La frontière un outil d’oppression partout

Tableau représentant des Membres du PCC marchant dans la neige, Musée d'histoire du communisme, Jiaxing 2016

Jour J-10 : nous sommes sur les dernières formalités ! Force est de constater que nous avons ramé contre le courant pour espérer accéder à une des destinations centrale dans notre voyage : la Chine. Depuis le début du mois de juillet nous tentions d’obtenir un visa pour plusieurs mois, sans succès.

Au départ nous nous étions dit : « on prévoit large, on pare à toute éventualité et nouvelle envie, on prend 6 mois, multi-entrées » ! Note pour les noobs : lorsqu’on demande un visa il faut préciser le nombre d’entrées sur le territoire souhaité, ce qui vous permet d’entrer et de ressortir autant de fois que stipulé. Comme on est prévoyant on ne voulait pas être embêtés avec des formalités administratives… erreur ! Les emmerdements commençaient.

L’irrésistible intrusivité commence

Il faut d’abord remplir un formulaire préalable, sur un site qui marche une fois sur deux (pas si loin de l’administration française me direz vous), en répondant comme souvent à de nombreuses questions plutôt intrusives, comme « où allez vous », « que venez vous faire sur place », « avez vous de la famille dans le pays » etc etc.
Jusque là on ne peut que se dire que décidément notre liberté de circuler est toute relative, comme à chaque fois qu’on fait un visa… Je me souviendrais longtemps de celui pour les États-Unis. Nous avions dû laisser, avec mes collègues, nos ordinateurs (que nous avions le malheur d’avoir dans nos sacs) à un type dans la rue en lui faisant confiance pour nous les garder, car l’Ambassade des États-Unis à Paris, à laquelle nous avions rendez vous à une heure précise, ne voulait pas nous laisser entrer avec et n’avait pas de local prévu pour stocker les affaires personnelles des visiteurs !!! On croit rêver… et bien là on rêve aussi, mais alors il faut commencer à fournir un certain nombre de documents et ça se complique très sérieusement. Le cauchemar recommence.

Jiaxing 2016

D’abord l’on doit fournir une copie de passeport, jusque là, rien de trop pénible ça se passe bien. Par contre, plus étrange, si vous avez déjà été sur place avec un Visa, il faut le déclarer et donc fournir votre ancien Visa ! C’est mon cas, je n’ai pas d’autre choix que d’ignorer la demande puisque mon ancien passeport, je l’ai rendu à la mairie pour faire le nouveau, je ne l’ai donc évidemment plus, et ne pouvant le fournir je déclare que je suis déjà venu… sans visa. Que faire d’autre ?
Ensuite il faut les billets d’entrée et de sortie du pays… Pour l’entrée c’est impossible pour nous, on arrive sur le territoire par la voie terrestre et la frontière Kirghize (enfin c’est ce qui est prévu ;-)). Malheureusement impossible d’acheter un billet de bus ou de train à l’avance d’Europe cela n’existe pas ! Et ce, même si nous savons que ce sera possible sur place à la gare de Bichkek, la capitale. Qu’à cela ne tienne ! Nous entamons une lettre qui l’explique ! Soucieux de répondre de façon sérieuse aux demandes, nous prenons un vol flexible pour sortir du territoire vers la Corée, afin qu’au moins un document sur les deux soit satisfaisant pour les autorités, du moins c’est ce que nous pensons.
Ensuite, nous fournissons aussi la réservation d’un hôtel à notre arrivée, c’est ce qui nous est demandé… même si nous n’y arrivons que dans deux mois, nous nous prêtons à l’exercice, avec une option d’annulation gratuite pour que nous puissions tout changer d’ici là.
Nous fournissons aussi, et ça c’est une pratique courante, mais beaucoup plus limite en terme de sécurité, nos trois derniers relevés de compte bancaire (non sans avoir flouté les informations sensibles il ne faut pas déconner) ! Sachez que où que vous alliez dans le monde, votre pays d’arrivée s’intéresse à vos ressources, on pourrait dire que c’est un truc de capitalistes, mais non ! Les communistes aussi aiment l’argent ! Des fois que vous n’ayez pas prévu assez pour voyager… ou pas prévu de manger ou de vous loger… qui sait ?

Shanghaï 2016

Cent fois remettre l’ouvrage sur le métier

Après au moins 3 ou 4 fois ou l’on nous demande souvent de renvoyer les mêmes documents, sans réelle justification, nous commençons à croire que ces demandes de plus en plus chaotiques sont le signe manifeste que le pays cherche une façon diplomatique de nous décourager… Manque de bol on est opiniâtres, nous répondons systématiquement dans les 3 jours avec des documents plus précis, plus affûtés, dans la mesure du possible, bien entendu jusqu’à ce que l’on nous demande pourquoi nous restons « si longtemps » en Chine… là j’avoue que nous somme interloqués. Comment expliquer l’évidence ? Nous voyageons avec des modes plutôt lents, nous avons envie de prendre le temps de nous balader, de visiter, de vivre, tout simplement. Comment expliquer ça ? Pas facile…
On explique pédagogiquement on détaille, on renvoie encore et au bout d’un ou deux allers-retours on reçoit ça :

« Reject Reason: Veuillez fournir les documents suivants :
– Une réservation des billets d’entrée sur le territoire de la Chine continentale avec votre nom et prénom
– Une attestation d’assurance qui permet le rapatriement, valable pendant toute la durée de vos séjours en Chine avec votre nom et prénom
– Une lettre en expliquant la raison pour laquelle vous souhaitez rester aussi longtemps, et ce que vous allez faire en Chine
– Une attestation de prise en charge d’un membre de la famille »

Et c’est un refus de visa ! Tout est donc à recommencer, et le problème des raisons avancées c’est qu’on a déjà répondu à toutes ces questions :

  • le billet d’entrée (pas possible, même si on a quand même fourni notre billet d’arrivée au Kazakhstan un mois avant),
  • L’assurance était déjà fournie,
  • la durée, on vient d’en parler,
  • le dernier point reste nébuleux vu qu’on a pas de famille sur place…

On a pas compris où était le problème alors quoi ? On recommence ?

Mao en 1938, exposition du Musée de l'histoire du communisme, Jiaxing 2016

Un jour sans fin, ou l’on recommence tout

Bref on se ressaisi, ce n’est pas un service d’état récalcitrant qui va nous arrêter, après tout en France on a l’habitude ! On dépose dans la foulée une deuxième demande le 31 août pour 3 mois, cette fois avec une seule entrée. C’est juste mais ça devrait suffire… On commence juste à en avoir marre d’envoyer des papiers qui ne servent à rien et si je n’était pas allé là bas il y a dix ans en ayant trouvé le pays incroyable, je douterais que cette destination en vaille la peine.
Au bout de 24 heures on nous dit qu’il faut fournir les preuves de notre hébergement partout ou nous allons… pas de problème, nous sommes motivés, on s’organise, et pendant deux heures on fait des réservations partout où l’on peut sans devoir avancer. On vire au passage, pour la cohérence du dossier, plusieurs destinations ou il est compliqué de réserver sans payer à l’avance, de toute façon on est vraiment convaincus maintenant qu’il nous faut satisfaire un monstre administratif trop gourmand : on réserve à la chaîne sans regarder autre chose que l’option « annulation gratuite », qui nous servira dès qu’on aura récupéré toutes les attestations de réservation (à nos deux noms bien entendu sinon ça ne compte pas). 16 réservations en tout ! Que nous avons dû envoyer dans un seul pdf, car évidemment le site ne permettait d’envoyer qu’un nombre de documents limités, il a donc fallu compresser.
On boucle nos résas, on refait le déroulé du voyage en cohérence et on renvoie le tout !

Les réponses s’accélèrent, 12 heures après, ma compagne reçoit une demande supplémentaire au motif : « complémentez les réservations d’hôtel pendant un mois et le casier juridique » !!! Mais quoi ? 16 réservations, l’intégralité du voyage, ça ne leur suffit pas ??? Et dans « casier juridique » on comprendra je suppose « casier judiciaire » ??!! WTF ! On commence à être vraiment en colère mais on essaie de rester la tête froide. De mon côté on me demande : « veuillez fournir la preuve que vous disposez de moyens de paiement suffisants pour couvrir les frais de votre voyage en chine »… ça a donc tant changé la Chine en dix ans ? Les communistes se serraient grimés en capitalistes ? Il me semblait à l’époque, en visitant le colossal Musée de l’histoire du communisme à Jiaxing, outil de propagande certes, mais néanmoins extraordinaire visite, qu’il y avait un autre modèle de développement, même d’autres valeurs… pas sûr finalement.

Musée de l'histoire du communisme, Jiaxing 2016

Un pas de côté pour s’échapper

Là on commence à réfléchir à des alternatives, car pour aller en Chine 30 jours, nous n’aurions pas besoin de Visa. Alors on fait des plans sur la comète, on imagine rentrer et sortir du pays plusieurs fois durant le voyage… le problème, c’est que la Chine c’est grand, il y a de très hautes montagnes et des distances immenses… bref c’est compliqué, coûteux et ça prend vite plusieurs jours de faire un aller-retour etc.

J’essaie aussi de mobiliser mon réseau pour voir si quelqu’un pourrait nous aider sur cette question, le seul espoir que nous avions nous oppose une impossibilité, bref nous faisons chou blanc.

Je regarde enfin les sociétés qui proposent de faire les formalités à votre place moyennant finances, bien entendu, c’est très cher (plus de 3 fois le prix du visa) et ce n’est pas garanti non plus car elle restent dépendantes du même formulaire en ligne. Bref, on a pas envie de se faire arnaquer davantage.

Le paradoxe qui mène à la solution

Alors on décide quand même de retourner les documents exigés quitte a bidouiller un peu, en clair on leur donne exactement ce qu’il veulent : le monstre a faim on lui donne de délicieuses saucisses ! Au bout de quelques jours on a enfin une réponse positive. Il reste à monter à Paris pour déposer les dossiers (toutes les pièces fournies doivent être déposées physiquement) et payer (en urgence cette fois-ci, environ 150 euros quand même), sans garantie que nous n’obtenions pour autant le fameux sésame. En effet il est stipulé sur le site que payer ne garantit pas la validation du Visa, le « capitunisme » n’a pas de limites !

Vous croyez que c’est terminé, et bien non ! Quitte a ce que cet article trop long ne soit lu par personne, je vais vous raconter l’histoire jusqu’au bout !

Ce n’était donc malheureusement pas encore tout à fait fini, Abéona, montée à Paris pour l’occasion subit un retard de train de 30 minutes, heureusement elle visait le début du créneau (entre 10h et 13h) du centre de visa, et m’appelle donc une fois sur place à 10h35 : on nous demande un courrier sur le modèle « Je soussigné nom prénom né le …, ne travaillerai pas, ne ferai pas de stage ni d’études en Chine. Daté et signé. » ! Comme si le fait de demander un visa touristique ne suffisait pas ! Evidemment le site web ne le précisait pas… c’est bien connu tout le monde habite à Paris à côté du centre de Visas !
Bien sûr je ne suis pas à Paris, mais en train de déménager un frigo…. et oui c’est comme pour les livraisons la vie ne s’arrête pas pour un f***ing visa, ou pour une p***ain de livraison (j’avais envie d’être grossier). Ni une, ni deux, je rentre chez moi à toute vitesse, je fais le document, l’envoie à Abéona qui entre temps a miraculeusement trouvée une poste avec un photocopieur 👏🏻👐🏻🤩… et retourne tout déposer. Enfin ! Maintenant on croise les doigts pour qu’un crétin procédurier ne bloque pas le dossier…

Un dernier mot sur la ligne de téléphone du centre de visa et de l’ambassade de Chine car je n’en ai pas parlé, on a essayé plusieurs fois, c’est impossible de joindre autre chose qu’une boîte vocale, personne ne réponds ou ne rappelle lorsque l’on laisse un message etc… il y a un numéro, mais j’ose espérer que les ressortissants chinois n’en ont pas besoin…

Bref, sinon je ne publie l’article qu’aujourdhui car jusqu’au bout j’avais peur que cela puisse influer (ne soyons pas naïfs), et surtout je voulais avoir le passeport en main, car je ne pouvais plus croire que nous allions sortir de l’ornière, je m’attendais encore à des incidents. Mais, à une semaine du départ, le sésame attendu est arrivé.

Quelque part au dessus de l'Asie centrale ou de la Chine 2016

Quelques recommandations pour les voyageurs

Cela ne vaut qu’au moment où nous avons effectué nos formalités (été 2026), renseignez vous toujours pour la période en cours, et lisez le site web visaforchina entre les lignes. Néanmoins si vous ne voulez pas avoir de souci il vous faut respecter quelques règles :

  • Faites votre demande à l’avance : nous l’avons fait 3 mois avant c’est à dire au maximum de ce qui est permis, nous avons obtenu notre visa une semaine avant de partir.
  • Lisez attentivement toutes les demandes de document, la moindre date qui n’est pas juste peut vous coûter une semaine de temps, voir un refus,
  • Ne demandez pas un visa trop long, ajustez vraiment à votre voyage, avec un peu de marge, au plus le visa est long au plus il semble difficile à obtenir,
  • Trouvez un moyen de mettre beaucoup d’argent sur votre compte avant la demande, en proportion à la durée du voyage. Mais ne lésinez pas, à moins que vous n’ayez un salaire exceptionnel, il n’est clairement pas suffisant. Il faut pouvoir témoigner de solides économies, même si l’on vous prête cette somme le temps de la demande : tous les coups sont permis.
  • Prévoyez que tous vos plans puisse être bousculés, car dès que le formulaire sera validé (probablement à la dernière minute) vous devrez abandonner tout ce que vous êtes en train de faire pour filer à Paris ou Marseille pour déposer votre dossier (cela aussi a un coût). Attention si vous demandez plus de 6 mois, vous devrez y aller en personne et donner vos empreintes, vous ne pouvez pas faire déposer le dossier par quelqu’un d’autre.
  • Prévoyez un courrier « Je soussigné nom prénom né le …, ne travaillerai pas, ne ferai pas de stage ni d’études en Chine. Daté et signé. », si vous voulez un visa touristique on va vous le demander sur place, donc prévoyez le coup ;-).

Modifié le

à

par

2 300 mots

Voyager vers un monde libre et ouvert


Ce site (basé sur le framework open-source wordpress), est l’occasion d’évoquer l’utilisation des logiciels libres et open-source. J’ai constaté ces dernières années à quel point malheureusement beaucoup de gens résistent à cette utilisation, de même dans le milieu professionnel. Etant donné les enjeux géopolitiques actuels, il me semble urgent de prendre en main ces outils pour garantir nos libertés, je voulais donc l’évoquer rapidement.

Pour commencer, les données hébergées ici le sont sur mon espace personnel loué chez Infomaniak hébergeur Suisse dont les préoccupations libertaires et écologiques ne sont plus à démontrer (allez voir ici comment ils réutilisent la chaleur de leur datas centers pour chauffer des quartiers entiers en hiver, vous allez adorer ! Ou encore comment ils ont créé une fondation pour éviter qu’un actionnaire ne prenne un jour le contrôle de leur société au détriment des clients).

Lors de notre périple en Asie, pour communiquer avec vous, on va avoir besoin de cartes, on va donc avoir recours à Framacarte (une initiative basée sur umap et OpenStreetMap) créé par l’incontournable association Framasoft, ça nous permettra de partager nos déplacements avec vous de manière conviviale. Tout en se passant d’un truc comme Polarsteps.

Voir en plein écran

Côté réseaux sociaux, pour les photos j’ai un instagram, mais chez Meta le contenu est tellement noyé de pub que je ne suis pas sûr que ça ai encore réellement un intérêt de l’utiliser. Pixelfed est beaucoup plus sympa, pas besoin d’avoir un compte pour consulter. Je n’ai pas encore développé d’alternatives à Youtube, mais elle existent, je tenterai sans doute Peertube. J’ai ouvert un Bluesky et un Mastodon mais je compte expérimenter les post-automatiques de wordpress pour répliquer le contenu du site, car un éco-système libre permet de passer beaucoup moins de temps sur les réseaux 😉 👐🏻🥳 ! Communiquer, soit ! C’est incontournable, mais y passer sa vie et ses neurones certainement pas ! Le voyage va me permettre de tester tout ça en situation.

Sinon, cette année j’ai créé 3 site webs dont celui-ci. Pas si mal pour un noob 😉 ! Deux sites WordPress et un Nextcloud ça a été une révélation : en une demi journée vous remplacez avec Nextcloud tous les services google (agenda synchronisable, stockage et partage de fichiers… etc), et si vous ne vous sentez pas encore d’installer votre serveur, tout cela existe déjà tout fait chez Framasoft (framaspace, framagenda…) ! Alors pourquoi continuer a nourrir le monstre ? Si ce n’est par masochisme ?

Certains objecterons que sur le web, on est de toute façon visibles par le monde entier (ah ah), mais ici nos données restent chez nous, on ne montre que ce qu’on veut montrer, on reprend le contrôle ! On peut facilement utiliser des logiciels libres et gratuits sans avoir recours à des multinationales, et ce n’est pas plus compliqué ! Il faut juste un soupçon de curiosité, ça devient évident quand professionnellement on travaille, par exemple, dans le secteur culturel, éducatif, social ou la recherche, ou encore qu’on s’occupe d’un site web, d’un blog ou d’une association et qu’on a besoin d’outils collaboratifs ! J’espère que ça fera des émules. Pour ceux qui hésitent encore, même ma maman qui est loin d’être une geek est passée à Linux !

Voilà pour le côté technique j’espère que vous êtes toujours là😉, maintenant let’s go !


Modifié le

à

par

539 mots

Vide sceptique

Un gril électrique carré monte lentement dans l’ambiance enfumée de l’espace scénique en forme de boîte grise aux coins ouverts, vaguement définie par des tissus gris disposés à l’allemande. L’éclairage croisé en plongée, asperge le dispositif dans un déploiement bidirectionnel d’ombres vertigineuses démesurées. Des formes voûtées humanoïdes semblent traîner des corps au lointain, comme si l’on amenait des chariots de cadavres dans l’arène. Une respiration de créature lyrique déploie ces êtres moribonds, elle leur donne vie comme une marionnettiste dont la longue traîne grise se prolonge dans leur dos.

Pendant ce temps, deux pseudos joueurs ou lutteurs (on imagine qu’ils le sont car des écrans affichent des espèces de pseudonymes pixelisés en arrière plan) malingres mais aux costumes colorés entrent sur scène comme des chiens dans un jeu de quilles et se font face à distance… On est pas bien sûr de ce qui va se passer, rien n’est franc tant les premières minutes tâtonnent dans une ambiance couleur poussière. Tout ce qu’on peut dire à cet instant, c’est que la metteuse en scène du « Ring de Katharsy », Alice Laloy a le sens de la démesure : à l’image des premières images majestueuse du défilé au tapis roulant sous le rideau à la française d’une de ces dernières créations « L’avenir nous le dira » au TNP de Villeurbanne (impliquant notamment la talentueuse maîtrise de l’opéra de Lyon), les premiers instants sont grandiloquents.

Notre surprise passée, les deux « joueurs » commencent à donner des ordres à ces créatures grises, sortes d’esclaves gladiateurs, en les harcelant de leurs invectives pour leur faire faire diverses actions. Ceci interrompu par quelques phrases de chant lyrique passé à la moulinette. On a déjà un peu quitté l’univers du jeu vidéo si tant est qu’on y ai jamais vraiment été car il est rapidement difficile de connecter quoi que ce soit avec de réelles références vidéo ludiques… Comme si la metteuse en scène n’avait en apparence, pas vraiment pris la peine d’explorer cette culture, comme si ça n’était guère plus qu’une idée abstraite bâtie sur un paysage sonore de bribes de sons de consoles des 90’s. Étrange, pour un discours qui semble se focaliser dès les premiers instants du spectacle sur le jeu vidéo sans que l’on sache très bien si c’est du lard ou du cochon et vers quoi l’on s’achemine. On cherchera, dès lors, en vain quelque chose de cet ordre auquel se raccrocher, un sens à ce démarrage en trombe, un lien avec cet univers, un développement vidéoludique, un peu de fond, quelques indices… sans surprise on sera bien à la peine, tout comme, d’ailleurs, on l’était, pour l' »Avenir nous le dira » de déceler la réelle nature des messages contradictoires perçus par le spectateur.

Les deux pièces partagent en tout cas un art des fausses bonnes idées sonores. Pour rappel dans l' »Avenir nous le dira », des machines musicales constituent la scénographie et jouent au long du spectacle une litanie qui si elle constitue une indéniable performance technique de réalisation en informatique musicale, reste très pauvre musicalement. Ici on saluera tout de même la performance de la remarquable chanteuse lyrique Marion Tessou malheureusement sous employée et du « sound design » qui donne à la voix une étrangeté singulièrement désuète. Mais le reste du travail sonore n’est malheureusement qu’enchaînements pénibles : les voix des comédiens sortent spatialement de la scène sans raison, et sont délayées grossièrement dans une sorte de pathétique tentative de spatialisation immersive. Elles sont pénibles, la dynamique est mal gérée, l’équilibre entre les deux est raté, les micros (micros de gamers probablement) frottent, chuintent, sifflent… tout pour vous harceler les tympans ! Si la régie n’est sans doute pas responsable de la plupart des choix artistiques faits à ce sujet, tant en terme de matériel que de couleur sonore, on imagine avec compassion le dépit de l’ingénieur du son contraint à ce travail difficilement gratifiant.

De la danse et de l’acrobatie, on ne peut que saluer la performance des artistes, qui se démènent pour donner du corps à un spectacle en quête de sens. Ils donnent d’eux mêmes et se jettent dans la bataille (ou dans l’arène si vous préférez), certains sont réellement habités, certaines performances sont remarquables. On ne peut pas enlever à la metteuse en scène qu’elle sait s’entourer de talents, mais on sent qu’il sont un peu perdus, se raccrochant à leurs gestes pour essayer d’habiter la pièce au mieux. La technique fait tout ce qu’elle peut pour les aider : la chute, en plusieurs fois, de tout le mobilier d’un salon des cintres, ne suffira pas à les sauver, malgré la prouesse et encore une fois, la perfection du dispositif technique. Au bout de 30 minutes on s’ennuie ferme, on fini par utiliser les bouchons généreusement distribués à l’entrée, pour se reposer les oreilles de ces voix pénibles… et au 4ème match on résiste difficilement à l’envie de s’adonner à une petite sieste ou même de quitter les lieux, par respect pour ses voisins.

Lorsque tout ce petit monde de grisaille se met à trier des déchets (la belle affaire ! A ce stade, de dépit, on imagine la pire des fins consensuelle) on note péniblement que l’inversion de la place de la poubelle de tri par un personnage, est une pseudo-blague écologique, poussant l’un d’eux à se tromper de bac et à perdre des points. On aurait aimé peut être qu’ils jouent à se jeter eux mêmes dans les poubelles, ça aurait sans doute été plus signifiant. Car le reste du temps les joueurs l’occupent à faire s’affronter sans raison ces deux groupes de gris personnages lobotomisés, dans des épreuves ennuyeuses les conduisant à s’habiller, à manger, ou à se battre, au grand dam de nos tympans irrités et de notre cerveau somnolent. Un mauvais jeu vidéo en somme, l’un de ceux qui finiraient invariablement au bout d’une demi-heure a être oublié éternellement dans votre « backlog » si tant est que vous l’ayez acheté tant le pitch n’incite pas à s’y intéresser.

Enfin, lorsque des poupons tombent du ciel et que nos gris protagonistes semblent leur donner une valeur dramatique intense, on ouvre un œil, un vague intérêt nous submerge une fraction de seconde ! Trop tard, l’espoir nous ayant quitté depuis longtemps, c’est la fin et il était temps ! Deux personnages introduisent des cartons dans l’aire centrale, pleins de poudre violette, les zombies s’en serviront pour se retourner contre leurs maîtres joueurs et oppresseurs en les recouvrant niaisement de cette unique couleur.
Faut-il y voir un propos politique ? Sans doute, mais dans quel sens… ?

A propos, rappelons le contexte de la Comédie de Genève au moment ou cette sinistre farce se joue (mai 2026) : suite à un audit RH d’un cabinet indépendant mandaté par la FAD (Fondation d’Art Dramatique en charge de la Comédie) du climat social dans l’institution, la directrice générale Séverine Chavrier vient d’être licenciée. Cela met fin, selon nos sources chez les salariés, à plusieurs années de management délétère et à la démission de plus de 15 personnes. A l’aune de cette actualité, le vague propos politique du « Ring de Katharsy » semble s’installer finalement comme un cheveu sur la soupe dans ce contexte : autant la pièce semble maintenir le spectateur à distance de ses personnages insipides, autant la seule qui peut fasciner, c’est la chanteuse, celle qui probablement a le plus de pouvoir et tire les ficelles… ! Une coïncidence de programmation qui pour le coup génère un drôle d’accident. On se gardera quand même de faire des procès hâtifs à qui que ce soit, l’affaire de la comédie suit son cour au gré des luttes politiques locales, qui il faut le dire commencent à ressembler à une farce grinçante qui devra bientôt trouver son dénouement. La pièce, quand à elle, ne dit pas grand chose d’autre politiquement, c’est un peu court, ces analogies imaginaires ne nous rassasierons malheureusement pas non plus.

Il subsiste donc de cette œuvre une réelle capacité des artistes (circassiens, danseurs, et musiciens) à se démener avec trois fois rien, une technique maîtrisée absolument impressionnante, qui comble beaucoup les béances du spectacles par sa virtuosité. Au delà de cela il ne reste pas grand chose, car si l’on peut parfois se satisfaire d’un spectacle uniquement esthétique (même si c’est toujours un peu frustrant), on ne peut pas se satisfaire d’un spectacle qui n’a rien à dire. L’émotion qu’il nous procure doit nécessairement allier images et discours pour nous happer, c’est une alchimie complexe.

C’est donc bien dommage qu’Alice Laloy semble persister à créer avec autant de moyens des œuvres aussi creuses à une fréquence aussi rapprochée. Mais si on se penche quelques instants sur cette problématique, c’est le même genre de symptômes que l’on retrouve partout dans un monde de la culture en pleine implosion silencieuse : d’une part les institutions, souvent livrées par des élus incompétents à des escrocs dans un but parfois à peine voilé de les saborder pour satisfaire des visées économiques ; d’autre part les compagnies poussées par des financements conditionnés à des créations annuelles frénétiques, essorant leurs personnels et accouchant de spectacles vides pour tenter de survivre. Et par conséquence, tout un monde de la création entièrement tourné vers le sacrifice et la verticalité managériale, qui se fissure aujourd’hui du fait du refus des nouvelles générations d’embrasser cette posture.
A sa décharge, Alice Laloy n’est certainement pas la seule à pâtir des politiques publiques qui noient progressivement toute forme de création dans la fuite en avant depuis plus de 20 ans. La culture a besoin d’air, et surtout de temps, car la création de qualité est à ce prix, celle qui vous bouleverse et qui change votre vie… Et le temps c’est bien sûr de l’argent, elle a donc besoin d’une refonte totale de ses politiques de subvention, d’une ventilation beaucoup plus soignée de ses subsides, de moyens multipliés, de mécénat réellement philanthropique, de partenariat internationaux stimulés, d’une intermittence du spectacle tenant tout le secteur à bout de bras renforcée (et non stigmatisée), de salaires décents (ce qui n’est plus le cas depuis 25 ans…) sans quoi l’hémorragie se poursuivra, jusqu’à ce que créer avec des bouts de ficelles aujourd’hui, se conjugue avec néant de la création demain. D’aucun y sont manifestement déjà parvenus depuis longtemps.

Modifié le

à

par

1 685 mots

Jardin de métal

Je viens juste de faire une jolie découverte alors je voulais la partager en quelques mots : Metal Garden que j’ai découvert grâce à l’inénarrable site Canard PC (https://www.canardpc.com/jeu-video/zoom/cabinet-de-curiosites/metal-garden) et au talent journalistique de l’incomparable Louis-Ferdinand Sébum.

Il s’agit d’un jeu qui ressemble à un FPS (First Person Shoooter), dans un univers gris ou tout est recouvert par une dalle de béton. C’est peu dire mais, à la fois, on ne sait pas trop ce qu’on fait là…. On déboule un peu de nulle part, catapultés sans autre forme de procès… bref, on est pas sur un jeu de rôle où l’on souhaiterait trouver une accroche crédible ! On « pop » juste dans un monde désespéré et basta ! Il va nous aspirer immédiatement dans une vague de noirceur ou plutôt, de grisaille !

Petit à petit on va commencer à comprendre les éléments d’une intrigue interplanétaire dont on retrouve les miettes au gré des discussions surprises, des fouilles, de l’examen des PDA (comme on disait au siècle dernier) retrouvés sur des NPC, etc… Il s’agit manifestement de trouver une issue ou un espoir de sortie.

Bref un pur moment de bonheur de quelques heures, honnêtement quand on est un peu curieux et qu’on aime flâner, en 2 ou 3 heures c’est plié, mais l’ambiance est incroyable ! Ne vous attendez pas à un AAA, c’est l’oeuvre d’une seule personne (avec quelques aides pour les localisations et certaines animations), mais franchement c’est un super bon début, les combats sont simples, tout en étant corrects (disons que nos armes ne sont pas hyper précises ni très différentes) ce n’est pas ce qui compte, on est là avant tout pour l’atmosphère !

Bien sûr, la fin peut paraître un peu frustrante et on aimerai davantage, bien sûr c’est un peu simpliste dans le sens ou rien n’est très développé, mais avec très peu, Aleksandra Herout la développeuse, parvient à nous embarquer dans son monde, et on y croit vite… pour 6 euros sur Itch.io franchement, vous allez kiffer !

On espère que ce n’est qu’un début et on a envie d’en voir plus !


Modifié le

à

par

340 mots

Presque partis !


Ça y est cette fois c’est parti, nous avons nos billets pour le Kazakhstan. A moins d’un cas de force majeure, le 30 septembre nous nous envolerons donc pour Astana, la capitale ! S’ensuivra un long périple à travers l’asie centrale : Kirghizistan, Chine, Corée du Sud, Vietnam, Laos. A titre personnel ça fait tant d’années que j’attends ça 😱, ce n’était pas facile de trouver un créneau, ni de se glisser dans les interstices de la géopolitique !

On croise les doigts pour qu’un nouveau conflit majeur ne se déclare pas entre temps nos politiciens ayant une propension extrême à dégénérer (une pensée vers tous les peuples qui en souffrent).

Au départ il y a plus d’un an, j’avais même envisagé de passer par l’Iran, beaucoup de voyageurs m’ayant dit le plus grand bien de son peuple et de sa culture.

Et puis la situation a d’abord empiré avec Israël pour finir dans la récente surenchère que l’on connaît suite aux « errances états-uniennes » (sans parler de celles d’Israël mais nous sommes malheureusement habitués depuis longtemps). Bref autant dire que nous n’avons pas eu d’autre choix que de changer notre fusil d’épaule (pour rester dans le thème), avec une grande tristesse pour les iraniens cela va sans dire.

Pour finir sur l’aspect politique, je vois d’ici certains esprits chagrins qui dirons « ouuiiiii mais l’avion c’est mal mmmmvoyez » je rétorquerai que je m’en préoccupe : une grande partie du trajet sera donc terrienne (promis je vous mets une carte dans cet article dès que j’y arrive… 😤), mais c’est plus par volonté de ralentir que vraiment par conviction écologique. Et si nous étions aussi prompts à dénoncer les choix politiques qui pilotent les vrais sujets écologiques (le nucléaire, les transports, les industries, les GAFAM, l’IA, le capitalisme, l’agro-alimentaire…) qu’un petit voyage, alors nous pourrions en parler et cela serait intéressant ! De mon côté, pour l’instant j’ai une seule vie, et mon bilan carbone restera toujours inférieur à celui d’une famille occidentale avec enfants. Les missiles volent bas en ce moment mais nous somme vivants alors vive la polémique ! Parce que c’est un blog humain, libre et donc le contraire de l’asepsie ! J’espère d’ailleurs que la rubrique « Tribune » générera aussi des polémiques ;-), il paraît d’ailleurs que @caprica est très politiquement correcte (la peur du gouvernement qui siège non loin ?).

Sinon, nous avons dû réfléchir un peu mieux au site web et restructurer l’information : c’est bien beau de réfléchir au fil de l’eau, mais comme tout change on est obligés de refaire ! Comme un développeur qui n’aurait pas réfléchi avant d’écrire son code quoi ! Ainsi dorénavant vous trouverez les belles images de Dragon’s Gaze sur un site professionnel spécifique qui lui appartient, et ici ce sera plus ouvert, une sorte d’expérience, un mélange de textes et d’images en forme de carnet de voyage mais aussi avec des interventions visuelles, sonores ou littéraires.

Bon je sais bien que beaucoup d’entre vous lirons en diagonale : si c’est le cas ce sera déjà super ! Mais même pendant cette phase d’élaboration ou rien n’est trop fixé, où tout évolue tous les jours, mettez un petit commentaire et ça suffira à mon bonheur… je suis quelqu’un de simple ;-).

En tout cas pouvoir publier un contenu à l’arrache est très satisfaisant ! Pour l’instant je ne me fixe pas trop d’objectifs sur ce blog. J’ai peut être juste besoin d’amis 😉 :

Il va falloir être efficace pour avoir des choses intéressantes à poster régulièrement. Une fois parti, j’espère le faire à minima une fois par semaine ! Entre temps je risque bien de me satisfaire d’une agaçante futilité afin de tester un peu tout ce que je peux faire ici…


Modifié le

à

par

614 mots

Séville


Séville est résolument une ville surprenante pour un européen qui ne connaît pas son histoire ! Riche d’une histoire millénaire et d’influences aussi bien musulmanes que chrétiennes, capitale du flamenco dont ça semble être un business intense, c’est un endroit très touristique. J’ai décidé comme souvent de ne pas visiter les circuits imposés d’une part car je déteste faire la queue et prendre des bains de foule, d’autre part car je voulais limiter mon budget.

A l’heure ou je fais ce voyage l’Alcazar royal est « à partir de 20 euros » sur le site « tiqets » mais en réalité je ne trouve pas à moins de 28 euros et pour le lendemain car ce n’est pas possible le jour même. La cathédrale est quant à elle à 17,50 euros. Je trouve que c’est beaucoup même si c’est probablement le tarif dans d’autres villes comme par exemple les villes italiennes riches en patrimoine de la renaissance comme Florence ou Rome. Par contre en Espagne les églises sont toutes fermées ou payantes, soit c’est l’église, soit c’est le gouvernement qui a abandonné ou décidé de rentabiliser ses lieux de culte… quel dommage ! J’adore pouvoir rentrer dans n’importe quelle petite église et être ébahi comme à Rome par exemple…

Bref, j’ai décidé de passer outre ces écueils et de faire à l’économie ! En gros : de la ballade ! Et comme visite, j’ai résolu d’aller au musée des Beaux arts. La bonne nouvelle c’est que ça ne coûte rien pour les ressortissants de l’union européenne, et que c’est 1,50 euros pour les autres ! Une survivance de service public à louer ! Bref au top… et je décide de prendre les billets sur place parce que je préfère toujours parler à quelqu’un au guichet et échanger un sourire que faire ça sur le net.

Musée des Beaux Arts de Séville. Premier étage.

Grand bien m’en a pris ! Les lieux étaient calmes ! Ce n’est pas très grand (si je ne m’abuse il y a 14 salles) et je découvre des artistes surtout entre le 16ème et le 19ème.
Parmi eux quelques uns que j’avais croisé mais connaissais très mal : Francisco de Zurbarán dont les Christs en croix sont hypers impressionnants et démonstratifs.

Cristo de la Misericordia, Francisco de Zurbarán, 1635. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).

Mais aussi Bartolomé Esteban Murillo avec sa madone adolescente et le portrait de Santa Catalina de Alejandría.

Inmaculada Concepción, la Niña, Bartolomé Esteban Murillo, 1668-1669. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).


Il y avait également une exposition temporaire qui mettait en exergue la famille Bécquer notamment Joaquín Domínguez Bécquer un peintre bien dans son époque du 19ème aux toiles très variées où l’on voit de très grandes différences dans le traitement de la lumière selon la période.

Procesión del Corpus por el interior de la Catedral de Sevilla, Joaquín Domínguez Bécquer, 1845. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).

On découvre aussi Gustavo Adolfo Domínguez Bécquer, son neveu (et fils du peintre José Domínguez Bécquer) qui est l’auteur de dessins et croquis très chouettes pleins d’humour, et qui apparemment est aussi écrivain et poète, je vais m’y intéresser de plus près ;-).

Mais surtout il y a beaucoup d’œuvres du moyen-âge et de la renaissance plus ou moins intéressantes mais ou l’on découvre vraiment très progressivement l’émergence d’un certain naturalisme ou du moins un souci de réalisme qui tranche avec le côté très symboliste du moyen-âge. On voit progressivement poindre une précision dans les textures, l’anatomie etc.

C’est vraiment bien de pouvoir prendre conscience de l’émergence de certains styles au travers de plusieurs artistes sur une période d’une cinquantaine d’années. En tout cas j’ai trouvé cela très didactique.

J’ai donc passé un excellent moment même si ce n’est pas un très grand musée, franchement c’était très agréable, pas trop blindé et ça permettait de faire de vraies découvertes.

Giovanni Battista Ruoppolo
Détail de « Bodegón con uvas y manzanas », Giovanni Battista Ruoppolo, 1660.

Notamment, j’ai découvert une variété de raisin incroyable que je n’avais jamais vue ! Avec des grains très allongés qui n’ont rien à voir avec quoi que ce soit que j’ai jamais vu sur les marchés ou chez les primeurs. Comme quoi les natures mortes révèlent des trésors ! Je l’ai retrouvé dans des natures mortes chez les artistes Giambattista Ruoppolo, italien et Francisco Barrera, espagnol donc c’est que cela devait être assez répandu !

Je n’en ai jamais vu de nos jours, j’espère donc que j’aurais l’occasion de le goûter, à moins que ça ne se soit complètement perdu aujourd’hui, en tout cas en peinture il semble très appétissant.

J’ai donc pu me balader beaucoup dans tout Séville, l’on se perd dans des petites rues étroites conçues pour éviter le soleil. On tombe sur des petites cours intérieures dotées de fontaines et garnies de plantes. Je vous recommande le voyage, mais impérativement hors saison, je n’imagine pas en saison la foule qui doit s’y rendre mais ça doit être un enfer de chaleur et de population…

Quelque part dans le parc de Maria Luisa.
La Cathédrale de Séville.

Modifié le

à

par

822 mots

Ballade au Kunst Museum de Bâle


J’ai passé quelques jours à Bâle pour des raisons professionnelles, mais si je n’ai pas pu visiter en détail la ville car le temps m’a manqué, j’ai en revanche suivi les conseils avisés d’un ami, en décidant de visiter les collections permanentes du Kunstmuseum.

Grand bien m’en a pris, car je dois avouer que c’est l’un des plus beaux musées qu’il m’ai été donné de voir. Le lieu est très agréable et l’exposition permanente est très bien mise en valeur.

De nombreux grands noms y sont présents à tel point que cette richesse, est au final une orientation qui pénalise, d’une part, les œuvres contemporaines et d’autre part, bien sûr les femmes et les minorités. En effet, dans le musée il est précisé qu’un effort est fait pour compenser, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire : sans exagérer sur plusieurs centaines d’artistes, seules une vingtaine de femmes sont représentées…

Au delà de ce problème qui touche malheureusement beaucoup de grands musées, on apprend (ou remarque à nouveau) que la condition des femmes si elle n’a jamais été reluisante s’est manifestement aggravée au 19ème siècle.

Auparavant certaines femmes pouvaient accéder à un peu de reconnaissance et de postérité en tant qu’artistes ce qui semble plus difficilement le cas ensuite.

Parmi celles qui m’ont marqué, je retiendrais Sophie Taeuber-Arp, parce qu’étant la compagne de Jean/Hans Arp et décédée malheureusement une vingtaine d’années plus tôt que lui, on l’a un peu oubliée alors que son travail me semble avoir autant de valeur que celui de son mari. Charlotte Posenenske une artiste qui travaillait à fabriquer notamment des objets en série, infiniment reproductibles et qui a décidé de changer de métier pour devenir sociologue. Et puis, Louise Lawler et son oeuvre monumentale « (Bunny) Sculpture and Painting (adjusted to fit, distorted for the times)« , elle interroge la place et le sens des œuvres d’art en photographiant les œuvres d’autres artistes (en général des hommes) dans leur contexte et en exposant le résultat modifié dans un autre contexte.

Au 16ème siècle, il y a également Catharina Van Hamessen donc voici l’autoportrait ci-contre en 1548, il s’agit du plus ancien autoportrait connu d’une femme peintre.

C’est aussi la seule reproduction d’œuvre féminine que je peux présenter ici n’ayant pas beaucoup fait de photos, j’avais bien sûr mieux à faire que de mitrailler tout le musée ;-)…

Cela dit, le Kunstmuseum propose une plateforme qui permet d’accéder à un certain nombre de reproductions des œuvres, avec de petites notices explicatives, c’est là que j’ai pu récupérer cette image (aujourd’hui libre de droits). Vous trouverez le site ici et pourrez donc aller voir vous même et constater aussi le déséquilibre que j’ai évoqué.


En résumé je ne peux que vous recommander chaudement ce musée, même si il a des lacunes, les œuvres sont nombreuses et présentées avec un soin particulier, que je n’ai pas toujours trouvé ailleurs. A ce titre le Moma de NYC par exemple est moins soigné (mais plus riche en art contemporain). Par contre, un conseil : prenez votre temps et ne prévoyez rien d’autre dans la journée si vous voulez vraiment en profiter, il vous faudra au minimum 3 heures pour en faire le tour, personnellement j’ai mis plus de 5 heures en prenant mon temps et sur deux jours (un jour pour la partie ancienne, et une autre matinée pour la partie après 1950).


Modifié le

à

par

557 mots

A l’étude d’horizons lointains…


Aujourd’hui en préparation du voyage futur je me suis documenté sur Kashgar et le Mausolée d’Abakh Khoja. Ca à l’air bien fascinant et même si beaucoup de choses ont changées ces vingt dernières années (mais au fond quel endroit du monde a t-il été épargné ?) j’ai l’illusion de croire que ça vaut sans doute encore la visite et que rien ne doit jamais émousser notre curiosité.


Modifié le

à

par

67 mots