un peu les italiens de l’Asie centrale. Et les routes en moins, car en dehors des villes, il semble que ce soit plus des chemins de terre que du goudron… De plus, le temps se rafraîchit, Karakol se trouve à 1690m d’altitude, entouré par les montagnes du Tian Shan, avec sa propre station de ski à une dizaine de km (j’ai bien envie d’y faire une descente ou deux d’ailleurs). La perspective de me perdre en montagne sur des chemins enneigés m’angoisse un peu… Pas si aventurière que ça finalement ! 

De l’autre côté, choisir les transports en commun c’est opter pour une solution plus économique, moins stressante au niveau de la conduite, puisque l’on délègue cette responsabilité à quelqu’un dont c’est le métier. Cela nous permet aussi d’être plus poches des locaux, mais évidemment, cette option offre une bien moins grande flexibilité dans nos possibilités de déplacements…

Après plusieurs discussions, pesant le pour et le contre, nous finissons par tomber d’accord : ce sera le bus… Espérons que ce sera sans regret !


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Bichkek, une respiration…


23-24 octobre 2026

Nouveau pays, nouvelle résolution ! Nous allons faire des courses au Bazaar d’Och pour nous faire à manger. Ce n’est pas que l’on commence à se lasser de manger au restaurant, mais la nourriture locale (kazakh et kirghiz, presque même combat) manque sérieusement de légumes… d’autant plus étonnant que les marchés en débordent !

Pour remplir cette mission course, nous mettons le cap vers le nord-ouest de la ville. Mais attendez ! Quelle peut bien être cette forme étrange sur la carte ?

Pas tout à fait sur notre chemin, tels des explorateurs, nous décidons de faire un détour mais le chemin n’est pas sans obstacles : entre les pots d’échappement et la poussière de la route qui s’élève au passage des nombreuses voitures, nous perdons quelques points de vie. Nous traversons également un passage à niveau à même les rails.

Le GPS nous indique que nous entrons dans ce quartier circulaire, mais la circularité ne se fait pas sentir en dehors de l’image sur la carte… Nous découvrons un quartier d’habitation qui n’a, somme toute, rien de spécial par rapport à d’autres (en tout cas c’est mon point de vue). Une alternance de maisons, souvent délabrées ou faites de bric et de broc, parfois immenses et plus modernes, se déroule devant nos yeux. Un peu déçue de la réalité, je crois que je m’étais imaginée bien trop de choses à partir de la forme sur la carte… j’écourte notre balade en visant le centre du cercle avant d’en ressortir.

Après quelques recherches a posteriori, ce quartier se nomme Rabochiy Gorodok, qui signifie « Ville des travailleurs ». Il a été établi en 1920, à partir de l’idée de Cités-jardins de l’urbaniste anglais E. Howard.

Capture d’écran prise à partir du plan de googlemaps

Nous retraversons la voie ferrée dans l’autre sens, après une tentative avortée pour changer de chemin, cette fois nous assistons au passage d’un train de marchandises en fer tout rouillé. Le passage piéton ré-ouvre au bout de quelques minutes, marqué par une sonnerie criarde : on dirait 3 sonnettes de vélo accrochées sur une planche en bois !

Après quelques minutes de marche, notamment le long d’une énorme usine (qui a l’air désaffectée mais qui reste surveillée par des militaires, étrange…), nous arrivons au Bazaar. Après un repérage timide, la folie d’achat compulsif s’empare de nous (enfin surtout de Philémon qui a toujours les yeux plus gros que le ventre) ! Nous collectons un butin autant intrigant qu’alléchant (car parfois nous ne savons pas précisément ce que nous achetons) : légumes, fruits (dont des mangoustans), pâtes fraîches, fruits secs, charcuterie de cheval, pain fourré à l’oignon et à l’aneth, salades en tout genre (carottes râpées avec des tripes, salade de betterave crue, salade de champignons), sauce tomate (fermentée et pimentée, mais ça on le découvrira plus tard)… 

Les sacs chargés, nous retournons tranquillement à l’appartement (mangeant raisonnablement la moitié du pain sur le chemin). Quel plaisir de se remettre à faire la cuisine, de retrouver des gestes qui donnent la sensation d’être un peu plus comme à la maison… même si quelques ustensiles supplémentaires n’auraient pas été de trop.

Comme chez les meilleurs restos asiatiques de chez nous, je vous mets le menu du soir en photo :

Le lendemain, aussitôt partis, aussitôt arrêtés. Nous avons du retard dans nos publications, nous devons donc travailler. Nous nous posons dans un café au décor et au service très agréables, c’était sans compter la musique ! Au bout de 2h, Philémon commence à devenir rouge-tomate tellement les chanteurs pop cul-cul romantiques lui sortent par les trous de nez. Ayant fait le gros de nos missions, nous partons à la recherche d’un office du tourisme… impossible ! Pas simple de trouver des renseignements dans ce pays décidément, même internet nous apporte peu d’éclaircissements. Tant pis, nous irons directement nous renseigner à la gare routière demain, même si cela nous fait perdre un temps certain (ça nous apprendra à vouloir aller trop vite pour rejoindre notre hébergement).

Nous prenons le temps de nous promener dans le centre ville, à un rythme de croisière (certainement parce que c’est le notre) ! Bonheur de se sentir libre d’aller où bon nous semble, au grès des envies et des surprises… Nous découvrons donc la place Ala-too, baptisée ainsi en 1991 ; au revoir Lénine, qui s’est vu privé de la place et de sa statue, reléguée à l’arrière du musée historique d’Etat. A la place de l’ancienne statue de Lénine, se dresse aujourd’hui la statue de Manas, héros littéraire kirghiz, portant une symbolique forte quant à la lutte pour l’indépendance du peuple. A sa droite, un immense drapeau rouge, gardé celui-ci par deux hommes immobiles en costume.

Puis, guidés par des sons étranges (musique et voix dans un haut-parleur), nous tombons en pleine foire agricole : de nombreux stands se suivent, vendant des produits du même genre qu’au Bazaar (sauf pour les machines agricoles). La foule est telle que notre tour ne durera pas longtemps… Nous nous échappons dans le parc qui se situe juste derrière et qui abrite des écureuils gris clairs avec des oreilles rousses ! Trop mignons <3 !! Je suis comme une dingue 🙂 Nous restons un moment à les regarder manger (ils ne sont pas discrets, c’est comme ça que nous les avons repérés), descendre et monter de leurs perchoirs pour aller chercher leur nourriture tombée au sol. C’est l’occasion pour Philémon de tester ses compétences en photographe animalier ! Nouveau niveau débloqué !


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Des « a » aux « i », l’entre deux postes frontières…


22 octobre 2026

Ça y est, la fenêtre ouverte sur le Kazakhstan tend à se fermer sur une fin de séjour à Almaty assez mouvementée, comme vous avez pu le constater… 7h : le réveil sonne ! Il faut se rendre à la gare routière, direction Bichkek, la capitale du Kirghizistan.

Bien que nous ayons balisé le chemin par le métro, cela engage quand même beaucoup de marche (un peu trop avec nos sacs à dos), nous tentons donc de prendre le bus. Une fois à bord, nous donnons l’argent au chauffeur qui, en échange, ne nous donne rien, aucun ticket (j’avais déjà lu cela sur internet, donc je ne m’inquiète pas plus que ça…). Mais voilà la contrôleuse, qui malgré l’incompréhension qui inonde son visage, nous laisse finalement tranquilles.

45 minutes plus tard, c’est la chute ! Je loupe une marche en sortant du bus, tombant lourdement sur mes genoux, mais la hauteur du sac me permet de me retenir et de rester à peu près droite. Les nerfs lâchent : entre la fatigue qui se fait sentir, le dépaysement qui demande une certaine dose d’énergie (il faut bien le dire), le sentiment d’avoir été ridicule en m’écroulant devant tout le monde et l’intensité des émotions pendant ce séjour à Almaty, je ne peux retenir quelques larmes. Un café plus tard, ça ira tout de suite mieux ! Les douceurs de Philémon et la perspective de pouvoir dormir dans le bus me consolent un peu…

Le bus décolle de la gare routière vers 10h, pour a priori 4h de trajet. Il semble plein d’étrangers, plus que nous n’en ayons vus depuis le début de ce voyage (un japonais, des russes… et même un français). Après les mémorables steppes kazakh, dont nous connaissons quelques secrets grâce à nos longs trajets ferroviaires. Nous traversons enfin la montagne Tian Shan, qui suit la frontière, à la découverte d’un autre pays… qui aux premiers abords, ne semble pas si différent du précédent.

Photo prise par Abéona
Photo prise par Abéona

Mais d’abord, prenons le temps de faire un focus sur le passage de la frontière en lui-même : première frontière terrestre que je traverse à pied dans ma vie ! Cela fût une expérience intéressante (non teintée d’une certaine appréhension) :

1) Le bus s’arrête et, sans un mot, l’intégralité des passagers descend (les quelques étrangers repérés lors de la montée semblent aussi perdus que nous). Nous descendons, récupérons nos sacs subrepticement et suivons le mouvement sans bien comprendre ce qui se passe. Un touriste russe, qui semble aussi désemparé que nous le sommes, nous partage les informations qu’il a obtenu du chauffeur : ce dernier nous retrouvera de l’autre côté de la frontière. Il faut donc passer à pied.

2) Un premier sas de sécurité apparaît : comme à l’aéroport, on pose les affaires sur un tapis roulant qui s’enfonce dans une boite noire… A priori ça scanne mais bon, personne n’est laissé sur le côté (ils n’ont pas l’air très regardants). 

3) Contrôle de passeport n°1 : on s’avance, un par un, devant un militaire kazakh. La seule consigne est de faire face à la caméra (opération qui se révèle n’être pas si simple avec un gros sac dans le dos, au vu de l’étroitesse du couloir dans lequel il faut se présenter). Aucun mot, aucun regard direct… il tamponne et rend le passeport, ouf, on est passés ! 

4) Après quelques mètres dans un couloir extérieur entièrement grillagé, où semblent abandonnés quelques bagages, nous tombons sur un 2e contrôle de passeport : kirghiz, évidemment ! Même chanson : aucun mot, aucun regard, juste une caméra, un tampon et c’est bon ! On est de l’autre côté, pour de vrai cette fois. 

Commence la recherche du fameux bus… Tels des lapins pris dans les phares d’une voiture, c’est comme si nous étions tous dans l’attente d’une réponse tombée du ciel ! Si l’incertitude de la situation crée dans un premier temps des rapprochements, au fil de l’eau le collectif se dissout : certains décident de prendre un taxi, d’autres les bus de la ville (un monsieur parlant anglais nous invite d’ailleurs à monter) mais nous ne le ferons pas, suivant les infos de notre collègue-touriste russe… Nous décidons d’avoir foi et d’attendre.

Pendant ce temps, Philémon se décide à engager des négociations pour acheter une carte SIM kirghize, quand malheureusement, je m’aperçois que tous les passagers du bus partent rapidement le long de la route. Ni une, ni deux j’en informe Philémon et nous partons sans carte SIM, presque en courant pour éviter que le bus ne parte sans nous. Satisfaits et convaincus d’avoir bien fait d’attendre, nous allons bientôt déchanter lorsque nous découvrons où le bus va nous laisser : LE TROU DU CUL DU MONDE ! Une gare routière au milieu d’un no-man’s land où il n’y a même pas de route (seulement du béton, de la poussière, des trous et des cailloux). Il nous faudra pas loin de 45 min de taxi pour rejoindre notre logement.

Arrivés à l’appartement vers 17h, soit 2h après ce que nous avions prévu naïvement, nous repartons quasi illico à la recherche de la fameuse carte SIM ! Petite parenthèse sur ce point, car je me suis bien faite niquer : il est possible d’acheter sur place des cartes SIM et eSIM avec données illimitées pour environ 5€ ! Bien loin des 10Go vendus 30€ par Revolut… Bref, cela a au moins eu le mérite de prendre un taxi sans encombres, de trouver l’appartement (plus ou moins facilement) et un endroit où les fameuses cartes étaient vendues.

Après toutes ces aventures, nous décidons d’aller boire un verre et, par chance, tombons sur une véritable pépite depuis le début de ce voyage : le Brewster, un bar-brasserie dans le sous-sol d’un bâtiment qui offre, pour des prix imbattables, un bel échantillon de bières pressions locales. Nous sentant bien dans cette ambiance détendue et accueillante, dont la mixité des personnes en présence est agréable à noter (ça parle un peu toutes les langues ici), nous profitons également de la nourriture sur place.

Maintenant il est temps de rentrer et d’en profiter pour se poser, car la journée a quand même été assez mouvementée. Demain nous partirons plus avant à la découverte de Bichkek !!


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