On ne dirait pas le sud


Vers Karaganda, 5 octobre 2026

Ce matin lever à 6h30 pour nous rendre à la gare Nur Sultan/Astana 1 au nord où nous prendrons un train pour Karaganda au sud. Le vent souffle fort et il fait vraiment froid, armés de nos gros sacs, nous sortons après avoir salué la dame qui tient l’hôtel dans lequel nous avons séjourné. Elle loge dans 3 mètres carrés sur un lit simple posé à côté de la machine à laver et doit gérer une dizaine de chambres seule, du linge au ménage en passant par la réception, une vie que nul n’envie… au travail tous les jours probablement sans jour de repos. Nous n’en saurons pas plus car nous ne parlions pas la même langue et je ne voulais pas être trop intrusif, donc nous nous sommes débrouillés à coup de traducteurs automatiques et de sourires. Passés les premiers moments où elle semblait au bout de sa vie (nous sommes arrivés vers 6 heures du matin et nous l’avions probablement réveillée), elle était très aimable malgré sa vie difficile.

Nous sortons et marchons 5 minutes bien décidés à prendre le bus gratuitement comme à notre arrivée, sauf qu’il fait froid, et qu’après avoir laissé passer 5 ou 6 bus bondés, nous décidons de ne pas lutter davantage et d’appeler un taxi avec l’application Yandex, application russe semblable à Uber. Un taxi arrive au bout de 5 minutes et nous emmène à la gare pour 6 euros. A deux c’est carrément une bonne solution : la gare est à deux bonnes heures de marche dans le froid, alors qu’il faut au taxi seulement une trentaine de minutes pour nous y déposer. Pendant le trajet la neige se met à tomber, on a vraiment bien fait !

Nous sommes une heure et demie en avance sur notre train, mais ça tombe bien car nous apprenons auprès de la guichetière, que notre train est avancé d’une demie-heure. Très gentille, elle nous accompagne jusqu’à un espace de repos, accessible moyennant le passage d’un portique, comme dans les aéroports, sauf qu’on ne vide pas nos sacs. On se demande donc si ça leur sert vraiment à quelque chose ou si c’est une question de principe. Nous nous posons une heure dans une salle pleine de fauteuils de massages dont tout le monde se sert comme de fauteuils… normaux. Là se trouve une espèce de tableau rustique des lignes de train à base de lumistyles, dépaysement garanti 😉.

Au bout d’une heure rien ne s’est passé, on se renseigne à nouveau, notre train a 15 minutes de retard. On finit par sortir, trouver notre voiture, et grimper non sans qu’une agente sur le quai se soit enquise de notre bien être en nous demandant si tout allait bien et en échangeant quelques mots en anglais avec le sourire, adorable.

Ici pas de portique automatique à QR code, un chef de wagon sur le quai au bas de la porte du train coche votre nom dans une liste qui ressemble à un ticket de courses, on prend le temps d’attendre, il ne sert à rien de se précipiter tout le monde doit être enregistré. Les trains ont du retard, et de toute façon quand vous traversez des distances aussi folles, vous n’êtes plus à une heure près. Tout fonctionne et on a la sensation d’un service public efficace où tout le monde prend le temps à la gare ou ailleurs, de renseigner des étrangers (ou les personnes en difficulté) sans parler forcément leur langue et avec le sourire. Cette interaction humaine aussi modeste soit elle, est vraiment agréable.

Nous avions réservé notre billet de train sur un site dédié tickets.kz, ce sont des couchettes superposées avec, en bas, des espaces convertibles pour s’assoir et/ou dormir, le bas est idéal pour notre trajet de 4 heures. Autour de nous des ados s’ébattent joyeusement et chahutent par moment, pendant que d’autres passagers sortent les victuailles… c’est parti pour 4 heures de steppe Kazakhe. Au loin parfois quelques maisons aux toits de tôles ou quelques gigantesque hangars, une petite pluie tombe.

Parfois nous voyons passer de petites cahutes avec des hommes en gilets oranges qui s’agitent, ou qui semblent là au milieu de nulle part à attendre comme si le pays était si vaste qu’il avait fallu étaler la population pour gérer le territoire. Certains s’abritent du vent, qui souffle ici assez fort en permanence, près de tas d’entretoises de bétons, celles dont on se sert pour mettre sous les rails. Il y en a partout au bord des voies, sans doute qu’il doit falloir les renouveler régulièrement. Le voyage est long, le train roule souvent vraiment lentement et l’approche de Karaganda est interminable.

Mais on finit par arriver, et lorsque nous sortons de la gare nous sommes accueillis par une bouffée de fioul, avec une ville industrielle en décor, ça n’augure rien de bon ! Au bout de quelques pas, ça se dissipe. Et nous marchons dans la grisaille à la recherche de notre chambre, 45 minutes plus tard et quelques échanges par messages, nous nous retrouvons à attendre le long d’un bloc au milieu d’un décor à la Stalker. Ici oubliez l’apparence, les habitations ne ressemblent à rien de l’extérieur mais elle permettent aux gens de vivre, n’est-ce pas l’essentiel finalement ? Nous attendons dans le froid et la pluie, mais finalement au bout de 20 minutes, une dame avec sa fille nous rejoignent. Elle ne parle pas anglais, sa fille un peu mais elle semble timide, et nous ouvre. L’appartement manque de finition mais il y a une machine à laver, un lit, du chauffage et une baignoire, c’est tout ce dont nous avons besoin. Nous décidons de nous reposer un peu, d’autant qu’il fait quand même un temps assez pourri, j’en profite pour faire un peu de blog et corriger des photos, puis en fin de journée nous allons manger dans un petit lieu qui s’appelle le Brat’ya Mushikiny.

Au retour nous passons un bon moment à décider des options pour la suite. Je prends conscience que j’ai laissé un peu Abéona seule avec ces problématiques. Lors de la préparation du voyage, j’avais étudié une autre voie, par Semipalatinsk, que nous avons laissée de côté, ne souhaitant pas aller passer du temps trop près de sites encore bien trop radioactifs, suite à des décennies d’essais nucléaires soviétiques. Je découvre en fait que ce parcours n’est pas si simple non plus, les infos sont difficiles à obtenir et même si Abéona est devenue une experte des transports ferroviaires Kazakhs, on doit se rendre à l’évidence, les distances sont telles, les transports pas toujours fréquents et les possibilités d’hébergement parfois si faibles ou inexistantes que nous devons finalement renoncer à aller à Zehzqagan et Kyzylorda avant Turkestan. Il faut dire que la saison n’incite pas à partir à l’arrache sans réfléchir, dommage car ça promettait du dépaysement, mais nous aurions dû prévoir également plus de temps et nous ne voulions pas trop traîner non plus dans le pays, de surcroît nous ne sommes autorisés qu’à 30 jours sans visa. Et puis il y autre chose, les pieds d’Abéona la font souffrir donc il vaut peut être mieux ne pas trop courir et avoir plus de moments tranquilles. Nous irons donc à Turkestan directement avec un trajet en train de… 27 heures : intense !

Ou l’on explore le nord de la capitale puis le sud


Astana, 3 octobre 2026

« Caramba encore raté » se serait encore exclamé l’ignoble Rastapopoulos de Tintin, décidément nous avions du retard de sommeil. Du reste j’ai passé beaucoup trop de temps la veille à bosser sur ce blog ce qui fait que nous avons préféré finir la matinée à boire du café et à travailler sur la suite du voyage avant de nous balader.

Nous avons donc décidé de partir le 5 direction Karaganda, mais pour cela il a fallu trouver des moyens de transport et réfléchir surtout à la suite, franchement ce n’était pas si facile, nous avons eu quelques heures de boulot. Bref on vous en reparle très vite.

Aujourd’hui je viens de trouver le moyen de publier les traces de nos ballades enregistrées dans le téléphone avec OsmAnd~ ça vous donnera une idée de nos parcours. Je suis trooop content de pouvoir le faire, c’est con mais c’est un petit truc technique que tous les coureurs font. Mais moi, je voulais faire ça sans appli propriétaire, je pourrais le faire en direct, mais je préfère le faire en différé (c’est plus sûr). Voilà donc environ 19,4 kilomètres de marche (avec des petits arrêts à droite et à gauche pour boire un café, manger un bout etc.)…

Voir en plein écran

Bonne ballade, où nous avons découvert une partie moins moderne de la ville. Accessoirement nous nous sommes aussi fait refouler aux abords d’un bâtiment gouvernemental, où les services de sécurité semblaient postés un peu partout pour éviter aux badauds de s’approcher trop d’un bâtiment. Comme la veille on n’a pas insisté, évidemment. Mais on remarque tout de même que contrairement à la France où nos « forces de l’ordre » (euphémisme si commode pour masquer les régimes qui ont besoin du bâton pour se maintenir) sont armées jusqu’aux dents, ici ils sont beaucoup plus soft. Treillis gris, calmes, on suppose que c’est l’armée, pas la police, mais aucune arme n’est apparente contrairement à nos « vigipirates ». Ici, point n’est besoin de montrer ses gros organes, personne ne semble pour autant venir leur chercher des noises. De quoi donner du grain à moudre à nos politiciens qui ne jurent que par la sécurité tout en étant incapable de l’obtenir autrement que par une démonstration constante de force. Ici nul besoin de 20 camions de CRS, une dizaines d’hommes postés autour d’une place et la zone est sous contrôle. Qui l’eu cru…

Alors bien sûr il y a aussi quelques milices/polices de proximité qui patrouillent par ci par là mais eux n’ont qu’un tonfa apparent dépassant à peine de leurs vêtements.

Astana, 4 octobre 2026

Aujourd’hui nous sommes partis plus tôt, bilan 10km sans pause puis 15km avec 3 pauses, 2 cafés et un repas. Au total 25km, bilan : des pieds un peu en souffrance…

Sur le chemin nous avons été surpris de voir les investissements qui sont faits sur des équipements de sport en plein air. Ça piquerait un peu tous ceux qui vont à la salle en France pour un prix clairement prohibitif. Ici le « street workout » est fréquent, tout est disponible gratuitement, des barres de traction, au développé couché, en passant par des altères de toutes sortent et autres agrès. En bas de chaque immeuble, dans chaque parc… et il en est de même de tous les parcs pour enfants d’ailleurs.

On a même vu plusieurs endroits, où les parents amènent leurs enfants, les mettent dans des voitures radiocommandées louées comme on paie un manège, ce sont eux qui pilotent pendant que leurs enfants ont l’impression de conduire… En fait, ce sont les parents qui s’amusent !

A ce sujet, il semble que de nombreux mini parcs d’attraction plus ou moins actifs parsèment la ville. C’est un peu étrange à traverser, surtout après le coucher du soleil… bref on verrait bien pas mal de films d’horreur les utiliser comme décors 😉. Il en est de même de la ville d’ailleurs, qui abrite quand même une population assez faible relativement à ses proportions monumentales. On verrait bien ici quelques tournages de films d’apocalypses zombies, car à certaines heures c’est assez désert suivant les quartiers, et comme les bâtiments sont soit très singuliers, soit juste immenses, ça s’y prêterait bien.

Pour vous mettre cela en perspective, le Kazakhstan c’est environ 19 millions d’habitants pour une surface d’environ 4 fois la France c’est à dire, une densité de 109 hab au kilomètre carré pour la France contre 8 pour le Kazakhstan !

Astana est un des principaux centres urbains de la campagne des terres vierges de l’URSS, une initiative lancée par Nikita Khrouchtchev en 1954. Il s’agissait de rendre agricoles les immenses terres du Kazakhstan, les dirigeants de l’époque désapprouvent sur la forme, mais malgré ça, Khrouchtchev lancera tout de même les opérations, allant vers un échec retentissant. Le nom de la ville du temps de l’URSS vient de là : Tselinograd (du russe, целина (tselina) = terres vierges et град (grad) = ville), elle a pris ensuite le nom d’Akmola, puis d’Astana en 1998, lorsqu’elle est devenue capitale. De 2019 à 2022, Elle a pris brièvement le nom Nour-Sultan de son ancien président Noursoultan Nazarbaïev avant que son nom soit rétabli suite à la révolte de 2022.

Une partie de la ville d’origine soviétique reste au nord de la rivière le reste a été construit de manière forcenée après 98. Cette ville est une énorme claque visuelle, c’est immense et même si certaines rues témoignent d’une intense circulation, on sent clairement que c’est faiblement peuplé, probablement parce que les Kazakhs ne peuvent pas y vivre pour des raisons de niveau de vie ?

Lors de notre ballade nous sommes passés près de la pyramide de la paix et de la réconciliation. Une construction monumentale dans l’axe du palais présidentiel au delà de la rivière. Apparemment destinée à accueillir le Congrès triennal des chefs de file des religions du monde, une belle idée ! Le lieu accueille aussi d’autres événements notamment culturels.

C’est d’ailleurs l’occasion de dire que l’on ne sent pas tellement la présence des religions dans l’espace public. De nombreuses mosquées colossales, rendent l’Islam, première religion du pays, bien présent dans la structure même de la ville. Les églises orthodoxes et les mosquées semblent fréquentées, mais les cultes semblent circonscrire leurs activités à ces lieux et sont peu visibles dans la ville sauf à proximité des lieux de culte. Bref la religion se vit mais ne se revendique pas, comme si, ici l’on avait pas besoin de ça pour exister, alors que peut être en occident le vide de sens, pousse à exprimer davantage sa voie spirituelle aux yeux du monde.

Nous avons été jusqu’au Théâtre Kuanyshbaev, dans le même axe, entourés de grandes tours bleues comme souvent un peu partout, avant de revenir par un grand pont et en longeant le jardin botanique. Nous finirons pas manger dans un petit restau géorgien (très tendance en ce moment un peu partout) : kachapuri, babaganoush et aubergines, raviolis variés, bon et très accessible.


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Arrivée à Astana, Capitale du Kazakhstan


1er octobre 2026

Après un vol low-cost calamiteux, il convenait quand même d’en dire un petit mot avant de parler de la suite. La compagnie Pegasus, qui manifestement, à l’instar d’un de leurs Stewarts ultra condescendant, avait oublié qu’ils accueillaient des humains et pas du bétail (le bétail ne mérite pas ça) avait prévu un vol d’environ 3 heures, puis 5 heures. Probablement car des vols plus longs l’aurait obligé à un service plus soigneux, c’est du moins ce que j’ai supposé avec un peu de cynisme, j’avoue. Bref la compagnie, non contente de fournir des Airbus A321 avec des sièges format low-cost sans place pour les jambes (je fais 1m83 ce n’est pas non plus géant), a fini par nous poser à Istanbul en transit.

Je confesse que c’était un immense soulagement car derrière nous en plus des conditions évoquées, un couple avec deux enfants en bas âge nous ont donné des envies de meurtre tout le trajet. Leur enfants ont passé leur temps à hurler et à taper dans nos sièges, mais le pire comme toujours dans ces cas là c’était bien leurs parents qui après 3 remarques (une fois notre voisin et deux fois de ma part), n’ont pas été capables d’en venir à bout. Honnêtement, un tel degré de nullité parentale, ça donne du crédit à tous les no-childs de la terre ! Vous n’êtes pas capables de faire des enfants ? Par pitié abstenez vous, le monde s’en portera mieux à tous les niveaux, acceptez le destin ! Et puis à quoi bon mettre au monde des enfants : ils vont mourir d’apocalypse climatique, vous n’avez pas les moyens de les sauver, vous ne serez pas capables de les éduquer correctement (à force de pseudos-concepts éducatifs délétères), ils deviendront débiles à force de Tik-Tok et d’Instagram, avec un peu de chance ils finiront même en taule. Sérieusement ! Un peu comme les chiens avec leur maîtres, il est difficile de blâmer les chiens ou les enfants, quand les maîtres et les parents sont justes des incapables… mais trêve de colère. Après avoir un temps envisagé de les traumatiser en leur hurlant soudainement dessus pour leur faire comprendre ce qu’ils faisaient endurer aux autres, ce qui semblait malheureusement loin de leur imaginaire, nous avons rongé notre frein sans violence (notre karma nous en remerciera peut être un jour).

Et pourtant, pour lutter contre ce genre de fléau, l’habitude des voyages nous avait poussé à nous équiper depuis longtemps d’un kit de survie à base de casques « noise-réduction », de bouchons d’oreille etc. mais nous ne pouvions pas lutter contre les coups dans les sièges et les cris à moins d’un mètre de distance.

Heureusement, le deuxième vol s’est passé plus calmement, malgré nos jambes coincées, nous avons géré ça au mieux, sans dormir pour ma part (essayez de faire ça dans un siège low-cost à 3 par rangée, chapeau à ceux qui y arrivent je vous envie😱) puis nous nous sommes finalement posés brutalement à Astana, juste avant le petit matin, délivrés.

Fourbus, nous sommes donc sortis de l’aéroport après un petit face à face silencieux avec l’immigration, avec un record (sans blaguer) d’un seul mot échangé de part et d’autre dans un long silence de 10 minutes : « Istanbul », « Yes ». Difficile de ne pas rire, mais je suis pourtant resté impassible, la fatigue probablement.
Pour fuir les taxis trop insistants, nous avons fini par monter dans un bus au hasard incités par le chauffeur qui ne parlait que kazakh. Nous avons compris que nous ne parviendrions jamais à payer, à cause d’un système de QR code impossible à utiliser pour les étrangers car nécessitant un compte Kazakh. La contrôleuse à d’ailleurs compris ce que le chauffeur savait manifestement déjà, à savoir que nous étions de bonne volonté, elle nous a donc proposé de lui lâcher la grappe (en Kazakh bien entendu) lorsqu’elle a constaté, que malgré nous, le système était de notre côté et nous interdisait de payer. Bref nous avons pris le bus en fraude avec l’assentiment de tout le monde à 6h du matin au soleil levant, la traversée d’Astana n’en a été que meilleure, le voyage n’aurait pu trouver meilleures auspices !

Au bout du chemin nous avons trouvé un hôtel gigantesque (nous l’avions choisi pour le délire) dont nous avons mis probablement une heure à trouver la bonne entrée (sans blagues !). Après avoir demandé à plusieurs mamies Kazakhs, probablement les concierges, nous avons fini par nous retrouver au 22ème étage d’une tour, sans personne. Finalement après plusieurs trajets d’ascenseur et interactions colorées avec les mamies, qui avaient vraiment de bonnes bouilles, une dame fourbue d’une cinquantaine d’années nous a accueillis. Nous avons pu enfin poser nos sacs, et aller non loin de là pour boire un café ma foi délicieux, béats.

Nous avons ensuite été nous balader, toujours sans avoir dormi, histoire de ne pas nous endormir dans un coin avant d’avoir un lit où nous écrouler. Nous avons fait un tour jusqu’à la rivière Ichim, l’avons longée en direction du nord passant près du Capital Circus un théâtre en forme de soucoupe volante, puis du colossal drapeau de la république du Kazakhstan. Nous avons alors contourné le parc central d’Astana en suivant l’Ichim vers l’ouest jusqu’à l’avenue Turan, puis sommes rentrés vers 13h après avoir mangé des ramens, et nous sommes écroulés jusqu’à 18h30. La nuit venue – en ce moment elle tombe avant 18h – nous voilà repartis dans la ville illuminée ou nous irons découvrir le Khan Shatyr, l’Opéra… La ville est folle, tout semble être délires d’architectes et de politiciens mégalomanes, étrange tellement parfois elle semble conçue sans les humains ! Au point que c’est souvent difficile de traverser les routes (encore plus quand elles font entre 7 et 10 voies). Il faut dire que la ville est récente, et n’a été vraiment « finalisée » sous sa forme actuelle qu’après sa proclamation comme capitale en 1998, et les Kazakhs ne manquent pas d’espace. Enfin, après avoir goûté la charcuterie de cheval, du fromage bleu, et un verre de vin blanc, le tout local et très agréable, nous retrouvons le chemin de notre lit et nous en avions besoin.

Le côté froid au sens architectural de la ville n’a apparemment pas du tout entamé le comportement des humains qui sont polis et ceux que nous croisons sont courtois et plutôt avenants lorsqu’on leur demande de l’aide, même si au premier abord ils arborent parfois une mine un peu blasée. Les jeunes d’une trentaine d’années ne parlent pas tous anglais, un soutien de traducteur téléphonique sera souvent bien utile tout de même ;-).

Un rapide point sur la situation financière nous signale que nous sommes un peu au dessus des prévisions, nous essayons de tenir un budget de 40 euros par personne et par jour, histoire de vivre le voyage avec quelque chose comme un smic français.

Le soir nous décidons de nous lever tôt, le lendemain, pour profiter de la ville.

2 octobre 2026

C’est un échec, le réveil sonne peu après 8 heures mais ayant dormi trop peu la veille, nous décidons de rester au lit. Nous partirons finalement vers midi un peu requinqués. Nous nous rendons à la tour Baiterek, et continuons l’esplanade jusqu’au Ak Orda, l’impressionnant palais présidentiel entouré d’un grand parc. Nous tentons de rejoindre le parc en descendant les marches, le coup de sifflet d’un militaire surveillant la zone nous rappelle à l’ordre, on ne se rapproche manifestement pas plus loin du palais présidentiel qui se trouve encore à plus de 300 mètres à vol d’oiseau. Le parc est donc manifestement réservé aux personnes autorisées.

Nous remarquons d’ailleurs qu’un effort particulier a été fait dans la ville pour constituer d’importants espaces verts plantés de millions d’arbres. Franchement c’est une initiative réjouissante, il est très agréable de les traverser le soir, même si en journée les arbres n’ont souvent pas encore atteint une taille suffisamment respectable pour faire beaucoup d’ombre.

Comme Schuiten et Peeters qui ont fantasmé des villes imaginaires on dirait Astana sortie d’une BD, mixage entre l’orient et l’occident, parsemée de mosquées de tailles impressionnantes, une seule chose semble ici être la règle : la démesure. Comme si le terrain de jeu de la steppe Kazakh était si vaste qu’il n’avait opposé aucune résistance et que les architectes avaient pu délirer sans limites. Alors bien sûr tout est un peu de bric et de broc, on sent que tout a été construit très vite, on ne comprend pas trop pourquoi tout peut être absurdement soigné à l’image de ces jardiniers qui éradiquent à la débroussailleuse les plantes poussant entre les pavés et comment d’autres endroits voisins peuvent être tout « destroy ».

Astana compte une ligne de tram aérien assez impressionnante qui renforce encore son aspect futuriste, elle relie l’aéroport et la gare de l’est. De passage à côté d’une station nous en profitons pour nous renseigner : les cartes de paiement occidentales fonctionnent, les bornes automatisées sont claires et traduites. Un agent qui parle très bien anglais nous demande où nous voulons aller. Nous saisissons l’occasion pour lui demander ce qu’il en est avec le bus : c’est bien de voyager gratuit mais on aimerai savoir pourquoi ! Il nous confirme qu’effectivement les étrangers ne peuvent pas le payer ! Seules les cartes locales le permettent, et les chauffeurs ne vendent pas de billets en espèces.

L’absurdité côtoie donc la modernité, comme partout le « numérique » est adopté comme une religion sans réflexion… Jusqu’à ce qu’un pays décide avec bon sens de restaurer ce qui semble logique (la Chine a par exemple décidé d’imposer l’adoption par l’industrie automobile de boutons pour les fonctionnalités importantes, le tactile n’étant pas aussi « safe », ce que tout utilisateur sait depuis le début. Mais qu’il a fallu que des « études » le valident récemment pour qu’il se passe quelque chose).

Forts de ces informations nous parvenons après renseignement d’abord, dans un bar à chicha servant de la bière, puis dans un bureau de change, à trouver un automate pour retirer du cash avec nos cartes VISA et Mastercard… jusque là nous n’avions pas compris ! Aucun distributeur ne le permettait… Et puis ils sont super déconcertants, car souvent équipés de QR codes et de dispositifs de reconnaissance d’empreintes !

Pour info : Ceux de la banque Halyk le permettent sans fioritures, si l’on en trouve pas (les distributeurs sont souvent dans des centres commerciaux, grands et surchauffés), il faut entrer dans une banque pour le faire au guichet.

Nous rentrons donc avec des renseignements, et du liquide qui nous aidera hors de la ville par la suite. Nous marchons jusque vers 18h puis allons manger dans une espèce de cantine locale très peu chère mais très rudimentaire, malgré une foule conséquente sur place. Les brochettes d’agneau sont correctes, le plat traditionnel d’abats et pommes de terre n’est pas cuisiné, on a l’impression qu’ils se sont contentés de bouillir tout ça… c’est ultra décevant. Et, tristesse ! Les raviolis sont un peu froids et collants, probablement juste réchauffés au micro onde à l’arrache, seul le riz est bon. Les légumes ne semblent pas à l’honneur de la nourriture Kazakh, peuple de nomades plutôt éleveurs, à la base, donc pas trop étonnant. On se promet que le lendemain on trouvera mieux, on est probablement pas tombés sur la bonne cuisine.


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Séville


Séville est résolument une ville surprenante pour un européen qui ne connaît pas son histoire ! Riche d’une histoire millénaire et d’influences aussi bien musulmanes que chrétiennes, capitale du flamenco dont ça semble être un business intense, c’est un endroit très touristique. J’ai décidé comme souvent de ne pas visiter les circuits imposés d’une part car je déteste faire la queue et prendre des bains de foule, d’autre part car je voulais limiter mon budget.

A l’heure ou je fais ce voyage l’Alcazar royal est « à partir de 20 euros » sur le site « tiqets » mais en réalité je ne trouve pas à moins de 28 euros et pour le lendemain car ce n’est pas possible le jour même. La cathédrale est quant à elle à 17,50 euros. Je trouve que c’est beaucoup même si c’est probablement le tarif dans d’autres villes comme par exemple les villes italiennes riches en patrimoine de la renaissance comme Florence ou Rome. Par contre en Espagne les églises sont toutes fermées ou payantes, soit c’est l’église, soit c’est le gouvernement qui a abandonné ou décidé de rentabiliser ses lieux de culte… quel dommage ! J’adore pouvoir rentrer dans n’importe quelle petite église et être ébahi comme à Rome par exemple…

Bref, j’ai décidé de passer outre ces écueils et de faire à l’économie ! En gros : de la ballade ! Et comme visite, j’ai résolu d’aller au musée des Beaux arts. La bonne nouvelle c’est que ça ne coûte rien pour les ressortissants de l’union européenne, et que c’est 1,50 euros pour les autres ! Une survivance de service public à louer ! Bref au top… et je décide de prendre les billets sur place parce que je préfère toujours parler à quelqu’un au guichet et échanger un sourire que faire ça sur le net.

Musée des Beaux Arts de Séville. Premier étage.

Grand bien m’en a pris ! Les lieux étaient calmes ! Ce n’est pas très grand (si je ne m’abuse il y a 14 salles) et je découvre des artistes surtout entre le 16ème et le 19ème.
Parmi eux quelques uns que j’avais croisé mais connaissais très mal : Francisco de Zurbarán dont les Christs en croix sont hypers impressionnants et démonstratifs.

Cristo de la Misericordia, Francisco de Zurbarán, 1635. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).

Mais aussi Bartolomé Esteban Murillo avec sa madone adolescente et le portrait de Santa Catalina de Alejandría.

Inmaculada Concepción, la Niña, Bartolomé Esteban Murillo, 1668-1669. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).


Il y avait également une exposition temporaire qui mettait en exergue la famille Bécquer notamment Joaquín Domínguez Bécquer un peintre bien dans son époque du 19ème aux toiles très variées où l’on voit de très grandes différences dans le traitement de la lumière selon la période.

Procesión del Corpus por el interior de la Catedral de Sevilla, Joaquín Domínguez Bécquer, 1845. (Photo : Museo de Bellas Artes de Sevilla).

On découvre aussi Gustavo Adolfo Domínguez Bécquer, son neveu (et fils du peintre José Domínguez Bécquer) qui est l’auteur de dessins et croquis très chouettes pleins d’humour, et qui apparemment est aussi écrivain et poète, je vais m’y intéresser de plus près ;-).

Mais surtout il y a beaucoup d’œuvres du moyen-âge et de la renaissance plus ou moins intéressantes mais ou l’on découvre vraiment très progressivement l’émergence d’un certain naturalisme ou du moins un souci de réalisme qui tranche avec le côté très symboliste du moyen-âge. On voit progressivement poindre une précision dans les textures, l’anatomie etc.

C’est vraiment bien de pouvoir prendre conscience de l’émergence de certains styles au travers de plusieurs artistes sur une période d’une cinquantaine d’années. En tout cas j’ai trouvé cela très didactique.

J’ai donc passé un excellent moment même si ce n’est pas un très grand musée, franchement c’était très agréable, pas trop blindé et ça permettait de faire de vraies découvertes.

Giovanni Battista Ruoppolo
Détail de « Bodegón con uvas y manzanas », Giovanni Battista Ruoppolo, 1660.

Notamment, j’ai découvert une variété de raisin incroyable que je n’avais jamais vue ! Avec des grains très allongés qui n’ont rien à voir avec quoi que ce soit que j’ai jamais vu sur les marchés ou chez les primeurs. Comme quoi les natures mortes révèlent des trésors ! Je l’ai retrouvé dans des natures mortes chez les artistes Giambattista Ruoppolo, italien et Francisco Barrera, espagnol donc c’est que cela devait être assez répandu !

Je n’en ai jamais vu de nos jours, j’espère donc que j’aurais l’occasion de le goûter, à moins que ça ne se soit complètement perdu aujourd’hui, en tout cas en peinture il semble très appétissant.

J’ai donc pu me balader beaucoup dans tout Séville, l’on se perd dans des petites rues étroites conçues pour éviter le soleil. On tombe sur des petites cours intérieures dotées de fontaines et garnies de plantes. Je vous recommande le voyage, mais impérativement hors saison, je n’imagine pas en saison la foule qui doit s’y rendre mais ça doit être un enfer de chaleur et de population…

Quelque part dans le parc de Maria Luisa.
La Cathédrale de Séville.

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Ballade au Kunst Museum de Bâle


J’ai passé quelques jours à Bâle pour des raisons professionnelles, mais si je n’ai pas pu visiter en détail la ville car le temps m’a manqué, j’ai en revanche suivi les conseils avisés d’un ami, en décidant de visiter les collections permanentes du Kunstmuseum.

Grand bien m’en a pris, car je dois avouer que c’est l’un des plus beaux musées qu’il m’ai été donné de voir. Le lieu est très agréable et l’exposition permanente est très bien mise en valeur.

De nombreux grands noms y sont présents à tel point que cette richesse, est au final une orientation qui pénalise, d’une part, les œuvres contemporaines et d’autre part, bien sûr les femmes et les minorités. En effet, dans le musée il est précisé qu’un effort est fait pour compenser, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire : sans exagérer sur plusieurs centaines d’artistes, seules une vingtaine de femmes sont représentées…

Au delà de ce problème qui touche malheureusement beaucoup de grands musées, on apprend (ou remarque à nouveau) que la condition des femmes si elle n’a jamais été reluisante s’est manifestement aggravée au 19ème siècle.

Auparavant certaines femmes pouvaient accéder à un peu de reconnaissance et de postérité en tant qu’artistes ce qui semble plus difficilement le cas ensuite.

Parmi celles qui m’ont marqué, je retiendrais Sophie Taeuber-Arp, parce qu’étant la compagne de Jean/Hans Arp et décédée malheureusement une vingtaine d’années plus tôt que lui, on l’a un peu oubliée alors que son travail me semble avoir autant de valeur que celui de son mari. Charlotte Posenenske une artiste qui travaillait à fabriquer notamment des objets en série, infiniment reproductibles et qui a décidé de changer de métier pour devenir sociologue. Et puis, Louise Lawler et son oeuvre monumentale « (Bunny) Sculpture and Painting (adjusted to fit, distorted for the times)« , elle interroge la place et le sens des œuvres d’art en photographiant les œuvres d’autres artistes (en général des hommes) dans leur contexte et en exposant le résultat modifié dans un autre contexte.

Au 16ème siècle, il y a également Catharina Van Hamessen donc voici l’autoportrait ci-contre en 1548, il s’agit du plus ancien autoportrait connu d’une femme peintre.

C’est aussi la seule reproduction d’œuvre féminine que je peux présenter ici n’ayant pas beaucoup fait de photos, j’avais bien sûr mieux à faire que de mitrailler tout le musée ;-)…

Cela dit, le Kunstmuseum propose une plateforme qui permet d’accéder à un certain nombre de reproductions des œuvres, avec de petites notices explicatives, c’est là que j’ai pu récupérer cette image (aujourd’hui libre de droits). Vous trouverez le site ici et pourrez donc aller voir vous même et constater aussi le déséquilibre que j’ai évoqué.


En résumé je ne peux que vous recommander chaudement ce musée, même si il a des lacunes, les œuvres sont nombreuses et présentées avec un soin particulier, que je n’ai pas toujours trouvé ailleurs. A ce titre le Moma de NYC par exemple est moins soigné (mais plus riche en art contemporain). Par contre, un conseil : prenez votre temps et ne prévoyez rien d’autre dans la journée si vous voulez vraiment en profiter, il vous faudra au minimum 3 heures pour en faire le tour, personnellement j’ai mis plus de 5 heures en prenant mon temps et sur deux jours (un jour pour la partie ancienne, et une autre matinée pour la partie après 1950).


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