Les derniers jours d’Alma-Ata


20-21 octobre 2026

Le matin nous partons pour la gare routière à l’autre bout du nord de la ville, il nous faut vérifier que nous pouvons bien partir de là-bas pour aller à Bichkek, voire réserver des billets pour le 22. Nous traversons donc une partie de la ville avec le métro que nous n’avons jamais pris, et dont notre guide nous avait dit qu’il était « très beau ». Personnellement, je ne lui ai rien trouvé d’extraordinaire, d’autant qu’il n’y a qu’une seule ligne, ce qui est peu pour une ville de cette envergure. Mais à défaut d’être merveilleux, il nous permet de nous économiser plus d’une heure de marche, nous préférons garder de la ressource pour la suite de la journée. Nous essayons ainsi d’être efficaces, sans pour autant nous couper de la balade par le parc, le long du lac de Sairan à l’ouest de la ville.

Abéona n’est pas très forte à cache cache.

La balade est chouette, il fait beau, les canards sont pimpants et la gare est un bâtiment très soviétique, vraiment impressionnant. Au guichet, concernant Bichkek, une dame très didactique nous explique le tout, dans un anglais correct… nous repartons avec deux billets pour le 22, le surlendemain à 10h du matin, absolument réjouis.

En rentrant, nous nous arrêtons pour boire des cafés, en effet la veille j’ai bossé sur le blog et les photos jusqu’à 3 heures du mat’ : autant vous dire qu’au lever j’étais un peu grincheux. Le café m’aidant à redevenir sociable, nous traversons la ville d’ouest en est, de sorte qu’en fin d’après-midi nous sommes à l’église St Nicholas, bleue/verte, belle et à la fois humble, tout comme Zenkhov. Puis nous nous hâtons de rejoindre notre rendez-vous avec Olga. Mais comme nous sommes un peu angoissés et de fait en avance, nous nous trouvons un petit bar à vin qui nous sert une sorte de Vinho verde (mais espagnol) très agréable. Nous buvons notre verre avant de la rejoindre, espérant être ainsi plus détendus et passer un moment agréable.

Tout se passe bien, nous avons le choix entre plusieurs endroits, mais nous optons pour le plus simple, un géorgien qu’elle affectionne. Bref la discussion est plus ouverte c’est vraiment sympa, on en apprend un peu plus sur elle, jusqu’à ce qu’elle me branche sur le sujet de la musique. Elle ne comprend pas pourquoi je n’ai pas fait ce métier et pourquoi je n’ai pas voulu faire d’orchestre, car elle en a une idée très positive et créative. Je lui explique mon point de vue en réponse à ses questions : après des années d’enseignement, je n’avais plus la motivation pour le métier, quant à l’orchestre, les places sont extrêmement difficiles d’accès, l’expérience collective est intéressante mais il n’y a pas de créativité.

Elle commence alors à parler du rôle du chef d’orchestre, elle évoque la prétendue peur qu’inspire un certain chef russe à son orchestre qui selon elle fait des miracles, et sans quoi l’orchestre serait fainéant, etc etc… vous l’avez compris la discussion repart sur des bases malsaines. Je lui explique un peu la vie car pour le coup ce n’est pas son domaine, et Abéona acquiesce dans mon sens du point de vue psychologique. Manager n’est pas humilier, ni devenir un pervers ou un tyran, et dans l’histoire de la musique ça a eu de nombreux effets catastrophiques sur des musiciens. C’est un monde où la souffrance au travail a souvent eu des conséquences dramatiques, bien sûr elle semble l’ignorer.

Mais qu’à cela ne tienne elle est repartie sur une boucle qui repasse par la géopolitique mondiale. Elle m’incite à visiter Moscou, je lui dis que j’aimerais beaucoup, mais lorsque la guerre sera finie. Elle sous-entend que ça ne durera pas longtemps pour que la Russie gagne la guerre, je lui dis que je n’ai pas ce point de vue et qu’à mon sens ni l’Europe, ni les Etats-unis ne lâcheront jamais (même si je m’avance un peu, nos gouvernants étant de plus en plus débiles)… donc je ne crois pas à une résolution rapide. Bref, on finit par en sortir car il est tard, Abéona propose de terminer, et j’accueille cette proposition avec bonheur et soulagement.

Au final c’est vraiment dommage cette obstination complètement décalée vis-à-vis de notre perception du monde et probablement de celle de ses concitoyens. Nous avons eu plaisir à la rencontrer, aurions voulu échanger des choses plus personnelles, dommage que des sujets biaisés aient semé la discorde. Mais c’est la loi des rencontres, des fois ça « matche », des fois non et cela laisse des souvenirs impérissables. C’est un peu ce qu’on attend du voyage finalement.

Bazaar bazaar

Le lendemain, nous nous rendons au Bazaar vert que nous a conseillé Vera et qui se trouve pas loin de notre logement. Lorsque nous entrons nous mesurons l’immensité de la chose, même si c’est finalement moins impressionnant que ce que nous avions vu avant. Il s’agit d’un gigantesque marché couvert où tous les vendeurs de fruits veulent vous faire tout goûter, pas facile de résister. Sur le pourtour, il y a une mezzanine qui permet d’avoir une vue plongeante sur l’ensemble, du pain béni pour faire quelques images. Au centre, 4 piliers autours desquels semblent s’enrouler de petits troquets où l’on peut manger.

En sortant de là, on s’aperçoit qu’il y a un sous sol, et rebelote ! On descend et là plein de trucs dans tous les sens, l’ambiance est un peu plus à la cool, moins tape à l’oeil, on est moins sollicités avec nos gueules de touristes. On achète quelques fruits secs délicieux (longanes séchées, prunes). On finit par sortir non sans avoir aussi acheté de nouveaux petits beignets fris garnis soit de pomme de terre, soit d’une espèce de ciboulette, vraiment délicieux.

Au moment de sortir, Abéona voit un marchand de briquets bleu azur, une réplique du drapeau kazakh, nous en prenons 2, au moment de dire merci, elle le dit en russe… Le type la reprend et dit « non non ça c’est du russe, ici on parle kazakh » : on apprend donc à dire merci en kazakh le dernier jour, c’est un peu un comble ! Mais on sort de là en se disant que cette anodine petite histoire met un peu de plomb dans l’aile à toutes les histoires d’Olga. Ça reste à vérifier globalement, mais ça signifie au moins qu’il y a des kazakhs qui refusent la domination russe (ça semble au passage être la voie diplomatique en cours depuis 2022 de prendre de la distance).

Rassasiés par ce petit déjeuner pris au vol, nous entamons une longue marche vers le musée d’art moderne. Le bâtiment est conséquent et assez beau, il s’y trouve une expo temporaire Bill Viola, et quelques autres pièces monumentales de Richard Serra, Yayoi Kusama, Anselm Kiefer… L’expo n’est pas énorme mais c’est vraiment un excellent moment de pouvoir découvrir ou re-découvrir les oeuvres de Viola dans une expo dédiée. On prend le temps de se poser et de voir certaines vidéos sur toute leur durée, ce que personnellement je fais rarement dans les musées, c’est vraiment bien !

Nous sortons de là à la nuit tombée, et retraversons la ville à pied pour rejoindre notre logement. Le lendemain c’est fini, nous quittons le Kazakhstan pour le Kirghizistan. Nous avons bien aimé Almaty, il y a de grands arbres partout, une vie culturelle… mais aussi un niveau de vie très au dessus de ce qu’on a vu depuis le début. La ville est donc chère, à l’image de nos capitales occidentales. Et puis malheureusement, notre expérience restera marquée par la rencontre d’Olga, j’ai donc une sensation un peu en demi-teinte car nous l’avons un peu vécue dans l’urgence, et si la ville est beaucoup plus agréable au quotidien, elle est beaucoup moins extraordinaire et dépaysante qu’Astana, qui reste une claque visuelle époustouflante. Nous partons donc un peu soulagés et heureux d’aller vers d’autres horizons !

Yayoi Kusama, LOVE IS CALLING, 2013.

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